‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 110 sur 189 · Essai sur le bruit, IIIe part · texte numérisé non relu

Essai sur le bruit, IIIe part

Ainsi le mouvement des paupières, quoique libre de sa nature, devient tellement nécessaire, quand il s'agit de couvrir l'œil menacé, qu'il est tout aussi impossible de l'empêcher que de suspendre le mouvement du cœur. À Rome, on regarda autrefois avec raison, comme un prodige, la fermeté d un gladiateur qui tenait les paupières ouvertes et immobiles, quand on le menaçait d'un coup au visage. De même, ajoute Perrault, s'il arrivait aussi quelque jour, qu'un homme eut le pouvoir d'arrêter le mouvement de son cœur, on aurait sujet de regarder cela comme une chose fort étrange et fort extraordinaire, mais on pourrait peutêtre croire avec probabilité, qu'elle n'est pas tout à fait impossible \

C'est donc grâce à l'habitude, grâce à ce jugement et à cette résolution, qui remontent à l'origine même de notre existence, que nous devons, selon Perrault, d'être affranchis de la surveillance d'un mouvement d'où dépend notre existence, en même temps que l'impuissance salutaire, où nous sommes actuellement, de le suspendre, si malheureusement la fantaisie nous en prenait.

Mais si les fonctions de la vie s'exercent ^ans nous et malgré nous, si les pensées qui regardent le dedans sont confuses, par le seul effet de 1 habitude, il n'a pas

1, Essai sur le bruit, IIIe pari. Le médecin anglais Gheyne, rapporte l'exemple d'un homme qui suspendait à volonté les mouvements du cœur et se donnait les apparences de la mort, d'où il concluait, comme Perrault, que tous les hommes sont maîtres des mou vements de leur cœur, mois qu'jls perdent cet empire par l'habitude. (Histoire dp in médecine , par Sprengel, trad. par Jourdan. t. V. p. 238.)

CLAUDE PERRAULT. 24fl

dû en être ainsi, dès l'origine, avant que toute habitude fût formée. Dans l'enfant qui vient de naître, ces fonctions ont dû s'exercer librement avant de devenir nécessaires ; ces pensées ont dû d'abord être claires et expresses avant de devenir confuses. Perrault en effet attribue à l'enfant au berceau un empire sur les opérationsde la vie, une connaissanceexpresse, que plus tard seulement il doit perdre par l'effet de l'habitude. Le^ pensées expresses, employées uniquement aux choses du dehors dans les adultes, l'ont été d'abord aux choses du dedans, c'est-à-dire aux fonctions naturelles dans les enfants. Ainsi l'enfant, en connaissance de cause, de propos délibéré, a établi, réglé, surveillé toutes ces fonctions essentielles, dont pas une ne peut être, ni mal instituée, ni mal réglée, ni troublée un seul instant, sans que la vie soit arrêtée à son début ou, à chaque instant, mise dans le dernier péril.

Mais si l'enfant qui vient de naître a institue au dedans de lui, par son intelligence et par sa volonté, cette admirable économie des fonctions de la vie, ne faut-il pas supposer qu'il était cloué de plus de science, de plus d'habileté et d'adresse que les plus grands philosophes, les plus grands artistes et les plus grands médecins du monde? Pour ne pas faire du fœtus ou même de l'enfant à la mamelle l'égal d'un Àristote et d'un Hippocrate, Perrault distingue deux sortes de raisonnements, comme il a distingué deux sortes de pensées, un raisonnement pareil à la pensée confuse, que les anciens ont appelé interne, principalement employé aux opérations de Ja vie, et un raisonnement externe pour les chosesrqui sont hors de nous, qui son! la matière de

la philosophie et des arts. Or, c'est seulement en vertu de ce premier raisonnement, interne et confus, que l'enfant et ranimai pourvoient à toutes les fonctions et à tous les besoins de l'organisme \ Ainsi Perrault diminue, s'il ne détruit pas tout à fait l'absurdité que, suivant son expression, cette conclusion paraît renfermer. Par une supposition, qui n'est pas sans quelque analogie avec celle de Perrault, M. Lélut semble incliner à croire que l'âme, dans l'origine, a mieux connu le corps qu'elle ne le connaît aujourd'hui \

Enfin, comment ne nous reste-t-il aucun souvenir de toutes ces choses auxquelles, dans notre enfance, nous avons dû donner une si grande attention? Comment se peut-il que nous ayons si complètement oublié toutes nos peines d'alors, et tout cet artifice dont nous avons dû, pour ainsi dire, monter et démonter une à une toutes les pièces? Cet oubli n'aura rien d'extraordinaire, selon Perrault, pour qui fait réflexion sur la quantité de choses que nous avons oubliées de la même manière ; il suffit de considérer, par exemple, qu'on peut entendre'et parler une langue, quoiqu'on ait oublié la grammaire qui Fa fait apprendre, ou joué d'un instrument de musique sans songer à

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