‹ Le Prince Impérial, souvenirs et documentsChapitre 36 sur 68 · IDEAL POLITIQUE · texte numérisé non relu

IDEAL POLITIQUE

Pour ne laisser aucun doute dans les esprits, j'ai hâte d'ajouter que, si le Prince Impérial ne pouvait partager les opinions radicales de son cousin, il n'inclinait pas davantage vers les partisans aveugles de l'ancien régime. A ce sujet, je dois le défendre contre les assertions d'un homme honnête et bien intentionné, qui lui a prêté, à tort suivant moi, ses vues sur le mouvement politique contemporain. Eugène Loudun, ancien fonctionnaire du gouvernement, qui avait perdu sa place après le 4 septembre, pour avoir affirmé trop bruyamment son dévouement à l'Empire, fut recommandé au Prince Impérial par le baron Tristan Lambert, qui en faisait grand état. Lorsque j 'étais à Woolwich, je lus au Prince quelques fragments des lettres que m'adressait M. Loudun et aussi de son livre sur la Loi des Révolutions, qui contenait toute une philosophie de l'histoire. Plus tard, Eugène Loudun écrivit directement au Prince et fut reçu par lui. Le visiteur, traité avec bienveillance, s'exagéra son rôle et se prit pour un confident. Par une étrange illusion, il se persuada que le Prince lui avait dit tout ce qu'il avait dit lui-même au Prince. On me demandera comment je le sais, puisque j'étais

montre en dissentiment profond avec son cousin sur un point très important de notre histoire contemporaine. Cette lettre est postérieure aux faits que je viens de rapporter.

Le duc de Grammont avait publié un article en réponse à un autre article du prince Napoléon, où celui-ci avait accusé la politique impériale d'avoir trahi les intérêts français en n'achetant pas, à la dernière heure, la coopération de l'Italie par l'abandon de Rome. Le Prince écrit au duc pour le féliciter de cette initiative. D'abord, le fait allégué n'est pas vrai. Mais, en admettant qu'il fût vrai, « le cabinet des Tuileries ne devait pas agir autrement qu'il ne l'a fait. La France était engagée par sa parole vis-à-vis dn Saint-Père ; la \'ioler, c'était entrer en lice avec une flétrissure et commencer le combat moralement diminué. C'était par trop renverser les rôles que d'acheter le concours de l'Italie au prix d'une bassesse, et il n'y eût eu qu'un cri contre un gouvernement assez vil pour conclure un pareil marché.... »

alors loin de mon ancien élève et que, dans ses lettres, le Prince ne m'a jamais parlé de M. Loudun. Ma réponse est simple : parce que M. Loudun met dans la bouche du Prince des paroles qui sont en contradiction directe et absolue avec ses idées fondamentales aussi bien qu'avec les faits.

Le Prince lui aurait dit : « J'ai été pendant quelque temps sous l'influence d'un esprit révolutionnaire. » Quel serait cet esprit révolutionnaire? Il m'est impossible de le découvrir parmi les amis et les conseillers du Prince. Était-ce Rouher? Était-ce Paul Merruau ou Cottin? Était-ce M. Franceschini Pietri? Était-ce M. Lavisse? Était-ce moi? Le nom de « révolutionnaire » ne convient à aucun de ceux que je viens de nommer, si on lui donne son sens ordinaire et si l'on entend par là un perturbateur de l'ordre social, un homme qui veut entraîner le paj^s aux aventures et aux violences. Si, au contraire, on veut dire par ce mot un homme attaché aux principes de la Révolution et décidé à en maintenir, à en développer l'héritage d'une façon pacifique et légale, nous étions tous, à différents degrés, des révolutionnaires, et le Prince l'était encore plus que nous, sinon il aurait abandonné la tradition léguée par Napoléon pr et par Napoléon IIL Or, c'est dans leurs œuvres et dans leurs actes qu'il cherchait sa ligne de conduite. Il se serait intitulé, comme eux, Empereur « par la grâce de Dieu et la volonté nationale ». Dans son discours du i6 mars, il avait rendu au principe de la souveraineté populaire un hommage plus complet que n'a osé le faire aucun autre souverain. Je crois donc que, si M. Loudun destinait le Prince Impérial à détruire la Révolution française et à ramener la France en deçà de 1789, il aurait été profondément déçu.

Quand Eugène Loudun disait au Prince Impérial : « Vous êtes la quatrième race ! » le Prince aurait pu lui répondre que la troisième existait encore, représentée par des princes respectés de tous et regrettés de quelques-uns. Mais il avait conscience d'incar-

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