STA1IL
facd 3ii mécanisme et ffti cliîmiéniè tytii, sous tlnnuenco èë békcè^'liés, triomphaient alofs on ibéaeéine, à reîïfû'velé ranimisme. Nmi-sëliiëm'étit il l à Hnouyefé, mais confirmé eï fortifié, soit par la réfutation du mécanisme, soit par les analyses psychologiques qui |M'oi!\ent <pie l'âme'âccbmplit bien d'autres phénomènes (pie ceux dont elle a la conscience claire et réfléchie. Mais, faute d'avèir admis dans cette urne \ivifiante iitiè activité purement instinctive, et pour àvpir fait, ])artout intervenir, dans l'action de lârîie sur le corps, l'intelligence et la voïÔhte, quoique il des degrés diVdrs, è\ avec une conscience plus ou moins confuse ci (Placée, pour n avoir pas séparé la finalité d'une intelligence, combinant par elle-même les moyens en Mie d'une lin, pour n'avoir pas, en lin mot, iaitïà part de l'instinct, il a favorisé ceux qui devaient, de nouveau, tenter de détacher le princii)e vital tle l àme raisonnable'.
( iepcndiinl v-ous l'influence dfc Leibniz et de Stalil, au dix-huitième siècle, et au dix-neuvième, sous îiilftuerièé (hune pîillbsopliie âè la nature contraire ii tonte doctrine dualistique, on peut dire que e est l'animisme ou, pour parler d'une manière plus générale, le principe de l'unité de la foTme, qui, jusqu'à nos jours, a régné en Allemagne, on il a été, on il est encore la doctrine de ses plus illustres physiologistes et fjîli i fosotihéè, tels que Treviranns,
1. Quoique* disciples do fifahi, loi* que Jiinkor, Âftcrlk Xenfei*, mit [)Oiis6é jufcqHïi ses ile^nières conséquences l'éiTPU! du liiaHre1. (-1 H '.nf jM'ii roulriluiô à jeîeVynè Mïp d'è ocU'hile nr -.i èlbctnnS.
les Ikeemrrfm a/wtomUftik <ie $hrdelv, § un.
Baer, Burdach, j. Millier, Carus, Crause, Herman, Fichte, etc.'1.
1. Voir le çhap. m de Y Anthropologie d'Hermann Ffe&tc, în-8°, Lcipsick , 1856. L'auteur, un des philosophes les plus dMmguéiî de l'Allemagne çouteinporaine, considère le corps comme le produit; F expression visible de l'âme , il appelle F âme le corps intérieur, innere leib, et le corps, aussere leib. A la théorie de l'adaptation de l'âme au corps [mipassungs théorie), il oppose celle de la génération du corps Tp'dvV'dme igestaltwigs Hypothèse), il repousse avec vivacité toute hypothèse d'un troisième élément, d'une qualité occulte, sous le nom de force vitale, lebenskraft, entre l'âme et le corps, la conformité des tendances de cette force avec la raison étant, suivant lui, une preuve évidente qu'elle appartient à l'âme. Il cite dans m même chapitre de nombreux philosophes allemands qui attribuent à l'âme la formation du corps, CaruSj Crause, Fortlage [System (1er Psychologie als empirischen Wissenschaft , Leipsieb, 1855,; Perty ( Veber die Seele , Bern, 1856). J'ajoute M. Reiehlin-Meldegg dont j'ai consulte F ouvrage cologie des Mensehen mit Einschluss (1er Snmntologie, 2 vol., 1837). Le corps et l'esprit, dit-il, d'après mon point de vue, sont des manifestations et des développements de l'âme (Seele), 1er vol., p. 30.
Parmi les philosophes étrangers, partisans de l'animisme, il faut citer encore Rosmini. L'âme, selon Rosmini, est le principe qui donne la vie au corps. Sistëma filosofico, n° 126. Nous avons sous les yeux un remarquable traité de psychologie, à l'usage des étudianls du collège d'Yale, dont Fauteur est animiste et en Amérique, où sont parfaitement résumés tous les principaux arguments en Paveur de l'animisme: 1 lie huma. a intellect by Noah Porter, London," 1872, p. 29- iO
E6ù (Ton et ConiUUap.
