‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 108 sur 189 · Traité sur le mouvement des yeux^ vol. IV, p · texte numérisé non relu

Traité sur le mouvement des yeux^ vol. IV, p

2. Essai sur le bruit, IIIe part., ch. m, vol. II, p. 260. Des sons extérieurs, vol. IV, p. 31.

l'essence de l'âme est de penser, tout ce que l'âme opère dans le corps, même les opérations vitales, elle doit le faire avec une certaine connaissance. Perrault cependant ne se dissimule pas qu'il aura quelque difficulté à faire recevoir ce paradoxe. L'âme s'aperçoit- -elle, en effet, de tous les mouvements des particules du corps ; les mouvements pour la coction et la distribution des aliments ne semblent-ils pas de leur nature imperceptibles? Qui peut dire qu'il a connaissance de ce qui se fait au dedans de lui, comme il a connaissance de ce qui se passe ad dehors?

Pour résoudre cette difficulté, il distingue deux sortes de connaissances, à savoir les pensées, jugements et raisonnements qui sont exprès, clairs, distincts, et ceux qui sont confus et obscurs. De la première sorte est, en général, la connaissance qui s'applique aux choses du dehors, de la seconde, celle qui s'applique au dedans. Nous ne donnons pas la même attention à ce qui se passe au dedans de nous qu'à ce qui se passe au dehors, parce que l'habitude, que nous avons contractée de faire toujours de la même manière, et sans interruption, les choses du dedans, nous dispense de l'application et des soins que nous devons nécessairement donner aux choses du dehors, toujours diverses, toujours nouvelles. Telle est la raison pour laquelle l'âme, quoique également émue par les mouvements que souffrent les particules dans les fonctions naturelles, et par ceux dont elles sont agitées dans les fonctions des sens, ne sent néanmoins que ce qui arrive aux particules des organes destinés aux fonctions du sentiment. Les senti-

CLAUDE PERKAULT.

m km» i s eux-mêmes du dehors ne cessent-ils pas aussitôt que l'âme n'y donne point d'attention? Or, il u'est pas pins difficile, selon Perrault, de concevoir que l'âme ne s'aperçoit pas des fonctions vitales, quoique les accomplissant elle-même, que de concevoir comment elle ne s'aperçoit pas des impressions que lui causent les objets qui émeuvent les organes des sens, quand son attention est concentrée sur d'autres choses.

Ici une objection se présente que Perrault se fait à luimême. Cette ignorance des pensées expresses qui accom pagne quelquefois les sensations externes, est chose rare, dont nous pouvons nous garder quand nous voulons, tandis que, quelque effort que nous fassions, nous ne pouvons jamais convertir en une connaissance claire les pensées confuses du dedans. A cette objection il oppose le grand nombre de pensées expresses, relatives au dehors, qui ne laissent pas de traces dans notre âme et qui nous demeurent tout aussi inconnues que si elles n'avaient jamais existé, comme celles que nous avons en dormant quand nous croyons n'avoir pas rêvé, quoique l'âme, dont l'essence est la pensée, ne puisse, même pendant le sommeil le plus profond, demeurer sans penser.

Pendant la veille même, n'est-il pas plus de la moitié de nos pensées expresses que nous ignorons? Les pensées expresses, relatives aux mouvements de notre corps, ne nous échappent-elles pas, quelque attention que nous y portions ? Avec le plus grand effort d'attention, nul ne s'aperçoit, quand il veut mouvoir son bras, qu'il pense aux esprits, nprfs.

muscles, que lame y emploie et que, selon Perrault, elle ne saurait employer sans les connaître, ni même sans savoir la façon dont elle les emploie. Tous ces détails si compliqués exigeraient la plus grande attention, si l'habitude et la facilité acquises par l'usage ne dispensaient l'âme fort heureusement d'y employer les pensées expresses dont elle a besoin pour le dehors. La connaissance certaine que nous avons de l'existence de ces pensées inaperçues, dans un certain nombre de nos actions, nous peut faire croire qu'il y en a dans toutes les autres.

Notre âme est sujette à l'oubli, à la distraction, contrainte qu'elle est de penser à plusieurs choses en même temps, tandis qu'elle n'a, et ne peut avoir d'attention qu'à une seule, â celle qui lui apparaîl avec quelque nouveauté, et qui laisse plus ou moins toutes les autres dans la confusion. Voilà comment s'explique notre ignorance de la plus grande partie des fonctions de l'âme, quoique toutes gisent, comme dit Perrault, dans la connaissance \ Quant aux choses qui vont toujours du même train, elles ne nous présentent pas de difficultés qui méritent l'attention des pensées expresses, et nous demeurons à leur égard dans ces pensées confuses. S'il en est ainsi pour les choses du dehors, que l'habitude nous a rendues faciles, si nous croyons les faire sans y penser, quoiqu'il soit certain qu'elles sont toujours accompagnées de pensée, à plus forte raison ne devons-nous pas douter qu'il en est de même des choses du dedans.

Page 1