APOLLON
Si ces lieux fortunés ont tout ce qu’eut la Grèce De gloire, de valeur, de mérite et d’adresse.
Ce n’est pas sans raison qu’on y voit transférés Ces jeux qu’en mon honneur la terre a consacrés.
J’ai toujours pris plaisir à verser sur la France De mes 'plus doux rayons la bénigne influence;
Mais ce charmant objet, qu’Hymeny fait régner, pour elle, maintenant, me fait tout dédaigner.
Mais le temps de pareils hommages est passe; les poëtes sontn)iicts; les exquises louanges dont Racine , Boileau , La Fontaine, Molière, Corneille lui-même, le vieux Romain, ont laisse tant de beaux modèles, ont fait place aux acclamations de tout un peuple ; aussi Lien ces eloges-là n’ont pas manque à madame la duchesse d’Orlëans.
Donc laissons en paix pour aujourd’hui les comédiens d’hier : ils ont fait sans doute de leur mieux; mais que voulez- vous ? ils ne sont pas habitues à celte salle d’or et de velours, à ces plafonds charges de peintures , à cette cour qui les regarde, à ces deux mille bougies que re'flète l’ëclal des lustres, à cette brillante foule toute brodée de spectateurs choisis, qui se précipitaient dans cette belle salle, étonnés d’avoir encore à admirer après tant d’admiration. Les comédiens eux aussi auront été éblouis par cet éclat, par celte richesse, par ces grands noms, par ces cris de joie, par cet enthousiasme, qui tenait du délire; ils ont joué à la hâte et au hasard, en gens d’esprit, qui compi enaient fort bien que toute cette belle foule n’était pas venue là pour eux.
Aune heuredu matin, cette brillante assemblée, composée de toutes les intelligences , de toutes les puissances de la France, remontait par ces vastes escaliers dans ce palais illuminé de haut en bas, comme pour le bal; elle jetait un dernier regard plein d’enthousiasme et de reconnaissance sur ces chefs-d’œuvre, sur ces grands hommes entassés dans ces demeures, le seul asilé digne d’abriter tant de gloire et tant de grandeurs ; puis elle prenait congé de son hôte royal aux cris raille fois répétés de le roi!
Le lendemain de celle fête, qui est un événement politique, ou plutôt quelques heures après qu’il eut pris congé de ses hôtes, le roi toujours infatigable faisait au peuple les honneurs du château de Versailles, comme il les avait faits aux pairs et aux députes 'de son royaume. Le roi recevait à dix heures les autorités de Versailles^ dans la galerie de Louis XIII.
Le roi a répondu au discours de M. Aubernon, préfet de Versailles :
« Je vous remercie, messieurs, de l’expression de vos » sentiments. Il m’est bien doux de voir comment la » France a accueilli le mariage de mon fils, comment elle » a accueilli cette princesse, que nous sommes si heureux » de posséder au milieu de nous, et qui répond si bien à » l’attente de la France et à l’affection que nos cœurs lui » portent déjà.
» Je vous remercie également de ce que vous m’expri-
» mez sur la satisfaction que vous éprouvez en voyant le » palais de Versailles recevoir la noble destination à la- » quelle je Fai consacré. Je me réjouis qu’il m’ait été ré- » servé de préserver ce grand monument de la ruine dont » le menaçait sa prétendue inutilité, et je vois avec bon- » beur que l’approbation publique vient couronner mes » efforts. Les marques éclatantes qui m’en ont été données )> hier, lorsque je m’y suis trouvé entouré de la nom- » breuse et brillante réunion que j’y ai invitée, ont péné- » tré mon cœur, et je saisis cette première occasion qui » se présente à moi de vous témoigner combien j’en suis » touché. Je le suis aussi de l’empressement que les » gardes nationales du département de Seine -et-Oise ont » mis à se réunir à Versailles, pour que je les passe en ù revue. Vous serez mes interprètes pour leur faire con- » naître combien j’y suis sensible. C’est un jour de bon- » heur pour moi que celui où je puis mettre la France en » possession de cette grande réunion des glorieux souve- » nirs de son histoire, qui en perpétuera la mémoire aux )) yeux des contemporains et de la postérité. »
Au discours de M. le maire de Versailles, qui a offert, au nom du conseil municipal, une médaille d’or (1 ) en commémoration de la restauration de Versailles :
tt Je suis bien touché de ce témoignage des sentiments » du corps municipal de Versailles. Je suis heureux,
(1 ) Cette médaille a été gravée par M. Caque, en moins Je vingt jours. Elle représente d’un côté le palais de Versailles, et de l’autre , elle porte ces mots : Au Roi, la ville de V ersailles reconnaissante ,
» messieurs, de pouvoir vous en remercier dans ce palais )) rendu à sa splendeur primitive, et qui mêmC;, j’ose m’en » flatter, eii a acquis une plus grande encore par sa con- » secration à toutes les gloires de la France. Je me réjouis y> que l’ouverture de ce grand monument , qui coïncide )) avec riieureux événement du mariage de mon fils, » marque l’epoque de la renaissance de la prospérité de )) la ville de Versailles. J’espère qu’elle retrouvera, dans )) le dépôt sacré que je lui donne à garder pour la France, )) une nouvelle source de celte vie que lui donnait la ré- » sidence habituelle des rois. Je dis habituelle, parce que » je me propose de venir de temps en temps au milieu de 3> VOUS, habiter Trianon, que j’ai rendu susceptible de Si recevoir toute ma famille, dont vous savez bien que je )) n’aime pas à me séparer. Je profiterai de ces séjours » pour diriger l’achèvement du palais de Versailles, que )) je continuerai autant que je le pourrai, afin d’y complé- )? ter cette grande réunion des souvenirs de notre histoire, r> qui atteste ce que la France a été dans tous les siècles, î) et qui montrera aux générations futures ce que la )) nation française peut accomplir dans toutes les carrières, » quand elle y est guidée par des chefs dignes d’elle, et
surtout profondément attachés à leur patrie, comme )) j’aime à me glorifier de l’avoir été dans tous les » temps. »
Ces paroles ont été accueillies au cri de : Fii^e le roi! Vive la famille royale!
