‹ Le Prince Impérial, souvenirs et documentsChapitre 42 sur 68 · FIELD-MARSHAL SIR JOHN LINTORN SIMMONS · texte numérisé non relu

FIELD-MARSHAL SIR JOHN LINTORN SIMMONS

LORD STAMFORDHAM.

Le Prince Impériai.

PI. 36. Pnge 204.

AU ZOULOULAND

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« Je n'ai pris l'avis de personne et je me suis décidé en quarante-huit heures ; si ma résolution a été si prompte, c'est que j'avais longuement réfléchi à pareille éventualité et arrêté mon plan.

« Ni les appréhensions de ma mère, ni le désespoir des gens qui m'entouraient, ni les exhortations de M. Rouher et de tous mes partisans ne m'ont fait hésiter une minute ni perdre une seconde ; cela n'a rien que de tout naturel pour ceux qui me connaissent, mais combien sont-ils ?

« Les raisons qui ont motivé mon départ sont toutes politiques et, en dehors d'elles, rien n'a influencé ma détermination.

« 1° Je pouvais espérer, avant les événements qui ont suivi le i6 mai, que, mon parti augmentant ses forces, la restauration impériale se fasse sans secousse, soit par le parlement, soit par l'armée.

« Cette restauration à la manière espagnole m'aurait fait, comme Alphonse XII, l'esclave de quelques hommes et de tout un parti. Je ne me serais pas accommodé d'une pareille situation et je la redoutais plus que je ne la souhaitais.

« 2° Depuis le 14 octobre, la scène a changé ; le parti impérialiste est affaibli et ne peut rien par ses seules forces. Toutes les espérances se résument en ma personne ; qu'elle grandisse, et les forces du parti de l'Empire décupleront. J'ai eu la preuve que l'on ne suivrait qu'vm homme connu pour son énergie et tout mon soin a été de trouver le moyen de me faire connaître.

« 30 Écrire des lettres de condoléance, héberger les politiciens, taper sur le ventre des journalistes, me faire leur copain et travailler avec eux à remuer les problèmes sociaux, voilà ce que les fortes têtes appelaient : « me mettre en vue » .

« D'autres voulaient que je voyage en Europe avec un grand train de maison, allant, comme les princes des contes de fées,

regarder sous le nez toutes les princesses et vanter mon élixir politique qui guérit les maux sociaux.

« Cette comédie, dans la pensée des auteurs, comme toute bonne pièce, devait finir par un mariage.

« Je n'ai point entendu de cette oreille ; je n'ai pas voulu me laisser couper les ailes par le mariage et ma dignité se refusait à se plier au rôle de commis voyageur princier.

« 4° J'ai donc compris que ce n'était pas là mon théâtre.

« Lorsqu'on appartient à une race de soldats, ce n'est que le fer en main qu'on se fait connaître et, lorsqu'on veut apprendre en voyageant, il faut aller au loin.

« Je m'étais donc depuis longtemps promis : i° de faire un long voyage ; 2° de ne perdre aucune occasion de faire campagne. Le désastre d'Isandula me fournit l'occasion attendue.

« En France, aucune crise immédiate à redouter n'était là pour me retenir, comme avant les élections sénatoriales. La guerre d'Afrique devenait tout à coup populaire en Angleterre et se développait sur une grande échelle sans entraîner de complications européennes.

« Le théâtre de la guerre valait- en lui-même la peine d'un dérangement, à cause de l'intérêt qu'il offre au voyageur.

« Tout me poussait donc à partir et je suis parti.... »

Rouher, mandé auprès du Prince par une lettre pressante, accourut à Chislehurst. A son tour, il discuta avec le Prince et s'efforça de le faire changer d'avis. Mais ses paroles furent vaines, comme l'avaient été celles de l'Impératrice, celles de M. Pietri, du général d'Espeuilles et de tous les Français qui se trouvaient en ce moment près de lui. D'ailleurs, il était trop tard, puisque le duc de Cambridge avait accordé l'autorisation demandée. En quatre ou cinq jours il avait terminé ses préparatifs. Quelques hommes dévoués s'étaient offerts à l'accompagner en Afrique ; mais, quoique très touché de leur dévouement, le Prince ne

AU ZOULOULAND

consentit pas à l'accepter, car il ne pouvait emmener des « gardes du corps » (l'expression est de lui) dans un camp anglais.

