CONVICTIONS RELIGIEUSES
était, au fond, très religieux ». Je ne le contredis point et, sur cette question comme sur beaucoup d'autres, il a quitté la terre sans savoir ce que pensait son précepteur. Réelle ou supposée, il était bon qu'il crût à la religion de Napoléon. Mais ce qui était bien à lui, c'était cette magnifique notion que lui avait proposée, dès son enfance, l'abbé Deguerry et à laquelle il croyait maintenant plus que l'abbé Deguerry lui-même : je veux dire la notion du dévouement absolu du souverain au peuple, dévouement par lequel il achète son pouvoir. Plus il se dévouera, plus il aura d'autorité. Cette conception s'empara de l'esprit du Prince ; elle domina sa vie. A certaines heures, il y avait une véritable soif d'immolation chez ce jeune homme si gai, si amoureux de la vie, si bien fait pour savourer tout ce qu'elle peut offrir de délices ou de gloire. On aurait de la peine à croire qu'un tel sentiment d'abnégation et de renoncement ait réellement existé en lui si l'on ne possédait, à cet égard, un témoignage écrit de sa main. Je veux parler, on le devine, de cette prière qui fut trouvée plus tard dans son paroissien. On aura, je crois, plaisir à la relire ici :
« Mon Dieu ! je vous donne mon cœur, mais vous, donnez-moi la foi. Sans foi, il n'est point d'ardentes prières, et prier est un besoin de mon âme. »
« Je vous prie, non pour que vous écartiez les obstacles qui s'élèvent sur ma route, mais pour que vous me permettiez de les franchir. »
« Je vous prie, non pour que vous désarmiez mes ennemis, mais pour que vous m'aidiez à me vaincre moi-même, et daignez, ô Dieu ! exaucer mes prières. »
« Conservez à mon affection les gens qui me sont chers. Accordez-leur des jours heureux. Si vous ne voulez répandre sur cette terre qu'une certaine somme de joies, prenez, ô Dieu ! la part qui me revient. »
« Répartissez-la parmi les plus dignes, et que les plus dignes soient mes amis. Si vous voulez faire aux hommes des représailles, frappez-moi. »
« Le malheur est converti en joie par la douce pensée que ceux que l'on aime sont heureux. »
« Le bonheur est empoisonné par cette pensée amère : je me réjouis et ceux que je chéris mille fois plus que moi sont en train de souffrir. Pour moi, ô Dieu ! plus de bonheur. Je le luis. Enlevez-le de ma route. »
« La joie, je ne puis la trouver que dans l'oubli du passé. Si j'oublie ceux qui ne sont plus, on m'oubliera à mon tour, et quelle triste pensée que celle qui vous fait dire : « Le temps efface « tout ! »
« La seule satisfaction que je recherche, c'est celle qui dure toujours, celle que donne une conscience tranquille. »
« O mon Dieu ! montrez-moi toujours où se trouve mon devoir ; donnez-moi la force de l'accomplir en toute occasion. »
« Arrivé au terme de ma vie, je tournerai sans crainte mes regards vers le passé. »
« Le souvenir n'en sera pas pour nioi un long remords. Alors je serai heureux. Faites, ô mon Dieu ! pénétrer plus avant dans mon cœur la conviction que ceux que j'aime et qui sont morts sont les témoins de toutes mes actions. Ma vie sera digne d'être vue par eux, et mes pensées les plus intimes ne me feront jamais rougir. »
Demander la foi en de pareils termes, c'est la posséder tout entière. « Tu ne me chercherais pas, dit le Dieu de Pascal au fidèle, si tu ne m'avais déjà trouvé. » Je n'ai pas voulu omettre une seule syllabe de cette prière qui est, aujourd'hui, presque quotidiennement en usage dans beaucoup de maisons d'éducation catholiques. Elle montre l'âme du Prince dans toute sa hau-