‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 130 sur 189 · Connaissance de tàaiô, Ier vol. p · texte numérisé non relu

Connaissance de tàaiô, Ier vol. p

2. Ncus pouvons le dire aujourd'hui avec bien plus d'assurance quil y a dix ans. Nous avons cité ailleurs les principaux partisans de l'animisme en Allemagne et à l'étranger (chap. xvj. %

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Unité de l'iiommo,

Retour de l'histoire à la discussion. — L'âme est principe de vie. — Argument tiré de l'essence même de l'âme. — L'âme ne peut pas ne pas agir sur le corps tout entier. — Le corps organe unique. — Unité du système nerveux. — Unité de la nature humaine. — La diversité des causes est-elle en raison de la diversité des effets? — Tendance des sciences physiques à ramener à l'unité toutes les forces de la nature. — Caractères communs de l'âme et de la force vitale. — Intimité, profondeur des rapports du physique et du moral. — Société parfaite de l'âme et du corps. — Conciliation de l'unité de l'homme avec la dualité de l'âme et du corps. — Impossibilité d'expliquer l'unité de l'homme par une simple association. — Équivoques au sujet de la dualité de l'homme. — En quel sens le genre humain croit que l'homme est double. — Ce que serait l'homme du double dynamisme.

De cette revue des opinions et des systèmes, chez les anciens et chez les modernes, il résulte qu'aucune doctrine n'est plus autorisée par l'histoire que l'animisme. Mais nous ayons à le justifier, à l'établir par nos propres arguments en reprenant la discussion au point où nous l'avions laissée. Nous avions mis en présence ces deux principes immatériels, Pâme et la vie, l'un donné parla conscience et parla psychologie, l'autre par l'induction et la physiologie. Il s'agit maintenant de savoir si réellement ces principes sont

deux, ou bien si le second n'est pas simplement une puissance du premier, comme Font pensé tant de grands philosophes, anciens et modernes, dont nous venons de rappeler les doctrines.

L'essence même de lame, telle quelle nous est directement révélée par la conscience, voilà notre premier argument en faveur de l'animisme. Ce n'est pas assez d'avoir rendu l'activité à l'âme, d'avoir défini l'âme elle-même une force, il faut attentivement considérer, et il faut admettreles suites nécessaires de cette définition par rapport à son union avec le corps. C'est ce que n'ont pas fait, comme nous l'avons vu, Maine de Biran et JoufFroy qui, tous deux, après avoir restitué à l'âme son activité, essentielle, la supposent néanmoins inerte et impuissante à l'égard de tous les organes, à l'exception de ceux du mouvement volontaire. De ce que l'âme est une force, et de ce qu'elle est jointe au corps, ne suit-il pas que son action doit s'étendre sur le corps tout entier, en tout et partout?

La façon dont les forces extérieures se comportent, d'après la mécanique, la physique ou la chimie, peut nous aider à comprendre comment l'âme elle-même, en qui est le type d'après lequel nous concevons toutes ces forces, doit se comporter à l'égard du corps. Quelle est la nature et quelle est la loi d'une force? Nous l'avons dit, c'est l'action incessante, l'action sans relâche ; nulle force ne peut cesser d'agir sans cesser d'être. Mais jusqu'oïl s'étendra l'action de telle ou telle force en particulier? Elle ne peut avoir de bornes que celles du corps lui-même sur lequel elle agit. L'action dp h pesanteur, de l'électricité, de la

chaleur, des affinités chimiques, n'est pas concentrée sur quelques parties de tel ou tel corps, elle s'exerce plus ou moins sur toutes sans exception ; elle est ù l'intérieur, comme à la surface, au centre comme aux extrémités, partout présente, partout agissante, quoique à des degrés divers. Ainsi l'action de l'âme doit- elle s'étendre au corps tout entier, auquel elle est unie, sans en excepter aucune de ses molécules.

