‹ Le Principe Hiérarchique Dans l'Administration FrançaiseChapitre 33 sur 71 · CS · texte numérisé non relu

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état d’anomie, qui se traduit par un désarroi moral. La réforme qui s'impose serait donc de fournir aux activités individuelles les points d'appui en même temps que les points de direction qui leur manquent. L'État est trop haut,ses mains puissantes sont malhabiles à ces besognes délicates. IL faut des groupes plus proches de l'individu, plus enveloppants et plus prenants.

« Mais étant donné l’évolution propre de nos sociétés, l’emprise des groupements territoriaux, celle des groupements religieux, celle même des groupements domestiques diminuent fatalement. Restent les groupements professionnels. Ils sont de tous les instants et de tous les lieux.

« Au fur et à mesure que la division du travail se perfectionne, leur importance grandit.

« Ils sont donc les instruments désignés de notre

réorganisation morale (1).

Gette idée «nouvelle» est donc simplement le retour

à l’ancien régime? Oui, à certains égards, et avec

cette particularité qu’au régionalisme qui veut ressus-

citer les anciennes provinces elle substitue la spécia-

lisation par métiers. C’est la décentralisation proîes-

sionnelle ramenant tout naturellement à l'organisme

issu du Fédéralisme économique (2). Nous ne retour-

(1) Durckheim, Le Suicide, page 430.

(2) Paul Boncour, Le Fédéralisme économique.

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nerions pas précisément aux provinces anciennes mais plutôt aux corporations jurandes et maîtrises (1).

Les corporations nouvelles seraient d’ailleurs animées de l’esprit le plus moderne. Il ne s’agirait pas de reconstituer les groupements fermés, oppressifs et exclusifs de l’ancienne France; loin de vouloir maintenir l’inégalité des maîtres, compagnons et apprentis, les associations d’aujourd’hui s’efforceraient de niveler les situations de leurs membres; elles seraient une école d'égalité et de liberté (2), chacun demeurerait d’ailleurs libre d’y entrer ou d’en sortir.

La transformation même de l’État (3), dont le rôle industriel va croissant, ne semble-t-elle pas rendre nécessaire un renouvellement de sa constitution autoritaire et régalienne d’autrefois? La vieille administration de Napoléon peut-elle s’appliquer à un État qui va devenir distillateur, raffineur et peut-être exploitant de mines?

L'exemple de l’autonomie accordée aux services industriels de l’État par les Gouvernements de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande donne aux nouveaux groupements de fonctionnaires des espérances qu’ils

ont hâte de voir se réaliser.

Mais l’exemple de l’industrie n’est pas probant,

(1) P. Boncour et Charles Maurras, Un débai nouveau sur la République et la décentralisation.

(2) Fournière, L’Individu, la Société ei l Etat.

(3) Leroy, Les Transformations de la puissance publique.

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bien au contraire, car dans les établissements industriels toute l'impulsion vient d’en haut et l’obéissance des subordonnés est rigoureuse.

D'ailleurs de l’État industriel on passerait rapidement à l’État pouvoir. Après la mine au mineur, après même la poste aux postiers, n’aurait-on pas l’université aux universitaires, bien plus : l'administration aux administrateurs (1).

On réaliserait ainsi, selon le mot spirituel de M.

Demartial : la séparation de l’administration et de l'État.

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