Discours de M. le duc de Mortemart, président de V association agronomique de Grignon^
« Sire,
» Au nom de Tassociation, j’ai Flionneiir de présenter à Votre Majesté les élèves de Fécole royale agronomique de Grignon. Leurs sentiments d’attacliement au roi et aux institutions égalent le zèle qu’ils déploient pour entrer dans la vaste et utile carrière que nous clierchons à leur ouvrir. Nos pacifiques études , circonscrites dans ce moment au domaine que Votre Majesté nous accorde à un prix si généreux, porteront un jour dans toutes les possessions françaises la science la plus utile à l’homme, l’amour du travail, et les mœurs pures, qui en sont un des fruits les plus précieux. Déjà, Sire, nos élèves se distinguent ; partout on les recherche pour la direction des grands établissements; et, avec la protection de Votre Majesté, nous espérons en augmenter le nombre, et satisfaire aux demandes qui nous sont faites de toutes les parties de la France, si le gouvernement nous aide à donner gratuitement l’éducation agricole. »
Le roi a répondu :
« Il ne tiendra pas à moi que vos vœux ne soient ac- )) complis. Je ferai tout ce que je pourrai en faveur de )) votre établissement, dont le but est si utile et si louable. » Je désire vous prouver à tous combien j’apprécie vos » efforts pour améliorer l’agriculture : obtenir que les
» terres produisent tout ce quelles softt susceptibles de » donner à rhomme, c’est accroître les richesses de tous î) sans faire tort à personne. C’est par la culture paisible » de tous les arts, de toutes les sciences, aussi bien que » par le noble élan que vous imprimez à Féducation agri- » cole, si honorée dans tous les siècles, que nous parvien- 3) drons à donner aux mœurs françaises cette aménité, ce 3) repos, ce calme , qui peuvent assurer à la fois la pro- 3) spérité, la richesse et le bonheur du pays, objet constant 3) de tous mes vœux et de tous mes efforts. Mais toujours 3) dévoué à ma patrie, moi aussi j’ai combattu pour son 3) indépendance, lorsqu’elle a été attaquée^ j’aime à rap- 3) peler ce souvenir ; et je vous demanderais de même de 3) quitter vos charrues pour voler à, la défense de la France, 3) si son indépendance était de nouveau menacé. Grâce à 3) Dieu, ce danger est loin de nous, et la paix dont nous 3) jouissons me paraît bien assurée. Mais n’oublions pas 3) que la meilleure garantie de la sécurité du pays, c’est 3) la sagesse de la nation ^ c’est cette sage modération qui 3) sait jouir des avantages que nous possédons, sans aller s> courir après des chimères, dont la vaine poursuite a 3) trompé tant d’ambitieuses espérances et produit d’aussi 3) grands malheurs. Je suis charmé de voir l’esprit qui 3) vous anime, et de vous témoigner combien j’aime à ho- 3) norer vos travaux, et à encourager un établissement 3) aussi utile à la France que celui auquel vous pre'- 3) sidez. 3)
A deux heures et demie le roi montait à cheval pour passer en revue la garde nationale du département et les régiments de la garnison. Après avoir passé à cheval devant
le front du bataillon de Fëcole de Saint-Gyr^ le roi s’est place en face du centre et a fait battre un ban. Puis , prenant le drapeau dans sa main , le roi a dit :
« Je viens réaliser la promesse que je vous ai faite de » donner à l’ecole ce drapeau, qu’elle a si bien mérité par sa conduite, par son application, par son patriotisme et » par le bon esprit dont elle est animée. Le plaisir que )> j’éprouve à vous le présenter est augmenté ^en vous le )) donnant en présence de ce grand monument où je vous » ai conduits moi-même, pour vous montrer cette impo- » santé réunion des grands souvenirs de notre histoire et » de toutes les gloires de la France. C’est là ce qui doit » vous guider dans la carrière qui s’ouvre devant vous, » sous ces nobles couleurs dont la vue fait toujours une » si vive impression sur toute la nation, et que nous avons » reprises avec tant de bonheur, il y a déjà sept ans î w Vous saurez soutenir l’honneur du drapeau tricolore,
» comme l’ont fait vos devanciers; et si jamais vous de- » viez le porter au combat, la France entendrait de nou- » veau rententir dans vos rangs ce cri des contemporains )> de ma jeunesse :
» Nous entrerons dans la carrière » Quand nos aînés n’y seront plus ;
» Nous y trouverons leur poussière ,
» Et l’exemple de leurs vertus.
» Et comme eux, vous suivriez ces nobles exemples,
» vous vous montreriez dignes du nom français, et partout
» où la voix de la patrie vous appellerait à sa deTense , )) vous seriez prêts à verser votre sang pour Thonneur, la » liberté et la sûreté de la France ! »
A ces paroles, prononcées d’une voix ferme et avec une chaleur entraînante, les élèves de l’école de Saint-Cyr ont répondu par les cris de : Vive le roi! répétés avec transport.
Le roi est rentré à deux heures, et il a présidé le conseil des ministres.
fU'm 6’ >?• i-.vr ni y^u.w
■wi aJYRj.. onnnXMi mu’l, , ....
'«A)-)air^ a;, ;,'
•> V/-. Vfû-, ‘.v .vVM f V f . i . ' m iu ■ I ,
iioiWMlàltfetffq f(h M ,M ^ .