Ebauche d'un traite de physiologie
positions qu'il plaira d'imaginer, avons-nous dépassé les bornes de la plus rigoureuse induction ?
Cependant, au milieu de ces ressemblances, demeurent, sans aucun doute, de grandes diversités. Nous ne nions nullement ces diversités; mais nous disons qu'elles sont dominées, quelque grandes, quelque profondes qu'elles soient, par une unité supérieure, qui est l'unité même de notre être, l'unité de la nature humaine.
Comment concevoir que chaque passion de l'âme produise immédiatement un changement, une altération dans les organes1, que le trouble des fonctions organiques réagisse aussitôt sur les fonctions intellectuelles, si ces phénomènes appartenaient à deux principes différents, s'il fallait qu'il y eût un passage de l'un dans l'autre? Si le trouble des fonctions physiologiques produit immédiatement le trouble des fonctions psychologiques, et réciproquement, c'est qu'elles se pénètrent, pour ainsi dire, c'est parce qu'un seul et même être en est le sujet. Un même être vit et pense au dedans de nous, voilà pourquoi ce qui affecte la vie affecte immédiatement la pensée, voilà pourquoi cequi affecte la pensée affecte immédiatement la vie. De là ces rapports si profonds, si intimes du physique et du moral. Quel enchaînement, quelle dépendance réciproque, quelle société exacte et parfaite de l'âme et du corps ! Que les matérialistes en aient abusé pour identifier, non pas comme nous, le principe vital avec l'âme, mais l'âme elle-même avec le corps, ce concert n'en est ni
1. Bichat, De la rie et de la mont, art. vi, Différences générales des deux ries par rapport au moral.
moins réel ni moins merveilleux. De tout temps il a fait l'admiration de ceux qui ont médité sur la nature humaine, de tout temps il a été considéré comme une des parties les plus solides de l'argument des causes finales.
Mais cette admirable unité ne paraît pas être en grand honneur à Montpellier, à en juger par notre honorable adversaire, M. Jaumes, qui nous demande ironiquement où est l'homme exceptionnel, type et original de ce portrait fantastique. 11 nous oppose le triste spectacle des désaccords intérieurs, des infirmités de toute sorte qui trop souvent troublent cette harmonie. Àvez-vous donc, s'écrie-t-il, les yeux fermés sur les misères humaines? N'avez-vous jamais été au lit d'un malade? Est-ce un médecin, pourrions-nous dire à notre tour, qui tient un pareil langage? Est-ce un médecin qui déclare chimérique l'unité de ce tout naturel de l'homme, qui ne voit qu'opposition, désaccord, contradiction dans les rapports du physique et du moral? Il y a sans doute des désaccords, des infirmités, des troubles dans la nature humaine; mais ce ne sont que des accidents, au sein desquels subsiste l'unité de notre nature, au sein desquels même elle se manifeste quelquefois d'une manière plus éclatante encore, soit par l'effort naturel qui se fait en nous pour rétablir l'harmonie quand elle est troublée, soit par l'étroite et évidente relation du mal de l'âme et du mal du corps. Comment donc ne pas nous prévaloir, de cette harmonie, de cette connexion, de cette action réciproque, directe et immédiate entre les phénomènes de l'âme et ceux de la vie, en faveur de
l'unité du principe constitutif de notre être, (Fou relèvent également la vie et la pensée?
Mais, Thomme même, en mettant h part le principe vital, n'est-il pas double, et non pas un, comme nous le prétendons ; ne sera-t-il pas toujours double, par cela seul qu'il a une âme et un corps? À moins d'être matérialiste, comment nier cette dualité? Nous ne nions pas qu'il y ait deux choses dans l'homme, l'âme et le corps, mais nous nions que ces deux choses soient des êtres et des substances au même titre. Suivant une très-juste remarque de Bcssuet, la société de l'âme fait paraître le corps quelque chose de plus qu'il n'est V Qu'est-ce en effet que le corps, par rapport à l'âme, sinon un organe, un instrument, un vêtement où s'enveloppe et dans lequel s'incorpore, pour ainsi dire, le principe vivant? Le corps par lui-même n'est rien, il ne subsiste que par la vertu de l'âme qui l'organise, qui l'anime, qui le conserve. L'âme seule est vraiment cause et substance, forme et acte, tandis que le corps n'est que matière et puissance. Leibniz a raison de dire : c( notre corps en lui-même, l'âme mise h part, ou le cadavre, aie peut être appelé substance que par abus, comme une machine ou un tas de pierre, qui ne sont des êtres que par l'agrégation, car l'arrangement régulier ou irrégulier ne fait rien à l'unité substantielle \ )) Mais si, au lieu d'une seule cause avec ses organes, vous mettez dans l'homme deux causes séparées et irréductibles, il y aura une dualité réelle et