État de la question an dix- huitième siècle. — Buffon. — Son erreur au sujet de Yhomo duplex. — L'homme intérieur composé de deux principes, — Opposition entre la nature et le rôle de ces deux principes. — Ce que devient l'homme sous la prépondérance de l'un ou de l'autre. — Part du principe malériel dans l'homme. Comparaison de l'homme avec les animaux. - Sentiment de Bu Mon sur la nature des hétes. — Critique de Condillac. — Défense par Condillac de l'unité de l'homme intérieur. — Contradiction reprochée par Condillac à la doctrine de deux principes au dedans de nous. — Animisme de Charles Bonnet. — Par où il diffère de celui do Stahl ol de Perrault. — L'âme douée n'une faculté mûtpîee agissant sans le concours do l'intelligence ol de la volonté, — [/animisme fondement de sa palingénésie.
Pour les philosophes du dix- septième siècle, qui presque tous ont subi Fïnftiïencë du cartésianisme, les fonctions vitales ne sont plus qu'un problème de mécanique, de physique ou de chimie, qui ^intéresse eu rien rame et ses facultés. Ceux-là. seulement qui ont résisté à l'influence de Descartes, tels que (ludworth, Claude Perrault, Stahl et Leibniz, ont cherché en dehors du mécanisme, et dans lame ellemême, la eause de la vie.
(Juoiquo réagissant contre la philosophie cartésienne, la philosophie du dix-huitième siècle ne s'est pas en général préoccupée, de cette question do la vie, soit qu'elle en ait perdu la tradition, soit qu'elle ait considéré comme définitivement démontrée par le cartésianisme l'incompatibilité de l'âme pensante avec les fonctions de la vie. Locke, dans son Essai sur l'entendement humain, ne parle po:- de la vie, mais sans nul doute il l'exclut, puisqu'il considère le sentiment intérieur comme le signe caractéristique des phénomènes de l'âme. De même que Locke, les philosophes écossais s'inquiètent fort peu de la vie. dépendant nous avons à ciîer quelques philosophes de cette même époque qui, moins exclusifs, ont hien voulu faire dans leurs spéculations une place h vie, et qui se sont prononcés, les uns en faveur de la dualité, les autres en faveur de l'unité.
Parmi les premiers, le plus célèbre est Buffon. Buffon conçoit la, nature de Pâme de la même Façon que Descartes, c'est-à-dire, avec la pensée pour essence ou pour forme unique : « notre âme, n'a qu'une forme très-simple, très-générale, très-constante; cette forme est la pensée l. » Si l'âme n'a qu'une forme, la pensée, d y a nécessité de rejeter en dehors de Tâme les fonctions vitales, les passions elles-mêmes, en un mot tout ce qui n'est pas la pensée. C'est ce que fait Buffon, de même que Descartes; mais, à la différence de Dpscartes, au lieu de les réduire à un simple mécanisme, il [es attribue à un principe distinct à& l'âme
1. IJisfoi)',' nçttiirplle, de- fihfwwie) I)o ta nahuv l'hymne.
înwox. â&i
et du corps1. De là Yhbhïô da/tlcr qdé RlWôtt s'esl plu à . décrire dans un certain riôïuKre <ïc (fàgcîè célèbres, niais pins remarquables par l^l'ôqiicftïde ét par [a pompe (In ktyië, que par la précision et par la véHlé scientifique "'.
