DISSENTIMENT AVEC LE PRINCE JEROME
de Français. Dans ces conditions, le prince Napoléon pouvaitil espérer que son cousin capitulerait devant lui et se rendrait à merci?
Je rendis au Prince Impérial un compte fidèle de cette entrevue qui, naturellement, ne pouvait contribuer à ramener l'harmonie dans la famille.
Le prince Napoléon s'étant présenté à la députation en Corse, au moment des élections législatives de 1876, le Prince Impérial envoya M. Pietri à Ajaccio avec la lettre suivante :
« Camden Place, Chislehurst, le 24 janvier 1876. « Mon cher Monsieur Franceschini Pietri,
« Le prince Napoléon Jérôme compte, dit-on, se présenter aux suffrages des Ajacciens ; il se porte contre ma volonté, il s'appuie sur nos ennemis, je suis forcé de le traiter comme tel.
« S'il était vrai qu'il eût tenu à effacer de ma mémoire les dissentiments passés, il se serait retiré de la lutte. Il eût évité, à moi, une amêre résolution, à vous, une tâche pénible. Je ne pouvais aller au-devant d'une réconciliation, mais je l'aurais acceptée avec joie. Une entente ne pouvait être sincère que si le prince renonçait à mener une conduite politique autre que la mienne ; elle n'eût été durable que s'il eût abandonné toute idée de candidature. A l'Assemblée, des incidents imprévus de séance l'auraient placé en présence de solutions sur lesquelles aucune décision préalable n'aurait été arrêtée entre nous ; ses votes auraient été la source de dissentiments nouveaux, d'autant plus graves que leur retentissement eût été plus grand. Lorsque l'Empereur vivait, son autorité n'était pas contestée au sein de sa famille ; moi, j'ai le devoir de constituer la mienne.
M. Rouher se porte à Ajaccio. J'espère qu'il sera appelé à représenter cette ville fidèle, berceau de notre famille. Ses longs et loyaux services, son inébranlable dévouement, le rendent
digne de représenter les idées napoléoniennes dans la ville napoléonienne par excellence. Les Corses ont le sentiment du devoir et de l'honneur: c'est un hommage qu'ils rendront à ces deux vertus, en nommant un homme qui n'a jamais failli ni à l'une ni à l'autre. «Croyez, mon cher Monsieur F. Pietri, à mon inaltérable amitié.
« Napoléon. »
La bataille fut livrée et gagnée par le bonapartisme orthodoxe, mais les vainqueurs étaient navrés d'avoir eu à combattre un Napoléon. La reine de Hollande joignit ses efforts à ceux de la princesse Mathilde pour amener un rapprochement. EUe était alors fort malade et son état donnait une sorte de solennité émouvante à la prière qu'elle adressa au Prince Impérial dans ce sens. Je n'ai point lu la lettre de la reine Sophie, je connais seulement la réponse que lui fit le Prince, très attristé, j'en suis sûr, de ne pouvoir déférer au vœu d'une mourante. Après avoir exprimé son affectueuse et profonde sympathie pour l'auguste malade, il venait à l'objet de sa lettre :
« La Reine me dit de tendre la main au prince Jérôme Napoléon. Ce que Votre Majesté me conseille, je l'ai fait il y a trois ans, et ma démarche a été sans résultat. Elle aurait pu alors éviter une rupture et le retentissement public qu'elle a eu. Les dissentiments se sont accrus depuis lors ; ils se sont fait jour dans le public et m'ont créé d'autres devoirs que je ne saurais méconnaître. Si je les oubliais aujourd'hui, on verrait en France, comme ailleurs, autre chose qu'un rapprochement entre deux membres d'une famille désunie. On interpréterait cet acte comme une adhésion donnée à la politique du prince, politique qui ne sera jamais la mienne (i). »
(i) Je ne veux pas pousser plus loin l'histoire de cette divergence entre les deux principaux membres de la famille Bonaparte, divergence qui n'aboutit point à une réconciliation. Cependant, je citerai encore une lettre du Prince Impérial, qui le