‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 118 sur 189 · BERNARD 1M DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

BERNARD 1M DE SAINT-PIERRE

paraît pas être autre chose que le feu solaire. L/âme végétale a sous ses ordres ruine élémentaire avec toutes ses facultés mécaniques; elle organise le corps, elle a dans son domaine les formes organiques, les amours, les générations. Puis vient l'âme animale, qui a le sentiment de son existence et de celle du corps, qui est susceptible de plaisir et de douleur, tandis que les deux précédentes sont comme des aimants insensibles. Du ressort de lame animale sont les instincts et les passions. La quatrième ' est l'âme intelligente qui gouverne l'âme animale; douée de l'imagination, du jugement et de la mémoire, elle réside dans le cerveau, tandis que l'âme animale réside dans le cœur.

Au-dessus de ces quatre âmes, communes à l'homme et à l'animal, s'élève l'âme céleste qui est le propre de l'homme. Par elle nous avons le sentiment de l'existence de Dieu et de l'infini, le sentiment de la vertu, de la gloire et de l'immortalité. Je supprime les conjectures de Bernardin de Saint-Pierre sur les destinées de chacune de ces âmes, depuis les âmes élémentaires, qu'il fait passer d'un élément à F autre, jusqu'aux plus parfaites des âmes célestes qu'il renvoie au soleil, d'où émane, dit-il, tout ce qu'il y a de plus beau sur la terre.

Il semble que l'accord entre toutes ces âmes, doive être difficile au sein d'un même individu. Mais, selon Bernardin de Saint-Pierre, on peut aussi bien concevoir plusieurs âmes, enfermées dans la peau d'un même animal, que plusieurs végétaux sous l'écorce d'un même végétal, ou plusieurs couleurs dans un

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même rayon de lumière. Dira-t-on que des âmes si différentes ne sauraient agir de concert dans la même action; mais c'est précisément le défaut d'accord, que souvent on y remarque, d'où on peut conclure leur pluralité et leur différence. Toutes ces âmes agissent tantôt ensemble, tantôt séparément; rien ne prouve mieux qu'elles sont distinctes les unes des autres1.

Ces cinq âmes de Bernardin de Saint-Pierre ne nous paraissent pas mériter une critique sérieuse, qu'il faut réserver pour le double dynamisme de Barthez, de Maine de Biran et de Jouffroy.

L Harmonies de la nature, liv. V.

Éîcole de Montpellier.

Barthez et l'école de Montpellier. — Antécédents de lécole de Montpellier. — Influence de Stahl. — Sauvages et ses successeurs. — Comment ils prétendent corriger le système de Stahl. — Divorce de l'animisme et du vitalisme. — Divers adversaires combattus par Barthez. — Principe vital cause unique des phénomènes de la vie. — Scepticisme affecté' de Barthez sur la nature de ce principe . — Arguments de Barthez en faveur de la séparation de l'âme et du principe vital. — Les actions du principe vital dépourvues du sentiment intérieur qui caractérise les phénomènes de l'âme. — Invariabilité des opérations du principe vital, opposée à la variété des actions de l'âme intelligente et libre. — Erreurs du principe vital indignes de làme raisonnable, dans la direction du corps. — Incompatibilité, avec la simplicité de l'âme, du nombre infini de volontés particulières exigées par les mouvements des organes. — Contradictions dont l'homme est le théâtre. — Probabilités en faveur de l'existence substantielle du principe vital. — Destinées du principe vital après la mort. — Tendance actuelle de l'école de Montpellier.

Depuis la fin du dix-huitième siècle jusqu'à nus jours, la doctrine, plus ou moins déguisée, de deux âmes, l'une pour la pensée, 1 autre pour la vie, a été principalement en honneur dans l ecole de Montpellier. De là les éloges qu'ont prodigués à cette école, et que lui prodiguent encore, un certain nombre de philosophes spiritualistes qui croient voir en elle un précieux auxiliaire contre d'autres écoles de physiologie et de mé-

deciiie, moins favorables à la psychologie et au spiritualisme.

Pour trouver les origines de la doctrine actuelle de Montpellier, il n'est pas besoin de remonter jusqu'à Hippocrate, mais seulement jusqu'à Stahl et à la réaction qui eut lieu, au commencement du dix-huitième siècle, contre les systèmes iatroméeaniques et chimiques. Nulle part ailleurs, en France, l'influence du stahlianisme n'a été plus grande qu'à Montpellier. Ce n'est qu'à Montpellier que le stahlianisme, dit Fr. Bérard, a fleuri en France, au dix-huitième siècle1. Là, en effet, se rencontre une suite de médecins distingués qui tous se sont inspirés de Stahl, dont ils admiraient le génie, dont ils mettaient le nom immédiatement après celui cTHippocrate. Les premiers maîtres de Montpellier, dit M. Peisse, furent des stahliens, ou du moins des semi-stahliens, qui se signalèrent par leur opposition systématique à ces mêmes doctrines que Stahl avait combattues, auxquelles il faut ajouter le solidisme de Haller, qui lui-même leur parut entaché de mécanisme ".

Sauvages, un des plus illustres professeurs de cette école, attaqua, en 1737, un des premiers, le mécanisme parvenu au plus haut degré de la vogue et de l'empire par le génie de Boerhaave, et qui avait pénétré à Montpellier avec le cartésianisme3. Il rapportait tous les mouvements de la machine animée à des affections obscures de l'âme et il croyait qu'avec

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