‹ Le Prince Impérial, souvenirs et documentsChapitre 37 sur 68 · IDÉAL POLITIQUE · texte numérisé non relu

IDÉAL POLITIQUE

ner un autre principe que celui de la Monarchie traditionnelle ou même de la Monarchie parlementaire. L'Empire n'a de raison d'être que s'il diffère de cette double forme de la Monarchie aussi bien que de la République bourgeoise. S'il se confond avec l'une ou avec l'autre, il perd le caractère que lui ont imprimé ses fondateurs. Aussi le Prince était-il soucieux d'éviter les alliances dangereuses et compromettantes, à droite ou à gauche. Mission d'en haut et mandat d'en bas : il réconciliait ces antinomies grâce à l'adage populaire qui, pour lui, donnait à l'idée plébiscitaire une consécration religieuse : Vox populi, vox Dei. Et, à l'ombre de ce double idéal, chevaleresque et moderne, il voyait prospérer et grandir une démocratie puissante et disciplinée, bien organisée et bien armée, libre dans son obéissance et redoutable dans sa pacifique et laborieuse activité.

Tel était le rêve qu'il avait sans cesse devant les yeux. Quant à la situation actuelle, pour comprendre comment il l'appréciait et quel rôle il se croyait appelé à y jouer, il faut se reporter aux impressions de l'époque. Sans remonter aux événements de 93, la deuxième République avait laissé le souvenir d'une politique faible et incohérente et d'agitations qui s'étaient communiquées au reste de l'Europe. On s'attendait à voir la troisième marcher sur les traces de ses aînées, engendrer le désordre chez elle et autour d'elle. C'était l'opinion de toutes les nations monarchiques et d'un grand nombre de Français. Comment le Prince ne l'eût-il pas partagée et n'en eût-il pas fait la règle de sa conduite? Tant qu'avait duré l'Assemblée élue en 1871, sous le gouvernement anonyme auquel avaient présidé M. Thiers et le maréchal Mac-Mahon, les choses avaient marché tant bien que mal ; mais, maintenant qu'une majorité républicaine était assise sur les bancs de la Chambre des députés, les événements allaient se précipiter et la République ne tarderait pas à affirmer son véritable caractère, sa politique subversive de l'ordre social ; on

descendrait rapidement sur la pente et, alors, il faudrait que quelqu'un arrêtât la France sur le bord de l'abîme. Le Prince aurait-il à remplir cette haute et périlleuse mission?

C'est là ce qu'il se demandait au printemps de 1877, à la veille d'une crise dont il sentait, dont nous sentions tous les vagues approches.

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