‹ Le Principe Hiérarchique Dans l'Administration FrançaiseChapitre 25 sur 71 · C. — Favorilisme et népotisme · texte numérisé non relu

C. — Favorilisme et népotisme

Si le pouvoir de l'autorité supérieure est vraiment

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considérable, ce qui arrive dans toute hiérarchie fortement constituée, la flatterie pourra trouver matière à s'exercer d’une manière profitable; mais reconnaissons, tout de suite, qu’au-dessus des échelons supérieurs s’en trouvent d’autres, et qu’ainsi le favoritisme est arrêté par les exigences des fonctionnaires supérieurs. À chaque degré de la hiérarchie, le favoritisme se limite lui-même.

Ici encore le remède est à côté du mal. Il réside dans le choix judicieux des hauts fonctionnaires qui sauront restreindre le népotisme au-dessous d’eux et le faire diminuer par leurs subordonnés successifs. Tout dépend, en somme, du premier choix fait par le ministre.

Nous retrouvons ainsi ce principe que la responsabilité administrative augmente à mesure qu’on monte les degrés de la hiérarchie : elle est extrêmement lourde au sommet. |

Avant tout le népotisme devra être banni au sommet de l’échelle hiérarchique, sinon il sévira partout,

entraînant une démoralisation générale.

D. — Dépendance élroile du subordonné.

Dans notre administration, surtout de nos jours, les rapports de supérieur à inférieur sont empreints d’une parfaite courtoisie, et la subordination, bien que réelle, ne se fait pas brutalement sentir.

Retenons seulement cette constatation que le

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supérieur aimera manifester son pouvoir en réformant les actes de son subordonné, parfois sans autre utilité qu celle de lui faire comprendre qu’il n’est pas le maître.

S'inspirant de Molière, Francisque Sarcey dépeignait ainsi le travail des bureaux. Le rédacteur dira : « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour»; le sous-chef met : « Vos beaux yeux d'amour mourir me font »; le chef et le sous-directeur y vont chacun de leur inversion; puis le directeur revient à la phrase du rédacteur, qui est décidément la meilleure.

Il peut y avoir du vrai dans cette boutade ! L’intervention du supérieur se produira dans les actes du fonctionnaire d’exécution, tout aussi bien que dans le style du fonctionnaire écrivain. Là encore, il peut y avoir abus, mais il ne faudra pas en rendre responsable l’organisation hiérarchique elle-même, mais la

mesquinerie personnelle du supérieur.

Re $. — ABUS DU FONCTIONNARISME.

Les inconvénients signalés grossissent avec l’abus du fonctionnarisme. |

Plus le personnel administratif devient nombreux, plus la part que prend chacun à la vie administrative se rétrécit, et les défauts inhérents à une division du travail poussée à l'extrême se font sentir plus

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vivement : politique à courte vue, timidité et indécision au bas de l'échelle, défaut d'initiative partout. Les fonctionnaires supérieurs qui voient s’accroître la docilité de leurs employés, arrivent à oublier qu'ils sont eux-mêmes les serviteurs de la chose publique et du souverain; la distance augmente entre les rangs; ici-bas, on peut acquérir quelques-uns des défauts de la servitude, l’amour de la flatterie, la déférence aux caprices et même aux manies du supérieur étant considérée comme le meilleur moyen « de se pousser » aux plus hauts postes. Au lieu de fonctionner librement et harmonieusement, la machine administrative sera parfois faussée au détriment du bien public.

D'autre part, si l’importance croissante du fonctionnarisme augmente les inconvénients possibles de la hiérarchie, les progrès mêmes de la puissance hiérarchique entraînent l’extension du fonctionnarisme.

En effet, dans une organisation hiérarchisée, chacun des chefs de service a une tendance naturelle à accroître l'importance de ses fonctions. Le meilleur moyen de manifester à tous les yeux son importance n'est-ce pas d’avoir beaucoup de subordonnés? L'expérience a d’ailleurs été faite à plusieurs reprises.

L'administration supérieure a organisé de vastes enquêtes tendant à la réduction du nombre des fonc-

tionnaires. Jamais elle n’a obtenu de résultats appré-

ciables, parce que les chefs de service, loin de reconnaître qu’ils avaient un nombre excessif d’auxiliaires, ont à l’envi signalé l'insuffisance de leurs effectifs, pour être assurés de conserver, tout au moins, la totalité des employés placés sous leurs ordres. Get état d’esprit étant général, si parfois un fonctionnaire propose lui-même de réduire son service, l’administration accepte avec empressement, mais ce n’est pas toujours le service le plus riche en personnel qui est sacrifié.

On peut donc constater ici un double inconvénient d'action et de réaction : l'accroissement du nombre des fonctionnaires augmente les défauts de la hiérarchie; l’accroissement de la force hiérarchique tend à élever le nombre des fonctionnaires.

Aussi convient-il de faire la part de ce défaut dans l’énorme accroissement des effectifs administratifs.

Nous l’avons vu, le nombre actuel est de 870.000 environ. Comparons avec les chiffres établis par M. Blak et M. Victor Turquan. Le tableau suivant mon-

tre la progression des effectifs et des dépenses :

18205 nn 188.000 fonct. coûtant 245 millions. LRO ere 217.000 — — 260 — IT LAS 289.000 — Lu A es Re ANR LE AT 350.000 — — 484 — LOG nee 416.000 — — 627 —

Posons, tout d’abord, un fait, que les services ren-

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dus par l’administration se sont accrus dans des proportions extraordinaires; ainsi, le nombre des instituteurs est passé de 41.370 à 120.988; 50.000 emplois ont été créés dans l’administration des postes. Ce sont là des créations utiles au premier chef.

Pourrait-on en dire autant de l’immense extension de l’entourage des ministres, du personnel des bureaux des administrations centrales et aussi du personnel colonial?

Dans un discours reproduit au Journal officiel du 13 décembre 1906, M. Joseph Reinach a établi une fort utile comparaison entre le nombre des emplois des ministères anglais et des ministères français similaires.

Gette étude peut être le point de départ d’intéressantes considérations sur l’état d’esprit des deux nations : bien que le régime parlementaire soit implanté depuis longtemps en Angleterre, il n’a pas entraîné (sauf peut-être pour les colonies) un aussi grand développement du fonctionnarisme, les emplois administratifs étant beaucoup moins en faveur chez

nos voisins que dans notre pays.

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