MAINE DE BIRAN
ments, des afïe&tionsde plaisir et de douleur, quoique sans conscience.
Telle est la ligiue de démarcation, tracée par Maine de Biran, entre ce qui n'appartient qu'à l'homme, <it ce qui lui est commun avec l'animal, entre le domaine de La psychologie et celui de la physiologie. Il rejette donc eu dehors de l'âme pensante ou du moi, nonseulement les fonctions vitales, mais « la sensibilité prise dans toute son étendue avec les facultés qui sonl sous sa dépendance, la locomotion spontanée, l'imagination, les reproductions ou associations fortuites d'images ou de signes, enfin tout ce qui se fait passivement ou nécessairement en nous \ » 11 faut y joindre encore le rêve, la folie, tous les états dans lesquels l'homme ne s'appartient pas à lui-même.
Nulle part Maine de Biran n'a marqué, d une manière plus rigoureuse et plus complète^ ce qu'il exclut de l'âme, que dans ce passage de son dernier ouvrage: <( le moral, selon nous, réside tout entier dans la partie active et libre de l'homme. Tout ce qui est pas sif en lui, tout ce qui tient immédiatement à l'organisme, tout ce qui s'y rapporte, comme à son siège local, ou vient de sa force aveugle, fatale, nécessaire, appartient au physique de l'homme. Des affections immédiates de pla'sir ou de douleur; des attraits sympathiques ou des répugnances inhérentes au tempérament primitif ou confondus avec lui, et devenu? irrésistibles par l'habitude ; des images qui se produisent spontanément dans l'organisme cérébral, et qui,
!, Rapports rlv physique ni du moral*
tantôt persistent opiniâtrement, tantôt se réveillent avec les paroxysmes de telles maladies ou désordres nerveux, les mouvements violents, brusques et précipités que ces passions entraînent, soit que le moi de l'homme étant absorbé n'y prenne aucune part, soit qu'il y assiste comme témoin, les appétits, les penchants, ces déterminations, ces idées qui suivent nécessairement la direction du physique ; tout cela est hors du domaine moral \ » Si tout cela est hors du domaine moral, hors du moi, hors de l'âme pensante, quel en est le principe? Voilà toute une existence sensitive à laquelle rien ne manque, sinon un sujet sentant. Est-ce au profit de l'organisme lui-même, ou bien de quelque autre principe supérieur à l'organisme que l'âme est ainsi dépouillée ? C'est un point de la doctrine de Maine de Biran qui n'est pas sans quelque obscurité. Voici sur ce point l'opinion de M. Ernest Naville, auquel nous devons de connaître Biran tout entier, dans la belle et savante introduction qu'il a mise en tête de ses œuvres inédites : a il semble parfois admettre un principe distinct, sous le nom d'âme sensitive. Le plus souvent, il attribue les modes vitaux au corps, et considère les affections comme contemporaines de la vie, comme appartenant à la molécule organique, sans nous indiquer comment la conception de tels modes, qui n'ont rien d'objectif et de percevable pour les sens, peut se relier- à la conception de la matière étendue et colorée 2. )>
1. Introduction aux nouveaux Essais d'anthropologie. Édition de M. Ernest Naville, t. III, p. 352.