L'homme intérieur, scion Buffon, est réellement double, c'est-à-dire bëttipbs<3 (ïè deux |>rincipcs différents par leur HatiVre, et contraires par ïbSlv action : l'un est l'ame, principe spirituel, l'autre, le principe animal et matériel, qui tons deux sont en continuelle opposition l'un aven* l'autre. Nous retrouvons ici, sous d'autres noms, les deux ailles, rime matérielle, l autre spirituelle de Kacon et de (lassendi. Ouel est le rôle de ces deux principes, et que! est le combat qu'ils se livrent l'un à l'autre ? Le premier, dit Huffon, en un si vie beaucoup trop métaphorique, est une lumière pure qu'accompagnent le calme et la sérénité, une source salutaire dont émanent la science, la raison, la sagesse ; l'autre est une fausse lnenr qui ne brille (pie dans la tempête et dans l'obscurité, un torrent impétueux qui roule et entraine a sa suite ies passions kt les erreurs \
1. Bwffton est liés-opposé aux explicitions mécaniques dè In vie : « .l'avoue, dit-i!, que je pense bien ditîéremmen! de ces philosophes; il me semble qu'en n'admettant qu'un cei'lain nombre do principes mécaniques ils n'ont pas senti combien ils rétrécissaient la philosophie: et ils n'ont pas vu que pour un phénomène qu'on pourrail, y rapporter il y en avait mille qui étaient indépendants. » ///.vtopje nulur<>ll<< dos a,,i 'maux j rhap. nr. $c^Ç:Jjj(j mémoire de M. l'apillon sur l'esprit leibnizien et l'esprit cartésien au dix-huitième siècle. Comptes rendus de l' Aeadem ie des écïèWéeè mm-aVs. m ivein bre cl décembre. 1871.
2, DiWjiQuVê BUT la uni l'y (h>« futimau.* uun tfyn/èj?,
'•\' 1 ! kimmîI A sniih;dte \; dit li'é^bjen Rousse!. t ailleur d»i %f$i 'n!;'
Le principe animal se développe le premier ; il commence à agir dès que notre corps peut sentir la douleur et le plaisir qui, selon Baffon, sont des sensations matérielles. Le principe spirituel sje manifeste plus tard; il se développe et se perfectionne par l'éducation. C'est par la communication des pensées d'autrui que l'enfant devient pensant, sinon il serait stupide ou fantasque, selon le degré d'inaction ou d'inertie de. son sens intérieur matériel.
En rentrant en soi-même, chacun peut reconnaître l'existence de ces deux principes. Il y a dans la vie des moments et des jours ou non-seulement leur existence, mais encore leur contrariété d'action se laisse distinctement saisir, û Je veux parler, dit BufFon, de ces temps d'ennui, d'indolence, de dégoût, où nous ne pouvons nous déterminer à rien, où nous ne voulons que ce que nous ne faisons pas ; où nous ne faisons que ce que nous ne voulons pas; de cet état ou de cette maladie à laquelle on a donné le nom de vapeur, et qui s'attaque surtout aux" hommes oisifs qu'aucun travail ne commande. Si nous nous observons dans cet état, notre moi nous paraîtra divisé en deux personnes, dont la première représente la faculté raisonnable, blâme ce que fait la seconde, mais n'est pas assez forte pour s'y opposer efficacement et la vaincre. Au contraire, cette dernière, formée de toutes
physique et moral de la femme, que ces images brillantes fussent capables de porter à l'esprit autant de lumières qu'elles procurent do plaisir à l'oreille et à l'imagination. Mais quel homme est assez heureux pour pouvoir dire que les passions sont étrangèresà son âme? On ne sait que trop que l'âme v a m bonne pari, elc. {Essai sur la
les illusions de nos sens et de rimaginalion, p$pp des passions qui nous maîtrisent, contraipt, entraîne, et souvent accable la première. Ainsi notre urne est le triste théâtre d'un combat continuel où. nous sommes presque toujours les vaincus1.)) Voilà bien une vive e1 fidèle peinture de ce qui se passe trop souvent au dedans de nous. Mais pour expliquer ces luttes et ces dédàiremontSj est-il besoin de dédoubler l'homme en deux personnages aux prises l'un avec l'autre?
Jîuffon examine ensuite ce que (devient l'homme placé sous la domination de l'un ou l'autre de ces deux principes, ou bien ballotté en sens contraire parleurs divisions intestines. Est-ce la faculté raisonnable qui domine, il ^occupe tranquillement de soi-même, de ses amis, de ses affaires. Est-ce le principe animal, il se livre ardemment à sa dissipation, à ses goûts h ses passions. Dans ces deux états il est heureux, parce qu'un seul des deux principes étant en action, nous Réprouvons aucune opposition intérieure. Buffon semble faire consister le bonheur uniquement dans cette unité d'action. Cependant il ne met pas sur la même ligne le bonheur qui résulte de la prédominance, soit de l'un, soit de l'autre, de ces deux principes. Le bonheur qui dérive cle l'unité d'action du principe matériel est un bonheur qui passe, dit-il, comme un songe, un bonheur que suivent le vide et le dégoût.
