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la tolérance s’acquiert en l’achetant aux municipalités gangrenées; enfin, les personnages politiques qui arrivent au pouvoir, grâce aux deux premières catégories. ;
Très étroitement liés, ces personnages se sont emparés du mécanisme administratif, rien ne se fait sans eux. Ils nomment et ne font réussir que des hommes tarés comme eux, qui consentent à leur prêter aide en toute circonstance, soit pour piller les deniers publics, soit pour baïîllonner la justice et la loi. M. (Clure déclare que cette oligarchie est si puissante qu’elle étend ses ramifications dans tout le pays dont elle infecte la vie sociale et morale.
« Tous ces hommes, dit-il, acheteurs de votes et « votants achetés, jurés payés pour ne pas rendre de « verdict équitable en cas de poursuites, sénateurs « qui font passer des lois leur permettant de remplir « leurs poches, tous ces hommes néfastes qui corrom- « pent les sources de la justice, ou les souillent, ne
« méritent qu’une seule et même dénomination : ce
sont les ennemis de la République, et pis même, ce
sont les ennemis de l’humanité; les assassins de la
« civilisation. »
M. Lincoln Steffens, dans un livre sensationnel, The Shame of Cilies, d’autres, comme Ray Standard Baker qui dévoila en 1903, les actes du boss du bâtiment, ou comme Chalmers Roberts, qui fit le jour sur les tares de la législature dans la même année,
n'ont fait, malgré l’accentuation de leurs documents, qu’effleurer, pour ainsi dire, le mal, et toucher la plaie à la surface.
À San-Francisco, au commencement de 1905, le « Boss » avait fait de tout le gouvernement municipal un centre de corruption : la justice, la police, toutes les branches des services publics, dépendaient de ses décisions. Aucune place, si minimes qu’en fussent les honoraires, ne s’accordait sans son autorisation; aucun permis, si peu important qu’en fût l’objet, ne se délivrait sans son consentement; toujours subordonné à un paiement plus ou moins élevé.
Les Américains ont donné le nom de « Graft», absolument impossible à traduire en français, à toute cette corruption qui ne s'étale pas seulement à San- Francisco. Le graft (le terme veut dire proprement greffe) est un prélèvement fait sur une partie du corps social pour fournir un avantage à une autre partie, et le grafter, greffe son bénéfice, toujours illicite, sur les opérations véreuses ou criminelles. Et comme tout ce qui n’est pas accompagné de profits est traité avec indifférence, les services de l’administration, hygiène, voirie, police, sont livrés à l’incurie.
Il n’y a que l’embarras du choix pour retrouver les mêmes scandales dans la grande République admirée par Tocqueville et Bryce. A New- York, où la domination de Tammany Hall eut une peu honorable célébrité ; à Saint-Louis, à