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DISSENTIMENT AVEC LE PRINCE JEROME

teur et dans toute son humilité. Pour lui, régner, c'était se dévouer 'et, s'il était monté sur le trône, il aurait pris comme principaux auxiliaires les deux corps qui ont aussi le dévouement pour raison d'être et pour vocation : l'Armée et l'Ëglise. Son amour pour l'armée, qu'il a exprimé tant de fois, tenait de la passion et a pu l'entraîner trop loin. Il entendait être le premier soldat de la France et croyait, comme je l'ai déjà fait remarquer, s'approcher de son but en servant une nation étrangère. Quant à l'Église, la lettre à Tristan Lambert sur sa visite au Pape a expliqué clairement l'attitude qu'il comptait garder envers elle et le secours qu'il en attendait : il désirait ses sympathies, non son appui, dans les luttes qu'il allait soutenir.

Les pages qui précèdent expliquent d'avance sa façon de penser et d'agir dans une des circonstances les plus délicates de sa courte vie politique : je veux dire ses démêlés avec son cousin, le prince Napoléon. Il lui était impossible de recevoir les conseils de ce prince, encore moins de se soumettre à sa direction. Or, le prince Napoléon ne se serait pas contenté de conseiller : il aspirait à diriger, et dans quelle voie? Ceux qui l'ont connu ou qui connaissent ses doctrines savent qu'elles ne pouvaient s'accorder avec les idées du Prince Impérial et avec les nécessités politiques du moment. Le prince Napoléon voulait entrer au Parlement, pour inaugurer une politique quasi républicaine, où il ne pouvait être suivi que d'un très petit nombre de bonapartistes et que les répubhcains, de leur côté, eussent repoussée comme une traîtrise. Il y avait plus : le prince Napoléon interprétait l'idée plébiscitaire dans un sens qu'on ne pouvait admettre à Chislehurst, car il lui semblait que le choix du peuple pouvait tomber sur lui aussi bien que sur son cousin. Comme il le dit un jour à

M. Pietri, on pouvait prendre le jeune prince « à l'essai ». Nous ne l'entendions pas ainsi, et l'immense majorité du parti était avec nous. Les sénatus-consultes de 1804 et de 1852, ratifiés par le vote populaire, avaient établi deux fois la dignité impériale dans la famille de Napoléon, avec la transmission héréditaire de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, et ce texte avait gardé pour nous toute sa force. En ne l'acceptant pas franchement, le prince Napoléon perdait le droit de se prévaloir, devant le pays, de la popidarité et du prestige attachés à son nom.

Les relations étaient rompues entre Camden Place et Prangins lorsque, dans l'été de 1875, l'idée vint à la princesse Mathilde de m'employer à faire la paix entre les deux cousins. Le Prince Impérial, et ceci prouve sa bonne volonté, m'autorisa à causer avec le prince Napoléon. Cette conversation eut lieu à Saint-Gratien, après le déjeuner, dans une allée qui borde le parc vers Sannois et que nous fîmes plus de vingt fois dans toute sa longueur. Le prince fut éblouissant d'éloquence et d'esprit, mais je connaissais trop bien les affaires de la famille et les caractères en jeu pour ne pas savoir que chacune de ses paroles contenait une erreur ou une injustice. Il ignorait absolument la véritable nature du Prince Impérial ; il avait la plus pauvre opinion de son intelligence et attribuait toutes ses décisions à l'Impératrice. Il caressait l'espoir de le soustraire à cette influence pour y substituer la sienne. J'essayai de le détromper sur tous ces points. « Le Prince, lui dis-je, sera, il est déjà une intelligence et une volonté. Il ne suit pas aveuglément les ordres de sa mère, mais, comme il présente avec elle de frappantes affinités morales, il n'est pas surprenant qu'ils soient d'accord sur les grandes questions. Quoi qu'on fasse, je suis certain qu'on ne réussira pas à les brouiller. » J'osai faire entendre au prince Napoléon qu'il avait derrière lui une ou deux douzaines d'hommes d'esprit, tandis que le Prince Impérial était suivi par plusieurs millions

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