ATTAQUE D UN KRAAL
D'afyrh un tableau de Protais appartenant à S. M. l'Impératrice. {Le prince est en tête sur le cheval blanc.)
AU ZOULOULAND
reusement, les Zoulous étaient encore mal habitués à l'usage des armes à feu. Ni le Prince, ni Bettington ne furent touchés et, en débouchant sur le plateau, ils chargèrent en tète des autres cavaliers. Quoiqu'un de leurs grands chefs fût présent, les Zoulous ne tinrent pas longtemps contre eux et prirent la fuite en laissant plusieurs hommes sur le terrain. Après les avoir poursuivis pendant quelques instants, on revint en arrière et l'on déjeuna gaiement au kraal, que Bettington proposa de baptiser Kraal Napoléon, en souvenir de la première rencontre du Prince avec l'ennemi. Le Prince remarqua, en cette circonstance, que le major Bettington ne portait point de sabre à son côté. « Pour moi, dit-il, je tiens à avoir toujours le mien, non pas tant pour attaquer que pour me défendre si j'étais entouré : je mourrais en combattant et la mort, alors, n'aurait rien de pénible. »
Pendant la nuit suivante, il fallut changer de campement plusieurs fois, car on était suivi de près par l'ennemi. Enfin, le soir du 20 mai, on rentrait au camp sans avoir perdu un seul homme.
Le Prince avait été chargé d'un travail important, qui consistait à élaborer le projet de construction d'un fort à Conférence Hill. Ce fort devait assurer les communications de l'armée, quand elle serait en marche sur Ulundi, avec sa base placée dans la colonie de Natal. Le général Wood était présent lorsque lord Chelmsford chargea le Prince de cette mission : « Il faut, lui dit-il, que le fort puisse être défendu par un très petit nombre d'hommes, qu'il contienne une grande quantité de provisions et de munitions, avec les charrois nécessaires pour le transport ». Sans attendre un instant, le Prince sauta sur le veldt et se mit à l'œuvre, prenant des mesures et recueillant des notes. Après quelques jours d'étude, il apportait au général un travail qui a reçu, depuis, l'approbation de juges très experts et dont son ancien gouverneur de Woohvich se déclarait très fier. On y trou-
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vdit beaucoup d'attention donnée aux détails et des vues originales, car le Prince y combinait, avec le souvenir des leçons reçues en Europe, l'expérience déjà acquise sur cette terre d'Afrique, où tout était nouveau : le terrain, l'ennemi, les conditions de la guerre. Ce point de vue le frappait particulièrement et, indépendamment des travaux dont il était chargé, il avait commencé une étude sous ce titre : South Ajrican compared to European Warfare.
Il écrivait à l'Impératrice, le 26 mai :
«... Depuis ma dernière lettre, ma vie a été des plus sédentaires, surtout relativement aux habitudes nomades que l'on contracte ici. Huit jours passés sous la tente me font l'effet de huit jours passés dans un lit de plume, car le plafond de toile a ses charmes, comparé à la voûte des cieux. Mais, comme je vous l'ai déjà mainte fois écrit, la vie que je mène me plaît et me fait du bien. Jamais je ne me suis senti si fort et si dispos.
« Lord Chelmsford, cédant à mon désir d'être employé à quelque chose, m'a attaché au quartier maître général, colonel Harrison, des « Royal Engineers », efje compose à moi tout seul tout son état-major, ce qui est et restera bien maigre, quoique j'engraisse.
« Le général Simmons vous dira mieux que je ne pourrais vous l'expliquer la nature de mes fonctions, qui sont celles de Deputy Assistant Quarter Master General.
« Demain, la deuxième division et le quartier général quittent Landman's Drift pour se porter sur Koppie Allein. C'est notre premier pas vers Ulundi, et, si le proverbe « Il n'y a que le pre- « mier pas qui coûte » était toujours vrai, nous serions victorieux à bien bon marché, car notre première marche en avant ne nous coûtera rien.... »
Le 29 mai, le Prince accompagnait dans une reconnaissance
AU ZOULOULAND
le général en chef et son état-major. Au cours de cette journée, il se trouva plus d'une fois rapproché de M. Deléage, auquel il témoignait beaucoup de bienveillance et qui s'était attaché à lui, très sincèrement, je crois. Comme ils galopaient ensemble, botte à botte, leur conversation effleura mille sujets. M. Deléage l'a rapportée dans tous ses détails : je ne lui emprunterai qu'un mot, qui me paraît bien en harmonie avec le caractère du Prince. Un hasard de l'entretien avait amené une comparaison entre la guerre que les Anglais faisaient aux Zoulous et la campagne menée à ce moment par les Carlistes contre le gouvernement d'Alphonse XII. Sur quoi, le Prince laissa tomber ce mot : « Je ne comprends pas la poursuite d'un trône par la guerre civile ».
Je ne sais si c'est au retour de cette reconnaissance que le général Wood, commandant de la seconde colonne (aujourd'hui le maréchal sir Evelyn Wood), rencontra le Prince et lui dit en riant :
« Eh bien. Monseigneur, vous ne vous êtes pas encore fait tuer ?
— Non, répondit le Prince sur le même ton ; mais, ajoutat-il plus sérieusement, si je devais être frappé, je crois que j'aimerais mieux un coup de zagaie qu'une balle venant on ne sait d'où : cela montre, au moins, qu'on a senti le contact de l'ennemi. »
M. Deléage eut la bonne fortune d'annoncer au Prince l'élection de M. Godelle. Le Prince en eut une vraie joie. C'était un symptôme : Paris lui revenait !