Les jours les plus malheureux de notre existence sont ceux où ces deux puissances, étant chacune en grand mouvement, se font équilibre l'une à l'autre.
1£ C'est, l'argument que développe Plnfarque flans son Traité de k> ypriii morale.
M'i t ÏAlMTIÎi: X\7.
fifttèt là, dit Buffon, le point de Féiïtiûî ie profond, de cet horrible dégoût de soi-même, qui ne nous ÎUiSée d'autre désir que celui de cesser d'êlre. En général, c'est dans Page moyen de la vie que les hommes sont le plus sujets à ces luttes intérieures, c'est l'âge des seucis et des déceptions.
(l'est parce que la nature de l'homme est composée de deux principes contraires, qu'il a tant de peine à se concilier avec lui-même; de là viennent son inconstance, son irrésolution, ses ennuis. Les animaux, au contraire, dont la nature est simple et purement matérielle, n'ont ni nos regrets, ni nos remords, ni nos espérances, ni nos craintes.
Veut-on se faire une idée exacte.de ce qu'est ce principe matériel de notre être, et en même temps de ce que sont les animaux, chez lesquels il existe seul, il faut séparer de nous tout ce qui appartient à Tàme, entendement, esprit, mémoire ; ce qui reste n'est plus, selon Buffon, que la partie matérielle par laquelle nous sommes des animaux. Nous aurons encore de^ besoins, des sensations, des appétits; nous aurons même des. passions, nous aurons toutes les passions aveugles qui ne semblent pas venir de l'âme, principe de la connaissance, mais du principe du sentiment. Voila, selon Buffon, la part du principe matériel, voilà ce qui est commun entre les hommes et les animaux.
Quoiqu'il attribue à ce principe matériel, àme unique de ranimai, pi lis de facultés que Técole de Montpellier à son principe vital, Buffon néanmoins ne tombe pas (buis l'excès, ns-rz ordinaire aux philosophes ompi-
CONDiLLAC. , 2-s:,
Non-seulement il nie aux botes la eonnaissanee pflQprçppflflt dite, mais il ç^ïp^lfi^a^p^pc^ev de l'automatisme, de Descartes, on s'ciîbreant de réduire les merveilles de leurs instincts à des effets purement mécaniques. De là cette spirituelle critique de Condillae, dans son Traité des animaux ; « il y a trois sentiments sur les botes : 1° l'opinion commune, qu'elles pensent et qu'elles sentent ; 2° l'opinion des seolastiquo: qu'elles sentent ; T des cartésiens, qu'elles sont machines. Or, on dirait que M. de Bufïbn a iiuagiiHdo prendre un pou de chacune, de dire avec tout le monde que les botes sentent; avec les scolastiquos, qu'elles ne pensent pas, et, avec les cartésiens, que tout en elles s'opère par des lois purement mécaniques. ))
(loudillac, dans ce mémo traité, combat non-seulement les idées de Buffon sur la nature des animaux, mais aussi sur la nature de l'homme, (les deux âmes, de nature différente, placées au dedans de nous, a .coté l'une de l'autre, lui semblent une conception tout h fait chimérique. Comme, malgré son empirisme, Condillac n'a nulle tendance au matérialisme, il repousse la distinction que fait ftuffon, de sensations corporelles et de sensations spirituelles : « en vain, je réfléchis sur ce que j'éprouve en moi-mémo, je no puis ly^e avec lui cette différence. Je ne sens pas d'un coté mon corps et, do l'autre, mon Ame ; j$ sons mon mue dans mon corps, toiijesmos sensations ne me paraissent que les modifications d'une mènir substance. D'ailleurs, admettrait-on ce.- deux espèces de sensations, Hles n'auraient aucun rapport*; on ne voit pas -comment colles
du corps modifieraient l'âme, et comment celles rie l'âme modifieraient le corps. Il y aurait donc dans chaque homme deux moi, deux personnes qui, n'ayant rien de commun dans la manière de sentir, ne sauraient avoir aucune sorte de commerce ensemble, et dont chacune ignorerait absolument ce qui se passerait dans l'autre. »
