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CHAPITRE II

L'esprit public au XVIII: siècle.

Avant d'aborder l’exposé des opinions égalitaires des écrivains et philosophes du xvitr° siècle, il nous paraît préférable de tracer une peinture du milieu dans lequel elles se sont formées et développées. Du point de vue de l’idée d'égalité, les faits ont en effet une singulière importance. Ils ont agi comme propulseurs ou comme faits-déclic donnant ainsi aux idées une raison et un motif de se manifester. Nous verrons que ce sera d’une manière de plus en plus violente, si bien qu’on a pu parler de la progression de l'esprit révolutionnaire à travers le xvVIIr siècle. À ce moment, la puissance royale a atteint son apogée; mais les inégalités sont également plus marquées et les abus qu’elles ont engendrés sont criants. Les événements donnent ainsi à l'esprit publie de cette époque un caractère progressivement révolutionnaire qui a précédé l'esprit dit philosophique, lui a servi de support et de stimulant. Placées dans leur cadre naturel et historique, les opinions des écrivains et philosophes les plus représentatifs du xvitr° siècle apparaîtront comme en relief, dans toute leur valeur, et feront mieux saisir l'influence réciproque des faits sur les idées et des idées sur les faits. « Ces auteurs étant les interprètes d’un état d'esprit qui se manifeste surtout dès le milieu du XVIIT siècle parmi les personnes cultivées. La littérature recevant de la société les idées républicaines et les lui rendant embellies et fortifiées (1). »

QG) Aurarn, Histoire politique de la Révolution française, p. 13.

no RE

ES

Cette évolution de l'esprit public a toutefois précédé les désordres de la Régence. « Les mémoires décrivent avec force l’altération grave des mœurs et des croyances » pendant la fin du règne de Louis XIV (1). Les excès du principe d’autorité sous le grand roi provoquèrent une réaction qui se traduisit dans les écrits philosophiques et politiques de cette époque. Ceux de Vauban, de l’abbé de Saint-Pierre, notamment, sont les signes avant-coureurs des transformations prochaines.

La Régence marque l’avènement de l'esprit nouveau par réaction contre l’absolutisme précédent. Ce fut en quelque sorte une petite « révolution dans les opinions et dax: les faits ». Elle se manifesta par les intrigues intéressées et ambitieuses des grands pour changer le gouvernement. Il y eut alors une sorte « d'ivresse de liberté ». Les mémoires de ce temps parlent, en y faisant allusion, du « feu français ». La manie de politiquer bruyamment était à la mode; mais

cependant le principe même de la royauté restait respecté.

Le Régent fit preuve d’un esprit libéral; il fit appel à des esprits de nuances très diverses. Il apparaît comme un homme « moderne » au pouvoir.

La tolérance fit sa réapparition, les condamnés politiques furent remis en liberté, les exilés et les protestants rappelés. Mais ces heureuses espérances furent bientôt déçues, le pouvoir de nouveau fut repris par les favoris et les courtisans. L'esprit d'inquiétude se répandit. Les ferments de révolte s’insinuaient dans les masses, à la vue du spectacle des scandales des privilégiés, de tous leurs trafics impudents, de l’oubli de leurs devoirs sur lesquels se fondait l’excuse

(1) AurErTIN, L'Esprit public au xvirr siècle,

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