‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 102 sur 189 · Exercitat. 6, n · texte numérisé non relu

Exercitat. 6, n

3. Nam quo evadit prior anima, aut uiide venit posterior? Videulur solo gradu perfecîionis difîerre ; prior imperfèctior, posterior perfectior esf. [Ibid.)

Doctrine de Leibniz sur lame. — Quelles monades sont des âmes. — Ce qu'est Finie en son sens le plus général. — Il y a une âme dans tous les êtres organisés. — Préexistence des âmes. — Ce qu'ont été d'abord les âmes humaines. —.Comment elles se sont élevées à la raison. — L'âme en devenant raisonnable demeure végétative et sensitive. — Comment, d'après Leibniz ; l'âme pense toujours. — Les perceptions insensibles. — Quelque chose répond dans l'âme à la circulation du sang. — Polémique avec Stahl. — En quel sens Leibniz accorde tout, et en quel sens il n'accorde rien à l'âme dans le gouvernement des actions vitales. — Pourquoi il accuse Stahl de matérialisme. — Contradiction justement reprochée à Leibniz par Stahl. — En quoi Lejbniz s'accorde avec Stahl, en quoi il en diffère. — Le P. Tournemine. — Ses conjectures sur l'union do l'âme et du corps.

Avons-nous eu raison de compter Leibniz parmi les représentants de l'animisme dans la philosophie moderne? On l'a contesté, mais sans réussir à prouver que nous étions dans l'erreur. Que l'on considère, dons le système de Leibniz, les principes métaphysiques, les monades, la préexistence des germes et leur évolution, ou bien les analyses de l'entendement humain, les perceptions insensibles, parmi lesquelles il comprend la conscience même de la vie, tout vient également aboutir à l'animisme, sauf la réserve, qu'il faut faire tout d'abord, de L'harmonie préétablie. L'hypothèse de

l'harmonie préétablie qui exclut toute action de l'âme sur le corps, la polémique contre Stahl, le représentant par excellence de l'animisme, voilà les deux objections principales qu'on a opposées contre notre interprétation de la doctrine de Leibniz.

Nous verrons comment l'harmonie préétablie modifie, sans le détruire, l'animisme que nous lui attribuons; quant à la polémique avec Stahl, il suffira d'en déterminer l'objet précis, pour montrer qu'il n'y a aucune contradiction à les ranger à la fois, l'un et l'autre, parmi les partisans de l'unité de la cause humaine.

Il est inutile de rappeler ici comment, dans la phi losophie de la nature, le dynamisme de Leibniz s'oppose au mécanisme de Descartes, comment à l'étendue inerte, dont les parties sont divisibles à l'infini, Leibniz substitue, sous le nom de monades, des forces simples et indivisibles qui sont les éléments de toutes choses ; cest seulement au point de vue de l'âme humaine que nous voulons considérer ici la monadologie.

A vrai dire, clans le monde de Leibniz, il n'y aurait que des âmes, chaque monade étant simple, essentiellement active et en conséquence immatérielles ; mais Leibniz, par déférence pour l'usage ordinaire, réserve ce titre à celles qui occupent un certain rang parmi les autres et qui ont, à quelque degré, conscience de leurs perceptions. Les corps sont des substances composées, des agrégats de monades ; les âmes sont des monades qui président à ces agrégats. Le corps organisé est une agrégation de monades nues régies par une âme ou monade

supérieure. Si cette monade est simplement végétative, le corps organisé est une plante; si elle est sensitive, il est un animal. Dans tout corps vivant il \ a Une monade centrale unique, une monade maîtresse el unificatrice, par rapport à laquelle toutes les autres sont coordonnées. L'âme, entendue dans son sens le plus général, est principe de vie et d'organisation, comme le dit Leibniz, dans sa lettre à Wagner sur la force active. L'âme raisonnable n'est plus l'âme au sens général, mais l'âme en un sens particulier et restreint, avec un genre de vie plus noble et plus élevé \ Il donne donc des âmes à tous les êtres organisés, sans exception, tandis que Descartes en donne à l'homme seul : « je crois, dit-il dans une lettre à Àrnauld, que le nombre des formes, ou au moins des âmes, est tout à fait infini. Vouloir enfermer dans l'homme presque seul la véritable unité ou substance, c'est être aussi borné en métaphysique que l'étaient en physique ceux qui enfermaient le monde dans une boule 2.

Ainsi, selon Leibniz, le caractère commun, essentiel de toutes les âmes, de l'âme humaine, de l'âme raisonnable, comme de toutes les âmes infé-

1. Quœiis deinde definitionein animae meam. Respondeo posse unimam sumi late et stricte. Late anima idem erit quod vita seu prin cipium vitale, nempe principium aetionis interna) in re simplici seu monade existens cui actio externa respondet... Stricte anima sumitur pro specie vitae uobiliore, seu pro vita sensitiva, ubi non nuda est facultas percipiendi sed et praeterea sentiendi... Quemadmodum vi- <'i<sim mens est animae species nobilior. (Ep. ad Wdgnèrum de vi activja, Erdm., p. 466.)

2. Ve Lettre à Arnauld. Opuscules inédits de Leibniz, publies par M. Fouiné rie Careil.

Heures, est la force organisatrice, l'activité, l'énergie vitale.

C'est un grand principe de la philosophie de Leibniz, qu'aucune nouvelle monade, aucune âme, ne s'introduit dans le monde, à partir de la création. Tout se développe, tout se transforme, mais rien ne naît, rien ne périt. Les âmes destinées à devenir des âmes humaines ont existé dans les semences depuis le commencement ; elles ne sont pas créées, elles ne font qu'entrer dans une phase nouvelle, au moment de lu génération, à mesure que se perfectionne l'organisme auquel, selon Leibniz, elles sont indissolublement liées. Mais si de tout temps elles ont préexisté dans les germes, ce n'est pas en qualité d'âmes raisonnables et telles qu'elles sont aujourd'hui. Cettç âme, devenue aujourd'hui une âme humaine, n'a d'abord débuté, pour ainsi dire, sur la scène du monde, qu'en qualité d'âme végétative, puis elle a traversé la condition plus élevée d'âme sensitive, avant d'atteindre à la dignité dame raisonnable. Il paraît convenable, dit Leibniz, pour plusieurs raisons, de penser que les âmes humaines n'existaient d'abord dans les germes qu'à l'état d'âmes sensitives ou animales, douées de perception et de sentiment, mais destituées de raison et qu'elles sont demeurées en cet état jusqu'au jour de la génération de l'homme auquel elles devaient appartenir. Cette doctrine, d'après laquelle l'âme humaine a préexisté de tout temps, mais non pas telle qu'elle est aujourd'hui, lui semble comme une sorte de milieu entre une création nouvelle et une préexistence entière .

Comment a lieu cette grande métamorphose, mm-

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