Nous devons louer Condillae d'avoir défendu l'unité de l'homme intérieur par des raisons, suivant nous, décisives contre cet homme double de BufFon. « L'unité de personne, ajoute-t-il hvs-bien, suppose nécessairement l'unité de l'être sentant. Elle suppose une seule substance simple, modifiée différemment, à l'occasion des impressions qui se font dans les parties du corps. Un seul moi, formé de .deux principes sentants, est une contradiction manifeste; ce ne serait qu'une seule personne dans la supposition, c'en seraient deux dans le vrai. » On ne peut mieux dire que Condillae ; la supposition de deux principes sentants dans une seule et même personne est une contradiction manifeste. Quant aux contradictions dont nous sommes le théâtre, Condillae en donne une raison plus simple et plus vraie que Yhomo duplex : « ne serait-il pas plus naturel d'expliquer nos contradictions en disant que, suivant l'âge et les circonstances, nous contractons plusieurs habitudes, plusieurs passions qui se combattent souvent, dont quelques-unes sont condamnées par notre raison, qui se forme trop tard pour les vaincre toujours sans effort? Voilà du moins ce que je vois quand je rentre en moi-même. »
Condillae a doue raison contre Yhomo duplex de
CHARLES BONNK'J . 287
Ihiiïon. On peut dire qu'il y a deux hommes en nous ;ui sens figuré; on ne peut le dire un sens propre. La maxime de Gassendi, nihil sibi pôles/ ùéversàri, dont déjà nous avons apprécié la valeur, voilà au fond te ^rand argument de Buffon en faveur de la dualité des principes. Mais, pour expliquer ces luttes intestine-, dont il nous fait une si exacte et si forte peinture, il n'est nul besoin d'imaginer deux personnages réels, acharnés l'un contre l'autre, et se faisant continuellement la guerre. N'est-il pas plus naturel, comme le dit (londillac, de ne voir dans ces contradictions que la diversité des passions, des motifs, des fins qui sollicitent en même temps, et en sens contraire, notre intelligence et notre volonté? Si les animaux ne sont pas sujets aux mômes luttes, ce n'est pas parce qu'ils n'ont qu'une âme, tandis que nous en avons deux, mais parce que cette âme unique n'est pas assaillie par autant de passions, parce qu'ede n'a pas la faculté de se déterminer suivant des motifs si divers et si opposés.
Charles Bonnet, comme (londillac, a pris parti pour l'unité de la forme. Son animisme se rattache à celui de Leibniz par un certain nombre de vues communes sur la suite, sur le développement des êtres et sur la préexistence des âmes.
Dans Y Essai de psycholoyie* , il traite d'abord de l'état de l'âme après la conception, de l'état de l'âme à la naissance, de 1 état de Rime après la naissance* Aussitôt après la conception, l'âme, selon Bonnet, commence à éprouver des sensations extrêmement fan
1. C'est le premier* ouvragé de Charles Bonnet, in-8°. Loiidre'F, ' J 7j.j.
blcs et confuses, qui ne l'instruisent de riei^ qui ne sont Jii agréables ni désagréables, et ne lui donnent aucune velléité. Telle est à l'origine l'âme: qui doit un jour, par divers degrés, s'élever jusqu'à l'intelligence, sans cesser de présider à tous les mouvements qui constituent les fonctions de la vie. Mais elle n'y préside qu'en vertu d une activité instinctive, d'une loi secrète, et non en tant qu'intelligente et libre. Bonnet admet, en effet, dans l'âme, deux facultés, ou plutôt deux ordres de facultés, la faculté de sentir ou de connaître, et la faculté de mou voir qu'il distingue de la faculté de vouloir. On peut mouvoir, mais non vouloir, sans connaître. D'un autre côté, si la faculté de vouloir suppose toujours la faculté de connaître, elle ne suppose pas toujours celle de mouvoir ;# ou peut vouloir des choses auxquelles ne s'étend pas la sphère de notre activité1. Voici maintenant quel rôle et quel modo d'action il donne à cette faculté: (( ne peut-on avancer que la force motrice n'a été soumise à la direction do la volonté que jusqu'à un certain point, et relativement à un certain nombre de mouvements? La force motrice ne petfl-elle déployer une activité sur certaines parties, en vertu d'une loi secrète qui la rend indépendante de toute volonté et de tout sentiment? C'est ainsi que les âmes présideraient aux mouvements admirables de la digestion, de la circulation, des sécrétions, etc., comme un enfant préside aux merveilles que produit le métier que
l. Essai de psychologie, ehàp. xt;t. t .*:»]»-]*<'- do Ligtiae. parfj?an dos
(ÏIAULKS BONNET. 289
sa main ignorante fait momuir. » Ainsi Bfeflitetycoilitïie Perrault et Stalil, fail 3é la vie une puissance inférieure de l'âme raisonnable, mais une priiésàftéé qui agit, sans conscience , instinctivement et par une loi secrète.
