Ad lectorem
GLISSON.
en s'exaltant, devient L'âme particulière de la plante et de la hôte, la force plastique qui forme tel ou tel corps vivant.
Glisson dénie la substantialité aux âmes des brutes, aux âmes qu'il appelle des âmes matérielles, pour n'en Faire que des modes de la vie universelle. La vie qu'elles possèdent n'est pas son propre sujet à elle-même, elle est dérivée et non originale. Ces âmes ont besoin d'un appui qui les soutienne ainsi que tout ce qui est en elles ; or leur appui, leur sujet premier et dernier, c'est la matière, c'est l'activité et la vie qui luiestpropre 1. Cela suffit, à ce qu'il nous semble, pour distinguer profondément la biusia de Glisson d'avec la monadologie de Leibniz, quelle que soit d'ailleurs l'analogie de leurs idées sur la nature de la substance. Glisson semble s'être préoccupé de la nature et des facultés de la substance en général plutôt que delà détermination de la substance simple ou de l'unité de substance. Voilà par où son système diffère des monades.
A la différence des âmes matérielles, l'âme raisonnable est une substance, et non un mode, elle a une vie originale et substantielle, et non une vie d'emprunt. Esprit immortel, indépendant, séparable de la matière, elle est elle-même le sujet propre et original de la vie qu'elle communique au corps. L'originalité de la vie spirituelle, en opposition à la vie matérielle, qui n'est que dérivée, se voit, selon Glisson, très-clairement dans l'homme. La vie de l'homme en effet
I . Omnîno concedendum est animas brutorum non esse substantia< |x r se subsistentes ; eoi unique vitam non esse proprie substantialem . sed eas esse modos materiœ essentiales et simul vitales. (Iôid„)
provient de Ja présence ou de rinformation de 1 aine raisonnable ; aussitôt qu'elle en est séparée, aussitôt la mort suit \
Ainsi Glisson, comme Cudworth, attribue à lame raisonnable la puissance qui vivifie et qui informe le corps. J. Scaliger qui avait fait se succéder deux âmes différentes dans l'homme, Tune pour la formation du fœtus, l'autre, l'âme raisonnable, pour présider seule au corps tout formé 2 ; Glisson demande où va cette première âme, et d'où vient la seconde. Ces deux âmes ne sont en réalité qu'une seule et même âme à des degrés divers de perfection ; toute la différence est dans le degré de perfection B.
Il faut donc compter Glisson, comme Cudworth. parmi ceux qui, avant Leibniz, ont réagi contre la métaphysique cartésienne, en restituant aux substances l'activité essentielle et h l'âme !a puissance vivifiante.
1. Mes enim aperta videtur in homine, vita ejus provenit a praesentia sive informatione anima? rationalisa ea separata, mors sequifnr. (Ad lectorem,)