Si c'est une chimère qu'une âme purement pensante, incapable de toute action sur le corps, sans nul lien avec lui, enfermée dans son enceinte, comme un prisonnier dans son cachot, ou comme un oiseau dans sa cage, plus chimérique encore est, à nos yeux, une âme douée d'une activité essentielle, et néanmoins impuissante, sinon sur le corps tout entier, au moins sur le plus grand nombre de ses parties, quoique unie également avec les unes comme avec les autres. Je comprends mieux ceux qui, comme les cartésiens, ont nié cette action d'une manière absolue, que ceux qui la circonscrivent d'une façon tout arbitraire, faisant mouvoir le corps, ici par l'âme, là par un autre principe.

D'ailleurs, comment concevoir qu'une seule des parties du corps échappe à son empire, puisque toutes, d'après l'anatomie et la physiologie, forment, par leur enchaînement et leur connexion, un seul tout, un organe unique? Descartes et les cartésiens eux-mêmes, quoique peu enclins, on le sait, à exagérer le lien qui unit l'âme et le corps, soutiennent néanmoins l'union intime de l'âme avec toutes ses parties : « l'âme, dit Descartes, est jointe à tout le corps, et ejle n'est pas dans

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quelqu'une de ses parties à l'exclusion des autres, à cause qu'il est un et en quelque façon indivisible, à raison de la disposition de ses organes qui se rapportent tellement Tun à l'autre que, lorsque quelqu'un d'eux est ôté, cela rend tout le corps défectueux ; et à cause qu'elle est d'une nature qui n'a aucun rapport à l'étendue ni aux dimensions et aux autres propriétés de la matière dont le corps est composé, mais seulement à tout l'assemblage de ses organes, comme il paraît de ce qu'on ne saurait aucunement concevoir la moitié ou le tiers d'une âme, ni quelle étendue elle occupe, et qu'elle ne devient pas plus petite de ce qu'on retranche quelque partie du corps, mais qu'elle s'en sépare entièrement lorsqu'on dissout l'assemblage de ses organes *. »

Bossuet, qui s'inspire de saint Thomas, non moins que de Descartes, exprime avec plus de force encore ce lien nécessaire de l'âme avec toutes les parties du corps : (( le corps, dit-il, n'est pas un simple instrument appliqué par le dehors, et l'âme, de son côté, doit être unie au corps en son tout, parce qu'elle lui est unie comme à un seul organe, parfait dans sa totalité.... L'âme et le corps ne font ensemble qu'un tout naturel, et il y a entre les parties une parfaite et nécessaire communication. » Plus loin, il ajoute : « le corps, à le regarder comme organique, est un par la proportion et la correspondance de ses parties, de sorte qu'on peut l'appeler un même organe, de même, et à

1. Traité des passions* art. 30. «Que lïnne esl unie ;i toutes les parties du corps conjointement. »

plus forte raison, qu'un luth ou un orgue est appelé un seul instrument \ »

Mais, puisqu'il s'agit du corps, consultons plutôt les anatomistes et les physiologistes que les philosophes. Or les plus habiles physiologistes do notre temps nous apportent une preuve nouvelle en faveur de cette unité de toutes les parties du corps, h savoir la démonstration de l'unité du système nerveux, qui est l'organe essentiel de la vie, soit de la vie intellectuelle, soit de la vie sensitive et végétative.

Jusqu'à nos jours les physiologistes avaient cru que le nerf grand sympathique, organe de la vie organique, était indépendant du système nerveux de la vie de relation. Les renflements ganglionnaires étaient considérés comme des espèces de cerveaux, capables de développer la force nerveuse et de Ja communiquer aux viscères, sans aucun concours du cerveau et de la moelle épinière. A la sensibilité organique on attribuait des nerfs d'une nature et d'une couleur particulières, des nerfs gris opposés aux nerfs blancs de la vie de relation, les uns et les autres tirant leur origine de points différents de la moelle épinière ou du cerveau. C'est sur la prétendue indépendance de ces deuxordres de nerfs que Bichat fondait sa fameuse distinction de deux vies, de la vie de relation, ou vie animale, et de la vie organique. Mais, depuis Bichat, la physiologie a réuni, grâce au progrès de l'anatomie, ce que d'abord, à première vue, elle avait séparé. « Aujourd'hui, dit M. Longet, la plupart des physio-

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