‹ Le Principe Saint-SimonienChapitre 6 sur 19 · TRES · texte numérisé non relu

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tous nous montrons que faire un plan-devis à l’avance, ce serait se mettre dans la nécessité de torturer le monde extérieur. Fermes et inébranlables sur la base, à chacun selon su capacité, à chaque capacité selon ses œuvres, nous voulons en faire la règle morale de l'humanité, mais nous avons un autre principe encore, c’est celui du progrès, de la transformation graduelle; ce principe nous fait un devoir de tenir compte des temps, des lieux et des hommes (1). »

(1) L'Organisateur, 11 juin 1831.

CGHAPEFÉRERRH

L’Éducatior

Les savants théoriciens et les savants praticiens. — Impor-

tance de l’éducatior. — L’instructior primaire et la déter-

mination de la vocatior des erfarts. — L'éducation professionnelle. — La désigratior pour les différents emplois sociaux à la sortie des écoles. — L'armée ervisagée comme école poele

a tee at banque centrale », véritable pivôt de l’activité sociale « considérée sous son aspect matériel », il existe, dans l’état saint-simonien, un second Do qui en est indépendant; c’est la « classe des

savants généraux ou classe, philosophique »; elle

exerce le « gouvernement scientifique » de la société; elle a sous ses ordres tous-les « savants » de même que la banque commande à tous les « industriels. »

Cet organe central d'un genre nouveau, inconnu de nos sociétés, où « l'anarchie » règne dans les sciences comme dans la production(l), a pour but d’exer-

cer « une direction prévoyante et sage » sur deux ca-.

tégories de savants qui lui sont subordonnées, les « savants théoriciens ou perfectionnants » et les «sa-

(4) Exposition, 1re année, pp. 84 et 85,

SP y OS

vants praticiens ou enseignants », de telle sorte que les sciences progressent méthodiquement et « que les lacunes senties par les enseignants soient dénoncées rapidement aux perfectionnants qui doivent les rempar)

Nous n'insisterons pas sur l’organisation compliquée qui concerne les savants chargés de perfectionner la science. Ils sont comme enrégimentés; on les répartit en « académies » nombreuses, chacune ayant pour mission d'approfondir une branche spéciale du savoir humain. L’action toute puissante des philosophes ne consiste pas seulement à diriger leurs études, mais aussi à « commander » leurs travaux sur tous les points restés obscurs et que l'intérêt social oblige à éclaircir. C’est l'esprit d'autorité pesant lourdement sur les choses de l'intelligence. Conception bizarre, fausse et rétrograde, si l’on songe que seule la pleine .Hiberté — si péniblement conquise — à permis aux sciences de devenir, de nos jours, le principal agent du progrès économique.

Les savants chargés d'enseigner, au contraire, nous intéressent d’une façon particulière. Leur influence sociale est prépondérante. Ils ont d'abord à former des « capacités. » Cette mission est capitale, car, pour les Saint-Simoniens, l'homme n'est rien que par les facultés qu'il a reçues de son Créateur, et ses facultés, mêmes brillantes, sont destinées à rester stériles si eiles ne sont pas développées par l’instruc-

(1) Le Globe, 1er juin 1831,

tion. Les enseignants doivent aussi constater les aptitudes individuelles ; l’éducateur classe l’enfant « suivant sa vocation » avant que l'Etat intervienne pour assigner une place à l’homme dans la hiérarchie sociale « selon sa capacité. » Le collêge, dit un disciple, est véritablement la Société en miniature. C'est pour cette raison que les Saint-Simoniens considéraient ce problème de l'éducation comme fondamental. « Dans l'avenir, dit Transon, nous aurons pour maintenir l’ordre établi et pour classer les individus un moyen général, efficace, absolu, j'allais dire infaillible, je veux parler de l'éducation... L'éducation des générations nouvelles sera pour nous, sous un certain rapport, l'œuvre la plus importante de l’association ! »

Aujourd'hui, disent les apôtres, l'instruction n’est pas donnée à tous; elle est le privilège d’une minorité. L'état « bourgeois » a laissé l'immense majorité des individus dans l'ignorance, et cette ignorance, les travailleurs se la transmettent héréditairement comme la misère, dont elle est la suite irévitable. Quelle injustice ! Que de forces inutilisées faute d’être connues ! Dans la société future, l'enfant, quelle que soit sa naissance, dès qu’il aura l’âge de comprendre (1),

(1) Nulle part les Saint-Simoniens n’indiquent exactement l’âge auquel Penfant sera admis à commencer ses études. Ils ne disent pas non plus à quel âge les études seront terminées. Toute latitude est laissée aux maîtres, à cet égard. «Il n’y a pas d’âge fixe déterminé, dit l’Organisateur, parce que tous les individus difrérent de tempérament et de santé. A chacun selon ses forces ! »

quittera sa famille pour le collège. L'état se chargera de lui complètement, définitivement, jusqu’au moment où un emploi lui sera attribué.

