‹ Le Principe Hiérarchique Dans l'Administration FrançaiseChapitre 24 sur 71 · DAT, PS · texte numérisé non relu

DAT, PS

Pierre parvint ainsi à rassembler un nombreux contingent d'employés. Mais le tchine assimilait le service civil au service militaire, pour le mode d'avancement aussi bien que pour le mode de recrutement. Cette hiérarchie bureaucratique devait, tôt ou tard, tourner au profit de la médiocrité.

En effet, à chaque degré de l'échelle du tchine, correspond une série de fonctions; on ne peut remplir des fonctions élevées qu'avec un tchine élevé, et, par suite, qu’après une longue carrière bureaucratique.

On attirait ainsi dans les administrations une foule d'hommes sans vocation, ni aptitudes, et d’autre part l'intelligence, l’étude, l’esprit d'initiative et d’indépendance étaient découragés et annihilés.

Plus la mainmise du chef sur la volonté subordonnée est énergique, plus la responsabilité diminue en bas de l’échelle.

Il en est de même de l'initiative. Si toute l’impulsion vient d’en haut, à quoi bon essayer et proposer du nouveau si on est assuré de l’insuccès.

Pour caractériser d’un mot le côté fâcheux de cette situation, on peut dire que le principe hiérarchique peut frapper l’ensemble de l’administration d’une

excessive timidité.

B. — Servililé. Arrivisme.

M. Anatole Leroy-Beaulieu signale l’arbitraire et l’arrogance chez les supérieurs, le servilisme et l’humi-

mer DE ere

lité chez les subordonnés, comme un trait habituel de la bureaucratie russe.

Ges mots seraient infiniment trop durs pour pouvoir être appliqués à la bureaucratie française. Mais, ce qu’on pourrait reprocher justement à notre administration dans cet ordre d'idées, c’est d’attacher trop de prix à la docilité de caractère des subordonnés, à la régularité de leur humeur, à l’exactitude de leur présence, toutes qualités agréables, mais d’un ordre inférieur, et important assez peu, en somme à la parfaite gestion des affaires publiques.

Il arrive qu’on sacrifie un employé plein d’initiative, de zèle et de talent, mais de rapports un peu durs, à un autre, plus médiocre, maïs sachant «se faire mieux voir» de ses chefs.

Ici, l'intérêt bien compris de l’administration est sacrifié à un petit côté de l’esprit hiérarchique.

N'oublions pas d’ailleurs que c’est une conséquence possible, mais nullement nécessaire du principe hiérarchique. Le chef vraiment éclairé et libéral, saura parfaitement faire abstraction de ses préférences personnelles dans les propositions d'avancement qu’il dressera, et choisir, non pas le subordonné le plus agréable pour lui, mais celui qu’il estime pouvoir

servir le plus utilement l’État.

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