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CHAPITRE IV

La Religior sairt-simorienne

Le système sairt-simonien re pourra être pratiquement réalisé que lorsque les hommes seront transformés au poirt de vue moral. — L'identification des irtérêts. — Les influences subies par l’école sairt-simorienre. — La société future sera une théocratie. — Le prêtre de l’unité. — La morale sairt-simorierre. — Seule la religion permettra de faire régner la véritable liberté.

Pour assurer l’application de leur formule, les Saint-Simoniens comptaient sur une transformation complète de l’nomme au point de vue moral. « C’est par le sentiment, dit L’Exposition, que l’homme vit, qu'il est sociable; c'est le sentiment qui nous attache au monde, à l’homme » (1). Il ne suffit pas, pour faire accepter un système et pour le maintenir de s'adresser à l'intelligence des individus; les meilleurs raisonnements ne sont que « des moyens secondaires et médiats ». Tout homme qui n’est pas préparé « moralement et sympathiquement » à écouter une doctrine de « régénération sociale », ferait de vains eflorts pour la comprendre, car « les grandes

(1) Exposition, 1re année, p. 268.

Vu

pensées viennent du cœur, et, pour être bien comprises, doivent passer par le cœur » (1). Se borner à l’organisation industrielle et scientifique, ce serait vouloir guérir le « vieil homme » dont les infirmités sont malheureusement incurables; ce qu’il faut faire, c'est créer et animer l'homme nouveau (?).

La doctrine saint-simonienne — les apôtres le déclarent avec franchise — se propose avant tout « de changer profondément, radicalement, le système des sentiments, des idées et des intérêts » (3). Elle n’apporte pas seulement au monde une conception économique; elle prêche aussi une morale; elle veut établir une religion.

Ainsi s'explique l'extraordinaire confiance des Saints-Simoniens et le peu d'importance qu'ils attribuent aux critiques adressées à leur conception hiérarchique de la société. L'éducation morale est pour eux la condition nécessaire de toutes les autres transformations. Sans elle, l’enseignement professionnel lui-même, sur lequel les apôtres fondent pourtant de si grandes espérances, serait incapable de remplir son but. « L'individu qu'on envoie à l’école, dit l’un d'eux, s’il n’apprend qu’à connaitre, à rassembler et à former des lettres, sans qu’on s'inquiète de lui enseigner des principes de religion et de morale, capables de le diriger dans le cours de la vie, pourra bien un jour constater sa qualité de lettré par quelque

(1) L'Organisaleur, 11 juin 1831.

(2) Exposition, 1re année, p. 300, (3) 1bid., pp. 211 et 212,

méfait et avoir ainsi à maudire l'instruction primaire dont on l’aura favorisé » (1).

Cette éducation morale consiste « à mettre les sentiments, les calculs, les actes de chacun en harmonie avec les exigences sociales ». Il est clair que, dans ces conditions, la loi n'aura plus à «triompher de la résistance des volontés » (2).

C'est une question assez délicate que celle de savoir comment des hommes, d’une haute culture scientifique et qui semblaient surtout préparés pour le maniement des affaires, en sont arrivés à fonder une sorte de mysticisme religieux. Sans doute, cette évolution s'explique, en partie, par « le besoin qu'éprouvent le cœur et l'esprit humains de se rattacher à une pensée religieuse » (3). Mais, en dehors de cette disposition générale, il est possible de noter quelquesunes des influences subies par les Saint-Simoniens.

Celle des théocrates n'est pas douteuse; elle s'est exercée sur les disciples par l'intermédiaire de Saint- Simon.. Les théocrates enseignent que la raison, livrée à ses seules forces, ne saurait résoudre le problème de la société politique ; elle proclame que l’inéealité entre les hommes est le principe fondamental dont il faut partir; elle subordonne toujours l’homme à la société (4). Tous ces points lui sont communs avec la doctrine saint-simonienne.

(1) L'Organisateur, 3 octobre 1829.

(2) Exposition, 1re année, p. 259.

(3) Carnot, Sur le saint-simonisme, Paris, 1887, p. 3, (4) Henry Michel, L’Idée de l'Etat, p. 127,

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