‹ Le Principe Saint-SimonienChapitre 8 sur 19 · LEE · texte numérisé non relu

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tervention de l'autorité sera légitime, parce qu'elle fera mieux que ce qui existe aujourd’hui. Et ils terminent par ce médiocre argument : « Aujourd’hui, la plus grande partie des hommes naissent prolétaires, condamnés par le hasard aux travaux que vous nommez abjects. La misère est-elle donc la vocation de la majorité des hommes (1)? »

Cela semble bien clair : l'autorité, c’est-à-dire la force interviendra presque toujours auprès des enfants. Pourtant les apôtres se récrient contre cette éventualité. Ils affirment que le plus grand délit contre la société serait, à leurs veux, de contraindre les vocations individuelles; que.tous les enfants s’enga- geront dans la voie qu’ils aimeront le mieux; qu’ainsi ils seront vraiment libres (2). Au: fond ‘ils n’en sont pas très sûrs et mème ils l’avouent, avec des formules enveloppées et qu'ils tâchent de rendre persuasives. « Personne ne sera forcé de remplir une fonction qu'il ne voudra et qu'il ne pourra pas FémpET ae. Dans la famille universelle, il n’y a pas de tyran pour dire à chaque homme : « Tu feras cela :et défense à toi de faire autre chose. » Il y aura des pères qui diront à leurs enfants : Mon fils, voici la direction où tu es appelé, choisis et tous s’efforceront de favoriser ton développement; car la mission des supérieurs est d'élever les inférieurs, et l'intérêt de

(1) L'Organisateur, 11 juin 1831. (Réponses aux questions posées lorsque la mission saint-simonienne était à Dieppe.) (2) Exposition, 1'e année, p. 251, note.

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la société est de tirer le meilleur parti possible de chaque capacité (1). »

À l’issue de l’enseignement primaire, la vocation ayant été déterminée, devait commencer ce que les Saint-Simoniens appellent « l'éducation spéciale ou professionnelle ». Elle devait préparer à toutes les professions nécessaires aux besoins sociaux. L’enseignement devait y être distribué de telle sorte que chaque degré ft, en même temps, la conséquence du degré précédent et l’acheminement vers le degré suivant. L'éducation, prise dans son ensemble, devait offrir, pour chaque individu, « une série d'études, régulière et homogène » dont le dernier terme devait conduire « immédiatement à une profession, à une fonction sociale (2). »

Trois grandes divisions étaient établies pour les artistes, pour les savants et pour les industriels. Les élèves étaient d’abord soumis, dans chaque catégorie, à un enseignement commun « pour tous les artistes, en tant qu'artistes, de même que pour tous les savants et pour tous les industriels » (3). Ensuite, des sélections successives avaient lieu, pour être admis dans les « innombrables subdivisions » (4) qui existaient dans chaque ordre.

(1) L'Organisateur, 1 juin 1831.

(2) Exposition, 1re année, p. 289.

(3) Exposition, ire année, p. 293.

(4) Ibid , p. 293.

D'une facon générale, l’enseignement devait être organisé surtout au point de vue pratique. On proscrirait avec soin l’étude du latin, que les saint-simoniens jugeaient fastidieuse et inutile. A sa place on enseignerait les sciences, car ils pensaient — avec raison — que l'industrie était destinée à devenir de plus en plus « une application directe des théories scientifiques » (1).

L'éducation finie, l’élève était apte à remplir un emploi. Comment devait-on choisir le titulaire d'un poste sollicité par plusieurs? Chaque élève, dont l’aptitude aurait èté reconnue, dresserait, disent les apôtres, une liste des emplois préférés dans l’ordre où il les désirerait le plus. Il recevrait satisfaction dans la mesure du possible (?).

Le plan d'éducation que nous venons d’indiquer ne devait être réalisé complètement que lorsque la société serait parvenue à son état définitif. Pour former, pendant la période transitoire, les chefs dont l'industrie avait besoin, ses contre-maitres, ses ouvriers, l’école se proposait d'utiliser l’armée.

Quelle grande œuvre on accomplirait, s’écrie Michel Chevalier, si l’activité de l’armée se tournait vers l’industrie !

Il rève de la voir transformée en une vaste école professionnelle. « Supposez qu'au lieu de harasser ainsi la fleur de la jeunesse pour lui spprendre des

(1) Exposition, 1re année, p. 290.

(2) Le Globe, 18 novembre 1830.

manœuvres qui ne produiront jamais rien à la société, on profite de sa réunion sous les drapeaux pour lui donner une éducation professionnelle ; supposez que les régiments deviennent des écoles d’arts et métiers, et mesurez la vitesse de perfectionnement qui entrainerait alors l’industrie francaise (1)! »

Ces sollicitations restèrent sans résultat. Les revendications saint-simoniennes aboutirent seulement, en 1829, à la création de l'Ecole Centrale et, en 1832, à la fondation de deux écoles d'arts et métiers à Angers et à Châlons. Ajoutons enfin que l'influence de l’école saint-simonienne a contribué à montrer la nécessité d’un enseignement technique pour l’industrie ; l’enseignement professionnel que nous avons aujourd’hui — si incomplet encore et pourtant si nécessaire — nous le devons, en partie, aux Saint-Simoniens.

(1) Michel Chevalier : L'Organisation industrielle de l'armée, Paris, 1832, p. 3.

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