MONUMENT DU PRINCE AU ZOULOULAND
Le Prixce Imp
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sortit, pour la dernière fois, de cette maison où il avait connu la douleur et la joie, où je l'avais vu et laissé si heureux et que, bien peu de mois auparavant, il animait de sa vie, illuminait de ses espérances et de sa gaîté.
Après le service auquel l'exiguïté de l'édifice refusait ce déploiement des grandes pompes religieuses qui eussent été en rapport avec une telle occasion, le cercueil fut placé dans une chapelle latérale et les Français venus pour assister aux obsèques (les journaux du temps ont évalué leur nombre à dix mille) défilèrent à travers la petite église et saluèrent une dernière fois leur Prince. Ce défilé occupa toute l'après-midi du 12. Le lendemain, dans cette même église, le cardinal Manning prononça l'oraison funèbre du Prince qui fut traduite en français et publiée par les soins du cardinal archevêque de Bordeaux.
Avant de quitter Chislehurst, la Reine fut reçue par l'Impératrice. Cette entrevue, qui ne dura qu'une minute, ne put être qu'une muette et douloureuse étreinte.
Le lieutenant Carey était en route vers l'Angleterre. Condamné par la cour martiale à perdre son grade, mais recommandé, en même temps, par cette même cour, à la clémence du commandant en chef de l'armée anglaise, il se considérait comme hors d'affaire et tenait, devant témoins, certains propos qu'il jugeait de nature à lui rendre l'opinion favorable : « Le Prince commandait ; lui, Carey n'avait fait qu'obéir.... — Mais il fallait l'avertir ! — Ah ! le Prince n'eût pas souffert mes observations ; il était si jaloux de son autorité ! » Le Prince jaloux de son autorité ? Carey n'eût pas osé produire une telle assertion devant les officiers qui avaient vu le Prince donner à tous l'exemple de la soumission à ses chefs, devant lord Chelms-
ford qui écrivait à sa sœur : « Je traiterai le Prince absolument comme mes autres aides de camp ; je sais que c'est ce qu'il désire » ; ou devant le major Bettington qui l'avait vu déférer immédiatement et de bonne grâce à une injonction du colonel Buller, exprimée dans les termes très nets qu'emploie l'officier supérieur pour donner un ordre à un subordonné. Mais Carey ne se trouvait plus parmi ceux qui connaissaient les faits et qui l'eussent immédiatement contredit. On l'interrogeait, on l'écoutait, et quelque chose de ces conversations, transmis par des reporters, l'avait précédé en Angleterre.
Mais, à ses premiers pas hors du bateau, il fut informé que les confidences qui lui avaient échappé dans le désarroi du premier soir et qui avaient alors coulé de sa plume sans qu'il en pût calculer les conséquences, avaient été communiquées et qu'elles étaient, maintenant, connues, en substance, de beaucoup de personnes. Craignant d'être placé dans l'obligation de se donner à lui-même un démenti formel, il modifia aussitôt son attitude et, dans une entrevue avec un rédacteur du Daily News, il s'abstint de rejeter la responsabilité des événements et, en particulier, du choix de la halte sur son illustre compagnon : « Nous étions d'accord, nous agissions de concert.... » Il crut prudent de s'en tenir à cette théorie intermédiaire. On jugera de la valeur qu'il faut attacher au témoignage d'un homme qui a présenté successivement trois versions différentes des mêmes faits.
Dès que l'Impératrice avait été en état de rassembler ses esprits et d'exprimer un désir au sujet des suites qui pouvaient être données à la journée du i^r juin, elle avait écrit la note suivante :
« Juillet 1879.
« La seule source de consolation terrestre, je la puise dans l'idée que mon enfant bien-aimé est tombé en soldat, obéissant à des ordres dans un service commandé, et que ceux qui les lui
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ont donnés l'ont fait parce qu'ils le croyaient capable et utile. Assez de récriminations ; que le souvenir de sa mort réunisse en un commun regret tous ceux qui l'aimaient et que personne ne souffre ni dans sa réputation ni dans ses intérêts, — moi qui ne peux plus rien désirer sur terre, je le demande comme une dernière prière.
« Eugénie.
« Parlez à tous dans ce sens. Anglais ou Français ».
Évidemment, le duc de Cambridge eut connaissance de ces lignes ; il ne pouvait manquer d'y avoir égard. L'Impératrice avait, en quelque sorte, apostille la requête de la cour martiale en faveur du condamné. Si le commandant en chef s'était contenté de gracier silencieusement Carey, cet acte eût été compris de tous comme une sorte d'hommage rendu à la mémoire du Prince. Mais le duc procéda autrement. Il se Uvra à un nouvel examen des faits, sans avoir en main toutes les données nécessaires ; à son tour, il rendit une sorte de verdict. Il admit le sauve-qui-peut, et, jusqu'à un certain point, l'impossibilité d'un retour offensif. En ce qui touche l'insuffisance de l'escorte, le choix de la halte, le manque de précautions prises, il blâma Carey de n'avoir pas « averti » le Prince, de n'avoir pas éclairé son inexpérience de quelques conseils.
C'était accepter la théorie du commandement incertain et de la responsabilité partagée, non plus comme une circonstance atténuante, mais comme une demi-justification.
Quelle est, pour un grand corps dont un membre s'est rendu indigne, la façon la plus honorable et la plus sûre de mettre son honneur à l'abri ? Est-ce de couvrir à tout prix le délinquant ? Est-ce de le rejeter de son sein? Le dilemme s'est posé plus d'une fois, à des époques et dans des lieux différents ; il a reçu différentes solutions. On vient de voir celle à laquelle s'arrêta le chef