Il est vrai que YEssai de psychologie, que nous venons de citer, est le premier ouvrage de Bonnet ; mais dans tous ses autres ouvrages, nous ne voyons rien qui démente cet animisme ou, pour mieux dire, nous ne voyons rien qui ne le suppose. L'animisme est au fond des idées que Bonnet a développées, dans sa Patina ènesie\ sur la préexistence des germes, sur les transformations et sur l'état futur des animaux. On sait en effet que, sïnspirant de Leibniz, il croit à une élévation graduelle, à une promotion successive et universelle, non-seulement de riiomme, à partir de cette vie, mais de tous les êtres organisés, sans exception. La plante, selon Bonnet, a une âme en vertu de laquelle, par des organes nouveaux, contenus en germe dans son être actuel, elle pourra s'élever un jour jusqu'à l'animalité, a Quant à l'animal, pourquoi, dit-il, ne pas croire que Dieu, dans sa bonté, l'ait appelé à un perfectionnement réservé à l'état futur du globe? L'humanité perfectionnée et transfigurée, transportée dans une autre planète, laissera peut-être un jour la première place sur cette terre aux animaux supérieurs qui, à leur tour, pourront s'élever jusqu'à la connaissance de la source de la vie. Ainsi y aura t-il un progrès continuel de toutes les espèces vers une perfection suprême. » Toutes ces transformations ne supposent-elles pas que c'est la
même âme qui, ;ï partir du plus humble degré, s'élève jusqu'au plus haut?
Assurément nous n'avons pas l'intention de lier* l'animisme à de semblables conjectures; si nous les. rapportons, c'est uniquement pour montrer que l'animisme a toujours été la doctrine de Charles Bonnet, et que Maine de Biran, sauf la différence que j'ai indiquée, a eu raison de dire : « qu'on trouve, dans la psychologie de Bonnet, toutes les idées de Stahl, relativement à l'empire universel que la même âme exerce sur les fonctions vitales1. »
Nous ne ferions pas place, dans cette histoire, aux rêveries de Bernardin de Saint-Pierre sur les harmonies de fa nature, si nous ne craignions cle nous attirer le reproche de dissimuler systématiquement les partisans de la pluralité des âmes, d'autant que Bernardin de Saint-Pierre ne compte pas moins de cinq âmes dans la nature humaine. Depuis le ver de terre jusqu'à Newton, il découvre dans la nature cinq genres d'âmes, l'âme élémentaire, l'âme végétale, l'âme animale, l'âme intelligente, l'âme céleste, qui toutes se réunissent dans l'homme.
L'âme élémentaire des animaux est ce premier principe de leur existence, qui leur est commun avec tous les corps, à savoir l'attraction. Cette âme ne
1. Rapports du physique et du moral. M. Lemoine avait eontesié d'abord, dans sa thèse sur Charles Bonnet,, cette assertion de Maine de Biran. Mais, plus tard, dans son mémoire sur Stahl , il en reconnaît la vérité, tout en traitant beaucoup trop dédaigneusement Bonnet, de même que Perrault: «Ce n'est pas, dit-il, l'adhésion de quelques philosophes rêveurs comme Charles Bonnet, qui a donné à ce système de la force et de la vie. » Comptes rendus de l'Académie des sciences morales, juillet et août 1858, p. 254.