Cette conception caractérise la doctrine sociale de l’école et montre son opposition avec le passé. Ce qu’elle proclame, c'est le droit pour tous à l’éducation; mais il ne s’agit pas seulement d’un enseignement élémentaire, mis gratuitement à la disposition des classes populaires, ce qui serait déjà beaucoup, cependant, puisque cela préparerait leur émancipation future (1); il s’agit d'une éducation complète, aussi complète du moins que le permettent les aptitudes de chacun, -de sorte que le plus humble, s’il est bien doué, puisse parvenir aux plus hauts émplois. « C’est par là en effet, dit l'Exposition, que chaque homme atteindra à sa toute-puissance, à tout le bienêtre auquel son organisation peut le faire prétendre ; c'est par là que se trouvera réalisée cette égalité que le sentiment invoque depuis si longtemps sans avoir pu encore déterminer en quoi elle consiste (2).

Done, par les soins de l'Etat, le pays se couvre d'écoles où tous les enfants sont admis. Quel enseignement va-t-on leur donner ? Il faut remarquer, dit encore l'Exposition, que « la Société ne présente la triple face des beaux-arts, science et industrie, que parce que les individus qui la composent possèdent chacun les trois facultés dont le développement pré-

(1) Les Saint-Simoniens appuyaient le projet Guizot, qui devient la loi du 22 juin 1833, sur l’enseignement primaire. (2) Exposition, 1e année, p. 281.

dominant d’une seule constitue l'artiste, le savant ou l'industriel », que « chaque individu, quelle que soit sa tendance spéciale n’en est pas moins toujours aimant, doué d'intelligence et d'activité matérielle. » Il en résulte que tous les élèves seront l’objet d’un triple enseignement, à la fois moral, intellectuel et industriel, depuis leur première enfance, jusqu’au moment où, leur aptitude étant connue, on les dirigera du côté où les appelle leur vocation (1).

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Nous voici au point essentiel. Comment les Saint- Simoniens entendaient-ils déterminer la «vocation » des enfants ? Il faut savoir par quels moyens ils croyaient pouvoir le découvrir. Il faut savoir également si l'arbitraire ou la force devaient être absolument étrangers à cette appréciation des aptitudes individuelles.

D'abord, font remarquer les disciples, il est certain que l'on ne pourrait pas aujourd’hui déterminer la vocation des enfants, même si on le voulait vraiment. Qui, en effet, aurait qualité pour trancher une question si grave ? Est-ce le père ? Mais il n’en est pas capable, car il n’a pas appris « par des études profondes, l’art le plus difficile, le plus grand et le plus beau, celui de découvrir la vocation des hommes. » Toute sa vie a été consacrée à l'exercice de quelque fonction spéciale, comment pourrait-il déterminer,

(1) Exposition, 1re année, pp. 249 et 250.

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entre toutes les fonctious, celle qui convient le mieux à son fils! Vaut-il mieux laisser l'enfant décider luimême ? Mais il ne connait rien encore de la vie; il prendra un goût passager pour une vocation définitive ; son choix sera presque toujours mauvais.

D'ailleurs, continuent les apôtres, le bourgeois ne tente pas de résoudre cet insoluble problème. Que lui importe la vocation de son fils ! Une secrète vanité lui conseille toujours, même à son insu, de le pousser vers telle ou telle carrière. Alors commence pour cet enfant une longue et douloureuse torture, qui durera autant que sa vie, mais la situation sociale de ses parents l'oblige bien à l’accepter (1): L'éducation bourgeoise va donc au rebours du bon sens; elle altère les dispositions des enfants en voulant leur en donner de factices ; « d’un savant ou d’un artiste, on fait un financier ou un militaire ; on travaille les enfants comme les ifs de nos anciens jardins et il ne peut en résulter que des ouvrages souvent difformes et toujours faux » (2). Ce qui manque, c'est « une autorité chargée d’apprécier et de développer les tendances individuelles. » Il ne faut pas tout abandonner « à la vanité, à l'ambition des familles ou aux goûts peu réfléchis des enfants. » (3)

Du reste, la vocation des enfants est-elle si difficile à apprécier ? L'essentiel est de s’y prendre comme il

(1) Le Globe, 7 mars 1831.

(2) L'Organisateur, 13 décembre 1829.

(3) Exposition, 1re année, p. 280.

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