LE PRIS CE IMPERIAL
de l'armée anglaise, mais l'armée elle-même adopta la manière de voir opposée.
Lorsque Carey, plein d'assurance, voulut reprendre sa place dans les rangs, l'accueil qu'il reçut lui apprit quels sentiments on professait à son égard, sans que personne eût à lui exprimer ces sentiments par des paroles. Il connut l'amertume de ce muet ostracisme qui isole celui qui en est l'objet au milieu de la compagnie la plus animée, qui ignore sa présence et jusqu'à son existence, ne le voit pas quand il est là, ne l'entend pas quand il parle ; les 3'eux qui se détournent, les mains qui se dérobent, les conversations qui s'arrêtent quand il entre et reprennent quand il s'en va ; tout cet ensemble de gestes et, surtout, de silences qui font de lui un inconnu parmi ses camarades, un inférieur parmi ses égaux,, im étranger dans sa propre maison, un mort au milieu des xàvants.
Carey s'obstina, convaincu que le temps travaillerait pour lui. Il demanda une audience à l'Impératrice, spéculant ainsi sur le désir que devait éprouver une mère de se faire répéter la dernière conversation de son fils. Etre reçu par l'Impératrice, c'eût été le meilleur des acquittements. L'audience lui fut refusée.
Il traîna de garnison en garnison son isolement et sa rancœur jusqu'au jour où la maladie le prit et l'enleva, à Bomba)', où il avait été envoyé. Ces quelques années de vie misérable valaientelles le prix dont il les avait payées ?
La nuit du i^"" au 2 jviin 1880 vit l'Impératrice en prières dans le fatal donga, à la place même où son fUs était tombé.
Dans une lettre adressée à M. Pietri, le 3 jan%-ier 1880, l'Impératrice expliquait ainsi le motif de son voj-age : « Je me sens
attirée vers ce lieu de pèlerinage avec la même force que devaient
Clichë Olr.lr H.ir<leo.