‹ Le Prince Impérial, souvenirs et documentsChapitre 4 sur 68 · II · texte numérisé non relu

II

Mais il m'est bien difficile de me le représenter sous les traits de « l'enfant terrible » dont les naïvetés ou les malices jettent le désarroi autour de lui. Parmi tous les mots qui couraient les salons et les journaux et qui ont été recueillis dans le Quatrième Napoléon, j'en retiens deux, seulement, que j'ai tout lieu de croire authentiques et qui sont bien dans cette nature à la fois belliqueuse et tendre. Au moment de la guerre d'Italie, il était à Saint-Cloud avec l'Impératrice et le palais était, sans cesse, en communication télégraphique avec le quartier général de l'Empereur. Un jour, l'Impératrice dit à l'enfant : « Ton papa a gagné une victoire ! » Le Prince répondit : « Rien qu'une? Mon oncle en gagnait bien davantage ! » Ceci le montre à trois ans, sachant déjà quelque chose de l'épopée napoléonienne dont il devait être l'héritier.

Un autre jour qu'il était sorti en voiture avec Mme de Brandon, il fut très étonné de remarquer un groupe d'hommes qui, à son passage, gardèrent obstinément leur chapeau sur leur tête : « Ils ne sont guère polis, ceux-là, dit-il. Pourquoi donc ne me saluent-ils pas ? » C'était comme la première éclaboussure des inimitiés politiques qui l'atteignait, la première révélation de cette hostilité qui devait aller en croissant et, après s'être acharnée contre tous les siens, le viser lui-même au cœur. L'excellente sous-gouvernante était très embarrassée. Comment expliquer à un si jeune enfant cet étrange héritage d'amour et de haine qui était le sien? « Ces gens-là, dit-elle, ont, apparemment, leurs préférences.... Ils ne vous connaissent pas bien ; ils ne savent pas vos sentiments.... » — « Eh bien, dit l'enfant, il faut leur faire savoir que je les aime bien, que je les aime tous! «Vingt ans après, il répétait le même mot, — ou peu s'en faut, — cette fois avec une pleine conscience de sa situation. C'était à Douvres. Il allait partir pour Ostende, moi pour Calais. Il me conduisit jusqu'au bateau avec le comte Clary et m'embrassa : « Vous

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