‹ Le Principe d'ÉgalitéChapitre 16 sur 43 · AMIE · texte numérisé non relu

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raison la construit, mais bien celle qui est l’expression des rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. C’est en quoi Montesquieu diffère des philosophes abstraits, et la remarque est d'importance; car nous verrons que tant que l’influence de Montesquieu fut prépondérante dans les assemblées révolutionnaires, les mesures qu’elles prirent gardèrent un équilibre et une sagesse relative qu’elles perdirent au contraire dès que les idées de Rousseau furent à leur tour prônées par préférence.

D’Argenson, observateur attentif des progrès de l’esprit révolutionnaire, mérite encore d’être signalé par l’originalité et la hardiesse des doctrines qu’il a consignées dans ses mémoires. Devançant les économistes, il demandait déjà lPamélioration de la situation matérielle du peuple, la liberté du commerce et l’égalité devant l’impôt. La plus dangereuse inégalité lui paraît être celle qui découle des richesses (1). Il en développe abondamment les conséquences fâcheuses (2); aussi ses déclamations contre le luxe sontelles rigoureuses. La perfection politique consiste, dit-il, à se rapprocher de l'égalité (3). Et même il va beaucoup plus loin et il écrit : « Il faudrait que les terres ne fussent possédées que par ceux qui les cultivent. Ceux-ci ne devraient avoir à cultiver que ce que comporte l’étendue de leurs besoins » (4); puis, devancant Fournier, il rêve d’un phalanstère. Il écrit : « Que les princes ne s’avisent-ils d’avoir . dans leurs parcs des ménageries d’hommes heureux ! »

Ainsi, au fur et à mesure qu’on avance vers le milieu du siècle, le nombre de ceux qui s'élèvent avec force contre les abus se fait plus grand et la pensée devient plus hardie. Le curé Meslier est un exemple. D’Argenson dépasse quelquefois son époque. Morelly doit être rangé auprès d’eux.

(1) Mémoires, t. V, p. 103; LICHTENBERGER, Op, cit, pp. 05 et suiv. (2) Ibid., t. VII, p. 80.

COM NC IN D 427.

(4) Tbid., t."V, p. 313.

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L'auteur du Code de la Nature a eu une grande influence sur le développement de l’idée d'égalité. Babeuf, dont nous parlerons dans notre deuxième partie, se déclarait l’élève de l’auteur de ce livre, longtemps attribué à Diderot.

Le Code de la Nature proclame avec force « l'égalité des droits que la nature fait sentir aux hommes par la parité des sentiments et des besoins » (p. 26), et encore que « la vertu ne peut exister sans la communauté des biens » (p. 30). Mais ces principes ont été faussés, dit Morelly, par la politique usuelle, et c’est ainsi que les hommes ont perdu le bonheur qui était accessible à tous dans le pur état de nature. ,

Morelly ayant constaté ces vices de la société actuelle n’aboutit pas au pessimisme. Il croit aux progrès pourvu qu'ils se réalisent dans le cadre d’une société communiste. Partant de cette idée, il trace le plan d’une constitution idéale (1) à base égalitaire.

TJ. Rousseau occupe dans l’histoire des idées une place considérable, son influence a débordé son siècle et elle est encore profonde de nos jours. Grimm avait déjà noté dans ses correspondances qu’il avait eu « plus que des admirarateurs, des dévots ». « Certains voient dans ces écrits la source de toutes nos théories politiques actuelles. » Beaucoup le regardent comme le père de l’anarchie. On a peutêtre prêté à Rousseau des intentions qu’il n’avait pas. Mornet (2) voit dans le Contrat social un pur exercice d’esprit, . un effort d'organisation d’idées et constate que Rousseau passe de la spéculation à la pratique et rédige des constitutions, il n’est plus question de pacte. Quoi qu’il en soit, il est permis de constater que le Contrat social marque une époque et « qu’en ce qui concerne la philosophie politique du xvirr° siècle, le contrat paraît avoir substitué la logique abstraite à la politique réaliste », que nous avons remarquée chez Montesquieu notamment.

(1) LICHTENBERGER, Op. cit, pp. 117 et suiv.

(2) Mornrr, La Pensée francaise au xvitr siècle.

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