HORS
Contre un pareil système, une objection fondamentale vient immédiatement à l'esprit : l’homme acceptera-t-il de voir ainsi disparaitre la propriété privée, à laquelle, riche ou pauvre, il est de nos jours si fermement attaché ?
Les Saint-Simoniens répondent sans embarras. Pour eux, le bonheur de la propriété, d’avoir quelque chose à soi, ne vient pas seulement de la satisfaction de posséder un objet dont on puisse disposer à volonté et se dire le maitre. Non; car on voit partout cette jouissance très développée chez des hommes qui ne sont pas « propriétaires », au sens que les codes donnent encore à ce mot. Le besoin de posséder n'est-il pas mieux satisfait chez le travailleur qui cultive depuis de longues années le domaine de son maitre, que chez « l’oisif du salon ou des chambres qui n'a de rapport avec ses terres, ses bois, ses usines, que par l'impôt que lui payent ses fermiers ? (1) »
Dans la société future, l'instrument de travail, c'est-à-dire pour l'industriel, « une terre, une usine, une mine, etc. qu'il aura recu fonction d'exploiter », n’appartiendra pas à lui individuellement, mais « il jouira du bonheur de la posséder, tant qu'elle sera l’objet de sa fonction, comme l’artilleur aime sa pièce, comme le marin aime son bâtiment, sa pièce ou son bâtiment, qui sont à l'Etat ou à l’armateur (2). ».
Ce qui trouble les idées, ajoutent les apôtres, c'est
(i) Le Globe, 25 avril 1831.
(2) Le Globe, 2 juin 1831.