ive Lettre à Amqufri
absolue, non plus apparente, dans les principes mêmes de notre être.
Si l'homme est en puissance de plusieurs formes, s'il tient l'animalité d'une âme végétative ou sensitive, l'humanité d'une âme raisonnable, il ne sera pas un, il sera double, il sera triple. En quoi, en effet, commfc le demande Aristote *, et avec lui tous les partisans de l'unité, ces diverses âmes seront-elles contenues, par quel lien seront-elles réunies, par quoi seront-elles ramenées à l'unité? Dira-t-on que c'est dans le corps et par le corps? Mais c'est l'âme qui contient le corps, qui retient toutes ses molécules comme en un filet invisible, ce n'est pas le corps qui contient l'âme, comme dans une boîte ou un étui. Quel sera donc le ciment, quelle sera l'âme, suivant une expression de Lucrèce, de ces deux, ou de ces trois âmes? Lucrèce, en effet, en même temps qu'il admet deux âmes, reconnaît la nécessité de les ramener à une unité supérieure, et croit devoir imaginer un dernier élément plus subtil, qui est le principe et l'essence de ces deux âmes 2.
Assurément les partisans les plus déterminés de la séparation des deux principes, ne vont pas jusqu'à leur donner une indépendance absolue à l'égard l'un de l'autre; ils avouent que la force vitale n'atteindrait pas sa fin sans l'intervention du moi, et que, d'un autre côté, le moi, pour aller à la sienne, a besoin
1. De l'âme, t. IX, p. 3, trad. de M. Barthélémy Saiirt-Hilaire.
2 ; atque animae quasi totius ipsa.
Proporro est anima, et dominatur corpore toto.
(L. III, v. 281, 282.;
du concours de la force vitale. C'est dans leur mutuelle association qu'ils prétendent faire consister l'unité de l'homme. Mais, quelque étroite que soit cette alliance, quelque intime que soit cette association, quand bien même, avec M. Lordat, on la qualifierait d'union hypostatiquc, ou, avec Van Helmont, àhinitas conjugalis, elle ne sera jamais qu'un agrégat, qu'un composé accidentel, une unité collective, semblable à celle d'un édifice ou d'une armée, et non une vraie unité, une individualité, comme celle de l'être humain.
Ainsi, l'homme du double dynamisme ne sera pas un par lui-même, et d'une manière absolue, unwn per se et simplicité?*, comme disait la philosophie scolastique, mais seulement par accident, per acciclens, comme l'objecte saint Thomas aux partisans de la pluralité des âmes : « sic corpus animœ accidentaliter adveniret, unde hoc nomen homo, de cujus intellectu est anima et corpus, non significaret unum per se, sed per accidens et ita non esset in génère substantiae \ » Quel n'est pas le blâme de Descartes lui-même contre Regius, son disciple infidèle, qui s'était avisé de soutenir cette thèse malheureuse, que l'homme est un être par accident !
Mais, à en croire les partisans de la dualité, ils auraient pour eux le témoignage du genre humain tout entier et la croyance du sens commun. Selon Buffon, selon Jouffroy 2, le sentiment d'une double nature