Vol. III
paré du corps d'un animal, se rétrécil lorsqu'on l<i pique; I»' cœur de certains §uiimain conserve son mouvement longtemps après avoir été séparé du reste du corps. Gomment rapportera l'âme, qui n'\ esl plu-, les mouvements qu'exercent ces parties séparées entièrement du reste du corps? Selon Perrault, ces contractions seraient causées par les dispositions restées dans les esprits, dans les humeurs et dans les fibres, qu'on peut concevoir" capables de produire cette action trèssimple, de la môme manière que le mobile continue Ae se mouvoir séparé de la force qui l'a lancé. Il explique de la même façon la palpitation qu'on remarque dans les part ies coupées et séparées soudainement du reste du corps. Quant au mouvement qui subsiste dans le cœur, il en donne une explication fort singulière; il suppose qu'il est produit par l'àme elle-même qui lui est encore jointe, et qui y opère cette action, la dernière de toutes, de la même manière qu'elle le l'ait au premier moment (pie le corps est inanimé, où il n'y a que le cœur qui soit capable de mouvement1.
Avant de passer à Stald , nous mentionnerons un adversaire cartésien de l'animisme de Perrault, Gabriel Lamy, qu/il ne faut confondre ni avec Bernard Lamy de l'Oratoire, ni avec ic bénédictin dom François Lamy. Gabriel Lamy, professeur à la Faculté de médecine de Paris, est l'auteur d'un ouvrage intitulé : Explication mécanique et physique de Fàmesensitive \ Au premier abord ce titre est contradictoire; âme et mécanisme sont deux termes qui semblent s'exclure.
1. T. TV, Traité du monvpment dès itenx, s. Part», 1677. fn-12.
Mais tout s'explique quand on sait que G&bricl Lamy, par âme sensitive, n'entend rien autre chose que les esprits-animaux. Il avertit en effet expressément qu'âme sensitive et esprits animaux sont pour lui la même chose, avec cette seule différence, qu'il s'est plus particulièrement servi du mot d'esprit, pour désigner la partie de cette âme contenue dans les nerfs, et du mot d'âme pour marquer les esprits contenus dans le cerveau. 11 cherche d'ailleurs à expliquer tout ce qu'on rapporte ordinairement à l'âme sensitive, perception des sens, imagination, passions, par les divers mouvements et figures que les esprits animaux produisent dans le corps.
Si nous avons placé Gabriel Lamy en regard de Claude Perrault, c'est que tous deux paraissent représenter deux excès opposés où peut conduire la définition de l'âme donnée par Descartes; l'un qui consiste à faire agir l'âme, en tant que connaissante, et non d'une manière instinctive, dans le jeu des organes et les fonctions de la vie, non-seulement chez l'homme fait, mais même dans l'enfant ; l'autre qui réduit à un simple mécanisme tout ce qui n'est pas la pure pensée.
Tel est l'animisme hardi et original de Claude Perrault. Sans doute, si l'on tient compte, comme il est juste, de la distinction entre les pensées expresses et les pensées confuses, entre les raisonnements externes et les raisonnements internes, il perd beaucoup du caractère paradoxal avec lequel il se présente au premier abord. Mais Perrault a eu tort, suivant nous, de faire intervenir, n'importe à quel degré, la connaissance du but et des moyens, le raisonnement, la vo-
GABRIEL LAMY. 2tâ
lavÊé cl l'îiiabitude, dans la formation des organes e d&ns le* opérations vitales. C'est instinctivement , avec une conscience plus ou moins sourde, que l'âme agit à l'égard du corps comme cause vivifiante et formatrice. Telle est du moins la doctrine animiste que nous nous efforcerons de justifier.
C I I A P IT Pi E XV
Ht ali 1.
Stahl.— Stahlianisme et animisme— Indignation de Stahlconlre les mecaniciens et les chimistes en médecine.— Diflc/renccdcs lois deseorps vivants el deseorps bruis. — Définition et rôle de la vie. - L'âme seul principedcla vie. — Preuves de L'action de l'âme sur le corps toul entier. — L'àmc arehiteptonique de on propre corps. — Le corps organe immédiat el officine de l ame.— Action directe et immédiate de Tâme sur le corps. — L'oint d'esprits animaux, point d'intermédiaires entre l'âme et le corps. — Le mouvement seul mode d'action de l'âme sur le corps. — L'âme agit avec intelligence dans toutes les fonctions de !a vie , mais sans rien savoir de toute sa science. — Distinction de deux sortes de connaissances, lc.xo ) / 7 y. U el Icàsà.-) s; — Faits vitaux non susceptibles de sensation distincte et de souvenu'. — Exemples de choses dépendantes de la volonté et de la raisou qui ('chappent, à l'âme. — Activité instinctive de l'âme méconnue par Stahl. — Son embarras pour justifier l'âme des nombreuses maladies du corps. — Thérapeutique négative. — Jugcmenl sur l'animisme de Stahl.
