‹ Le Principe d'ÉgalitéChapitre 3 sur 43 · RD LE · texte numérisé non relu

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d’une égalité mathématique, soit sous la forme d’une égalité proportionnelle, l'égalité mathématique de droit conduisant par la force des choses à légalité de fait. Quand nous opposons l'égalité de droit proportionnelle à l'égalité de droit mathématique, nous n’entendons pas dire qu'il existe deux sortes d'égalité, mais seulement que la mise en œuvre de l’égalité de droit peut se présenter sous ces deux modalités qui découlent des conceptions différentes que l’on se fait de la valeur des individus en société. Dans l’égalité mathématique, tous les hommes sont considérés comme ayant naturellement et socialement une valeur rigoureusement égale et un droit à une égalité absolue de jouissance et d'exercice des avantages sociaux.

Au contraire, la notion de l’égalité de droit proportionnelle part du postulat opposé. Les hommes sont naturellement inégaux: mais ils ont conscience de leur individualité et acquièrent du sentiment de leur liberté individuelle le droit au complet épanouissement de leur personnalité, Aussi, en conformité du sentiment de Justice, la loi doitelle, ici, réaliser l’égalité de droit en donnant à chaque homme le moyen d'atteindre cêtte fin par une même protection généralisée. « La loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse »; mais ceci posé, le législateur s’interdit de réaliser une égalité de fait, car ce serait nuire au libre développement des individus. Des inégalités naîtront forcément qui auront pour base et justification « la distinction des vertus et des talents ». Sous réserve de cette explication, nous emploierons les expressions d'égalité proportionnelle et d’égalité mathématique.

Ainsi, la loi peut jouer soit un rôle actif en assurant à tous une répartition et un exercice égal des avantages sociaux, soit un rôle passif en se bornant à une même protection généralisée, mais en laissant libremént se développer les initiatives individuelles. Il apparaît ainsi que l'égalité n’existe que par la loi.

Les hommes ont, par contre, le sentiment profond des

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différences qui les séparent, des inégalités qui les entourent. Et pourtant, ils ont le désir intime et non moins vif de l'Egalité. D’où vient ce paradoxe ? D’où vient, si la réalité est si contraire au désir, que l’idée d'égalité est dans tous les esprits, que ce mot s’offre si souvent à nos regards ? N’est-1il pas inscrit sur presque tous les monuments publics, sur des églises, dans les écoles, et ne l’a-t-on pas en quelque sorte monnayé en le frappant sur des pièces, comme si l’on voulait que chacun pût faire à la fois un credo public et intime sur ce principe ?

De ce premier examen du problème il ressort déjà une constatation troublante. Suivant qu’on dira que les hommes naissent et restent inégaux et que la loi doit tenir compte de ces différences et du rôle de chacun dans la société, ou bien qu’on affirmera dogmatiquement que les hommes naissent et demeurent égaux et qu'il faut que l'égalité de fait soit établie et maintenue, la condition des hommes en société changera du tout au tout et la civilisation s’aiguillera dans des sens divergents, sinon contraires. Mais ne préjugeons pas des conséquences, l’étude de notre sujet les éclairera.

Il importe donc d’aborder ce problème avec gravité et de nous dégager de toute conception a priori et dogmatique. Le mieux sera de raisonner sur des faits observables et vérifiables et de nous demander : 1° Que nous montre l’observation ? 2° que nous révèle la conscience ? (1)

Et tout d’abord, il tombe sous les sens qu’il existe entre les hommes des égalités naturelles. Tous les hommes naissent, croissent, dépérissent, meurent. Leur. corps est formé des mêmes organes qui ont des fonctions et un but semblables. Tous peuvent ressentir du plaisir ou de la douleur, de la joie ou de la peine; mais cette constatation n’est pas aussitôt faite qu’elle est battue en brèche par un flot d’inégalités non moins naturelles et dont la première est une inégalité de degré dans les choses communes.

(1) Pris dans le sens de faculté de se rendre compte de ce qui se passe en nous, dégagé de toute acception morale,

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