La Médecine et les Médecins. Paris, 1857, t. I, p
•->. Les Médecins au temps de Molière, thèso par Raynaud, p. 242.
l'âme seule on peut rendre compte de l'énergie, de riiarmonie et des lois des phénomènes vitaux. Parmi [es professeurs stahliens de Montpellier, après Sauvages, nous citerons encore Grimaud1 et Roussel. Toutefois, nous n'ignorons pas que les partisans déclarés de Stahl ont toujours été en petite minorité au sein de l'école de Montpellier et que, aussitôt après Sauvages, des protestations s'élevèrent contre l'attribution à Pâme pensante des opérations de la vie. Au lieu de modifier le système de Stahl, en rapportant ces opérations à une activité de 1 âme purement instinctive, on eut recours à l'hypothèse d un principe distinct, uni avec elle, quoique ne jouissant pas des mêmes attributs. Voici un passage de Desèze, cité par Fr. Bérard, qui marque parfaitement les différences et les rapports de la doctrine de Stahl et du vitalisme de Montpellier : « la théorie de Stahl est simple et étendue, elle joint à la fécondité des détails l'unité du principe; si elle n'a pas séduit tous les esprits, c'est qu'ils ont été rebutés par le style barbare de son auteur; elle a eu pourtant pour partisans des hommes célèbres qui l'ont exposée clans un jour plus favorable. Les difficultés qu'on a faites ne tombent que sur le premier mobile que Stahl a choisi ; mais plus on méditera le fond de cette doctrine, plus on en sentira la vérité. Ainsi, en admettant un autre
\ . 11 faut, partir d'un fait d'une évidence frappante, c'est que la raison d'individualité d'un animal ne peut être que dans l'unité et la simplicité du principe qui l'anime et qui règle ses mouvements, puisqu'en admettant deux principes, ces deux principes différents ne peuvent avoir entre eux aucun moyen d'union. » (Grimaud, Pkysiolo* gie, l p. W.l
principe que L'âme pour diriger toutes nos fonctions, principe intimement uni avec elle, niais qui ne jouit pourtant pas des mêmes attributs, on résout une partie des objections qui combattent le stahlianisme l. »
Voilà comment, en changeant le principe de Stahl, l'école de Montpellier continua à s'inspirer de sa doctrine ; on y travailla à maintenir toutes les conséquences du principe, sans admettre le principe lui-même. Rien de plus évident que ces origines' stahliennes de Montpellier, quoiqu'il y soit aujourd'hui de mode de maltraiter Stahl et l'animisme. La doctrine de Barthez, dit M. Peisse, fut le dernier et le plus remarquable effort pour opérer le divorce désiré entre l'animisme et le vitalisme 2.
Nous allons exposer, d'après Barthez lui-même, oe divorce, fâcheux suivant nous, d'où est sortie la doctrine philosophique de Montpellier. L'ouvrage où Barthez a développé les idées qui ont formé le symbole médical et philosophique de l'école tout entière, est intitulé : Nouveaux Éléments de là science de l'homme6. Ce titre est un peu emphatique et disproportionné à l'objet et au but de l'ouvrage, suivant une juste critique de Maine de Biran. Dans cette exposition, nous nous aiderons de l'excellente analyse qui en a été faite
1. Desèze, Recherches physiologiques et philosophiques sur la sensibilité ou la vie animale. Paris, 1786, p. 59.
2 . La Médecine et les Médecins. Philosophie médicale. Montpellier, vol. Ier, p. 283.
3. La première édition est de 1778, Montpellier. Une deuxième a été publiée par Barthez lui-même en 1806. Une troisième vient d'être publiée par un descendant de l'illustre chancelier de la Faculté de Montpellier, par le docteur E. Barthez.
par le meilleur et le plus célèbre de ses disciples, [iar M. Lordat1.
Quand Barthez monta dans cette chaire de Montpellier, sur laquelle il devait jeter un si grand éclat, il trouva la médecine partagée entre plusieurs doctrines qu'il fallut combattre pour établir la sienne. D'abord, en s'inspirant et en s'aidant de Stahl, il attaque les mécaniciens. Après les mécaniciens , il attaque les doctrines de Halle r et de Bordeu qui ont, pour caractère commun, de diviser, de fragmenter les opérations vitales, de les localiser, d'en faire de simples modalités de chaque partie du corps, sans les rapporte.]' à un principe commun. D'accord avec eux pour reconnaître que la mécanique toute seule ne peut rendre compte du mouvement vital d'aucun organe, il soutient contre eux la nécessité de ramener tous ces mouvements à un principe unique. En effet, selon Barthez, les actes attribués à ces forces diverses, ne sont ni isolés, ni indépendants, ni enchaînés les uns aux autres d'une manière nécessaire; mais ils sont réglés, dirigés, disposés vers un même but, et suivant des besoins qui naissent et qui changent à tout moment. Ces actes dépendent donc d'une cause essentiellement une. L'unité, l'individualité du système pin biologique, voilà, selon M. Lordat, le premier dogme de Barthez. « Le véritable service, dit M. Floùrens, rendu par Barthez aux physiologistes, a été de leur l'appeler l'unité, la grande unité du principe vital \ »
1. Exposition de lu <l<>rtri»r mêdicdle de Barthez* Mojih»^1 i i^i
2, Vie et intelligence^ 11e part., p. 211.
Cette cause unique Barthez l'appelle principe vital, a Le sujet principal de nos recherches, dit-il, doit être la connaissance des déterminations ou des lois du principe de vie dont il est animé. Je regarde ce principe de vie comme la cause expérimentale la plus générale, ou de Tordre le plus élevé, que nous présentent
les phénomènes de la santé ou de la maladie
J'appelle principe vital, la cause qui produit tous les phénomènes de la vie dans le corps de l'homme1. »
11 s'agit de savoir quelle est, selon Barthez, la nature de ce principe vital. Est-il spirituel, est-il matériel, ou même a-t-il véritablement une existence substantielle? Ce sont des questions sur lesquelles le titre même du chapitre où il les traite : Considérations sceptiques sur la nature du principe vital de l'homme, ne nous promet pas de grandes lumières. En effet, Barthez affecte de ne pas se prononcer, sous prétexte que la question est de nulle importance pour la vérité de son système, et que nous sommes condamnés à une ignorance absolue sur la nature des causes, soit en général, soit en particulier.
Quelle que soit, d'ailleurs, l'idée que l'on se fasse de la nature de ce principe, il prétend que la vérité de son système, c'est-à-dire des lois établies par l'observation, demeure toujours la même. Au nom de la vraie méthode expérimentale, telle qu'en général l'entendait et la pratiquait la philosophie sensualiste du dix- huitième siècle, il prescrit de s'abstenir de toute hypothèse et de s'enfermer dans un scepticisme invin-