Ce que Claude Perrault avait fait en France, Stahl le lit en Allemagne ave * plus de succès et de renommé?. Comme Perrault, il combattit Ilatrociiimisme et l'iatromécanisme que Descartes avait mis à la mode; comme Perrault, il plaça dans lame raisonnable le principe (le la vie. Stahl a si bien attaché son nom à cette doctrine qu'il en est regardé comme le père par des médecins peu versés dans l'histoire de la philosophie. Stahlianisme et animisme sont, devenus des ter-
l>58 CHAPITRE XV.
mèë presque synonymes. Maïs l'animisme, dans ce qu'il a d'essentiel, à savoir l'identité de l'âme et de la vie, est aussi vieux, comme nous l'avons vu, que la philosophie et que la médecine, loin qu'il ait paru pour la première fois à l'université de Halle, à la fin du dix-septième siècle. L'originalité de Stahl ne consiste pas à avoir attribué, après tant d'autres, la puissance vitale h l'âme raisonnable, mais dans la démonstration qu'il en a donnée, dans la réfutation des doctrines opposées, clans l'analyse des phénomènes psychologiques et physiologiques qui confirment la vérité de l'animisme, et enfin clans l'application qu'il en a faite à la médecine.
Né h Ànspach en 1660, Stahl étudia la médecine h léna, où il fut reçu docteur àlage de vingt-trois ans. Peu de temps après il fut nommé professeur â la nouvelle université de Halle, grâce h l'amitié d'Hoffmann, le plus célèbre et le plus habile défenseur de ces doctrines iatromécaniques qui allaient rencontrer dans Stahl un si redoutable adversaire.
(Jette université, où il enseigna vingt-deux ans, ne garde pas moins pieusement sa mémoire que Montpellier cellede Barthez. Travailleur infatigable, Stahl a composé, sur toutes les parties de la médecine, une foule de dissertations écrites en un latin difficile à lire et fort obscur. Il a réuni et publié les plus importantes, au point de vue de la doctrine philosophique et de la méthode, sous le titre commun de Theoriamedica vera\ C'est d'après cet ouvrage, et en nous aidant, de travaux
î, Trois vol. in-12, édit. do Leipsick, 183.1,
récents 1 que nous niions chercher à donner nue idée exacte de ['animisme de StahL
Éteyé à l'école de doux célèbres médecins inirorliimisfes, Willis et Sylvius, qui prétendaient expliquer tontes les maladies par les âcretés acides ou alcalines des humeurs, Statil reconnut bientôt l'insuffisance de la chimie et de la mécanique pour rendre compte des maladies, des changements que les passions occasionnent dans le corps et, en général, de tous les phénomènes de la vie. La dernière des organisations lui parut, tout d'abord, avoir quelque chose qui dépasse infiniment tous les phénomènes de la pesanteur. On a, dit-il, des nausées, rien qu'à entendre parler de tant de saveurs, odeurs, vapeurs, âcretés, fermentations ou même indignations des esprits animaux, ou de leurs joies, excitations, iiisultations2.
11 sentit donc la nécessité de retirer la médecine de l'ornière où l'avaient enfoncée le mécanisme et le chimisme, de l'asseoir sur l'idée de la vie, qui partout se présente à lui, au début même de ses études médicales, et dont il §e plaint que plus personne ne dise mot . Il n'y a plus de médecins, s'écrie-t-il, car la médecine est la science de la vie ; il n'y a plus que des mécaniciens et
1. Nous avons consulté sur Stalil le mémoire de M* Lomoino, Sw Sinïii et V animisme , la thèse et une conférence du docteur Lasscgue faite en .1865 à l'École de médecine de Paris, la traduction désœuvrés de Shdd, par M. le docteur Blondin, et par M. Boycr, professeur à la Faculté de Montpellier, avec des préfaces et. des commentaires. Cette publication, dont trois volumes seulement ont paru, demeure inachevée. M. Blondin dédiait' sa traduction à l'École de Montpellier, à la mémoire de Stahl et de Barthez. Nous ne pensons pas qu'il ait réussi à les concilier..
2 Bê mixti ci vivi corpàris. vera d'icersitutc.
dPé chimistes ! De là ses colores, do fà les injure-, dont il est si prodigue, contre Jes médecins et les doctrines médicales de son temps, iratus meehunick, a dit Jîal 1er de Stahl. En effet, il gronde continuellement contre toutes les applications de la mécanique au corps humain, et dans ses emportements contre le mécanisme, il n'épargne pas Fanatomie elle-même.
('/est dans le /Je rneelianismi et orgmiismi direr- Swàtë] qu'il attaque particulièrement les mécaniciens et, dans le De mixti et viri corporis eera dirersitatey qu'il fait la guerre aux chimistes. Dans un autre traité, Parœnesk ad aliéna à rnediea doetritia areendum, il exhorte les médecins h rejeter, comme études étrangères, la chimie dont il dit : itêgo ad medieinam farere. 11 bannit aussi la mécanique, la physique : (fit incipit n/edicas, Un desinit p/njsicas. Ce n'est pas qu'il fasse peu de cas de ces sciences, do h chimie surtout, lui qui a été un des plus grands chimistes de son siècle, mais il les veut à leur place, il no peut souffrir leurs empiétements sur la médecine.
L'anatomie elle-même, àcause de l'abus qu'en avaient fait les mécaniciens, est presque enveloppée par Stahl (lansla]nème])ntscription. Il estime qu'un médecin sait assez d'anatomie, quand il connaît en gros la structure dii corps humain ; une anatomie curieuse et minutieuse, qui entre dans le détail de chaque libre en particulier, no lui semble d'aucune utilité pour Fart de guérir1. CJiose curieuse, c'est nn métaphysicien, c'est Leibniz