Il refusa, pour la même raison, l'offre de M. Pietri qui était prêt à l'accompagner. Il ne voulut emmener avec lui que le seul Uhlmann, son valet de chambre ; encore avait-il décidé qu'llhlinann resterait à la base, pour se tenir à sa disposition, en cas de besoin.

Il écrivit quelques lettres d'adieu à ses amis : celle que je reçus était datée du 26 février (i). Il écrivit aussi au comte Joachim Murât, afin d'expliquer brièvement aux sénateurs et aux députés de son parti les causes qui avaient déterminé sa résolution.

Il s'éloigne de Camden pour quelques mois avec la conviction que rien ne se passera pendant son absence qui eût rendu sa présence nécessaire en Europe. Mais il se préoccupe de ce que penseront ses amis : « Ceux d'entre eux qui m'ont constamment conseillé de me mettre en vue ne sauraient blâmer ma démarche. Cette guerre... ne peut me compromettre dans un conflit qui engagerait l'avenir de ma politique. Si Dieu me protège, je reviendrai bientôt, fortifié par les épreuves de la guerre et plus digne de la tâche que je dois remplir ».

Tout en exprimant son espoir d'un prompt et heureux retour, le Prince, qui n'allait pas à la guerre en dilettante, en spectateur (ceux-là seuls qui ne le connaissaient pas auraient pu le croire), crut nécessaire de faire son testament. C'est à quoi fut employée la dernière nuit qu'il passa à Camden Place, celle du 26 au 27 février. Voici quel était ce testament :

« Ceci est mon testament.

« 1° Je meurs dans la reUgion catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je suis né.

(i) On la lira aux appendices, avec d'autres fac-similés de l'écriture du Prince. ( 207 )

« 2° Je désire que mon corps soit déposé auprès de celui de mon père, en attendant qu'on les transporte tous deux là où repose le fondateur de Notre Maison, au milieu de ce peuple Français que nous avons, comme lui, bien aimé.

« 30 Ma dernière pensée sera pour ma patrie ; c'est pour elle que je voudrais mourir.

« 40 J'espère que ma mère me gardera, lorsque je ne serai plus, l'affectueux souvenir que je lui conserverai jusqu'à mon dernier moment.

« 5° Que mes amis particuliers, que mes serviteurs, que les partisans de la cause que je représente, soient convaincus que ma reconnaissance envers eux ne cessera qu'avec ma vie.

« 6° Je mourrai avec un sentiment de profonde gratitude pour Sa Majesté la Reine d'Angleterre, pour toute la famille royale et pour le pays où, pendant huit ans, j'ai reçu une si cordiale hospitalité .

« Je constitue ma mère bien-aimée ma légataire universelle, à la charge par elle de.... »

{Suit ici le détail des legs particuliers.)

Codicille.

« Je n'ai pas besoin de recommander à ma mère de ne rien négliger pour défendre la mémoire de mon grand-oncle et de mon père. Je la prie de se souvenir que, tant qu'il y aura des Bonapartes, la cause impériale aura des représentants. Les devoirs de notre Maison ne s'éteignent pas avec ma vie ; moi mort, la tâche de continuer l'œuvre de Napoléon I^r et de Napoléon III incombe au fils aîné du prince Napoléon, et j'espère que ma mère bienaimée, en le secondant de tout son pouvoir, nous donnera, à nous autres qui ne serons plus, cette dernière et suprême preuve d'affection.

« Napoléon. »

Chislehiirst, le 27 février 1879.

Cliché W. et D. Downey.

PORTRAIT DE I. IMPERATRICE EMPORTi; AU NATAL

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