DUCHESSE DE MEDIXA CŒLI. DUCHESSE DE TAMAMES
D'apr/s des photographies appartenant à M. Filon.
LE PRINCE A ONZE ANS
soutenir des conversations avec les membres les plus distingués de la société.
Donc, miss Shaw a rendu de réels services ; son seul tort fut de se croire nécessaire après qu'elle avait cessé d'être utile. Je la vis, quelque temps après mon arrivée, donner des signes de coquetterie tardive et témoigner un grand désir de redevenir jeune. J'appris bientôt qu'elle se mariait à un officier de la garde qui prenait sa retraite et entrait dans l'administration des Dons et Secours, placée sous la direction du docteur Conneau. Mais elle ne quitta pas pour cela son Prince, qu'elle adorait. De son côté, il aimait beaucoup sa vieille Nana, mais il la faisait un peu enrager. Sa jeune vanité masculine, qui commençait à naître, s'impatientait et quelquefois s'irritait de cette surveillance assidue qui s'affirmait et s'obstinait dans de toutes petites choses. Il fut longtemps sans vouloir attacher d'importance à son extérieur et à ses vêtements. Que de fois je l'ai vu s'enfuir devant miss Shaw qui le poursuivait, une brosse ou un peigne à la main, pour effacer un pli, enlever un grain de poussière ou faire rentrer dans l'ordre une mèche de cheveux récalcitrante !
Parlerai-je des picoteries du Prince et de ses cousines? Ce sont là de ces incidents qui se produisent dans toutes les familles où il y a des frères et des sœurs que leur âge ne met pas absolument de plain-pied, au point de vue du développement physique et mental.
Les deux nièces de l'Impératrice, Marie et Louise Stuart, filles de la duchesse d'Albe, que l'on désigna, jusqu'à leur mariage, par les noms de duchesse de Galisteo et de duchesse de Montoro, étaient installées à la Cour lorsque j'y entrai et y demeurèrent sans interruption jusqu'au mois d'août 1870. L'Impératrice me demanda d'associer ces jeunes filles aux exercices français du Prince et de son ami Conneau. Je me trouvais donc, à Biarritz, à la tête d'une petite classe mixte où ne régnait pas une paix
inaltérable. Quelques jours après, arriva l'excellente institutrice que la maison impériale de Saint-Denis prêtait à l'Impératrice, Mlle Redel, qui prit très vite un affectueux ascendant sur ses élèves et gagna l'estime de tous. Elle avait autant d'autorité que d'adresse et nous joignîmes nos efforts pour maintenir le calme parmi cette jeunesse, qui s'aimait fort, mais qui ne s'en chamaillait pas moins vivement. Il y eut quantité de propos piquants, de petites leçons mal accueillies de celui auquel elles s'adressaient, quelques égratignures, un ou deux bras pinces et, si j'ai bonne mémoire, une gifle qui s'égara sur une joue auguste.
Louise Stuart, la toute charmante duchesse de Medina-Celi, enlevée en plein bonheur, en pleine jeunesse, en pleine grâce, n'est plus là pour se souvenir avec nous. Mais sa sœur aînée, la duchesse de Tamamès, lira sans doute ce que j'écris et ne m'en voudra pas de dire que, si le Prince était parfois agressif, eUe était peu endurante. S'il vivait, quel plaisir ils auraient tous deux à se rappeler ces innocentes querelles, ces discussions interminables ! Peut-être s'amuseraient-ils à les recommencer pour avoir, comme autrefois, le plaisir du raccommodement.