LES RÉFORMES
CHAPITRE PREMIER L'élection des fonctionnaires $ I. — LES DIVERSES RÉFORMES ENVISAGÉES
L'idée de réformer les abus dérivant plus ou moins directement de l’application du principe hiérarchique est loin d’être neuve.
Mais restait à choisir les moyens.
Fallait-il procéder avec mesure, respecter la vieille organisation hiérarchique en réglementant seulement les prérogatives du Gouvernement, de façon à empèêcher le favoritisme? Convenait-il au contraire de tenter d’infuser à l’administration un sang et un esprit nouveaux en bouleversant tout le système hiérarchique et en établissant l’autorité sur des bases entièrement nouvelles ?
Poser la question en France, c'était déjà la résou-
dre. L'amour de notre nation pour les «constructions neuves» devait se faire sentir dans cette question particulière comme dans d’autres plus générales.
La Révolution substitua brusquement l'élection à tous les postes aux modes si variés de collation des divers emplois sous l’ancien régime. Ce système eût de nouveau d’ardents partisans à la fin du second Empire; l'élection des fonctionnaires fut un des principaux articles du programme de l’opposition républicaine en 1869.
De nos jours nous voyons se dessiner un mouvement d'opinion tout différent, mais qui aboutirait à un bouleversement aussi complet de la hiérarchie administrative. On ne préconise plus l'élection. On jetterait plûtôt un regard d’envie sur l’ancien régime lui-même où la vie corporative était si intense; volontiers les fonctionnaires se placeraient d’euxmêmes dans les anciens cadres des corporations, jurandes et maîtrises, mais ce serait pour y élaborer la cité future du socialisme. Leurs groupements autonomes ne recevraient plus leur impulsion du pouvoir central, mais organiseraient entre eux l’administration générale du pays.
Après ces solutions violentes et révolutionnaires, nous étudierons celle des « doctrinaires» du Gouvernement de Juillet, adoptée — chose remarquable — par les dirigeants de la deuxième République. L’octroi aux fonctionnaires d’une charte leur donnant des
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garanties contre l'arbitraire tout en maintenant fortement le principe hiérarchique.
C'est la solution mesurée et prudente qui est aujourd’hui encore passionnément discutée sous le
titre de : Statut des fonctionnaires.