‹ Le Prince Impérial, souvenirs et documentsChapitre 48 sur 68 · EUGÈNE-LOUIS-JEAN-JOSEPH NAPOLÉON · texte numérisé non relu

EUGÈNE-LOUIS-JEAN-JOSEPH NAPOLÉON

NÉ AUX TUILERIES LE i6 JL^RS 1856

TUÉ A L'ENNEMI, EN ZOULOULAND, i" JUIN 1S79.

Le soir du ii, le cercueil était transporté àChislehurst et déposé dans le hall tendu de draperies noires, à la place même où, six ans plus tôt, avait reposé le corps de son père, sous la lueur pâle des cierges, parmi des monceaux de violettes. L'Impératrice passa la nuit auprès de lui.

Lorsqu'elle fut remontée dans ses appartements, les préparatifs de la funèbre cérémonie commencèrent. La Reine, qui avait quitté Balmoral dès le lendemain du jour où elle avait appris la mort du Prince, arriva quelques minutes avant onze heures.

Elle déposa, de ses propres mains, une couronne sur le cercueil. Les assistants remarquèrent que c'était une couronne de laurier et la reine dit tout haut :

« Il l'a méritée ! »

Puis elle alla prendre place avec sa fille, la princesse Béatrice,

sur une estrade construite pour elle dans l'espace vide qui s'étend devant la maison. De là elle assista à la sortie du corps porté par des officiers d'artillerie : honneur exceptionnel rendu au mort, honneur sans précédent, comme la présence de la souveraine elle-même.

Les cadets de l'Académie royale militaire formaient un carré sur les côtés de cette esplanade où le cortège commença à se déployer. Sur un affût de canon que traînaient huit chevaux, le cercueil était enveloppé dans les drapeaux français et anglais. A droite et à gauche marchaient le prince de Galles, le duc de Connaught, le duc de Cambridge, le prince royal de Suède le prince de Monaco, le duc de Bassano et M. Rouher. Puis venait le cheval du Prince, tenu en main : non pas celui qui avait abandonné son maître sur le champ de bataille, mais celui qu'il montait le plus souvent et le plus volontiers en Angleterre Stag, caparaçonné de deuil et laissant voir, sous ses voiles de crêpe la selle de velours et d'or qui, en plus d'une circonstance mémorable, avait porté Napoléon III. Le prince Napoléon conduisait le deuil avec ses deux fils, Victor et Louis. Une foule immense suivait, groupée d'après un cérémonial fixé d'avance (i). Les tambours battirent avec des grondements prolongés, sourds comme des sanglots ; le canon tonna sur le Common où était rangée la garnison de Woolwich, avec les volontaires du Kent.

Le cortège s'ébranla lentement et franchit les grilles, et cent mille têtes se découvrirent. C'est ainsi que le fils de Napoléon III

(i) Tout le second Empire, tout ce qui en demeurait, du moins, était là, excepté les officiers en activité. Seuls, les anciens membres de la maison du Prince, Duperré et d'Espeuilles, avaient reçu l'autorisation nécessaire et purent partager, avec Ligniville et Bachon, l'honneur de se tenir, pendant la messe, aux côtés du cercueil. Les officiers légataires du Prince eurent aussi la permission d'assister aux obsèques. Cette permission fut refusée à tous les autres, y compris les maréchaux Canrobert et Lebœuf. On a prétendu, alors, que l'ambassadeur de la République avait osé discuter avec le gouvernement anglais l'importance des honneurs à rendre et le nombre des coups de canon. Je ne sais si le fait est vrai; notre gouvernement d'alors était fort capable de cette impudence, mais lord Beaconsfield n'était pas homme à la tolérer.

Cliché HiiCirns.

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