‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 136 sur 189 · Voir les articles déjà cités · texte numérisé non relu

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UNITÉ DE L'HOMMÊ. 359

Le nihil sibi potest adversari de Gassendi n'est pas de mise à l'égard d'agents doués d'intelligence et de liberté, sinon il ne suffirait pas de dédoubler l'homme, il faudrait le diviser en une multitude de principes divers.

En effet, il y a dans 1 ame plus d'une sorte de combats, quoiqu'il n'y ait pas plusieurs combattants. La lutte n'est pas seulement entre les puissances supérieures et les puissances inférieures, entre la partie rationnelle et la partie végétative ou sensitive. Il y a aussi d'autres conflits, non les moins vifs et les moins profonds, au sein même de l'âme rationnelle, entre l'intérêt et le devoir, entre des motifs qui, de l'aveu de tous, ne relèvent que d'elle seule. Si donc toute opposition au dedans de nous ne pouvait s'expliquer que par la lutte de deux êtres séparés, il faudrait nonseulement personnifier la vie, mais imaginer aussi, an sein même de l'âme raisonnable, un certain nombre de personnages différents, en lutte les uns avec les autres. C'est un autre qui verra le bien, c'est un autre qui fera le pire. Autant il y a de combats divers au dedans de nous, autant il y aura de combattants, comme tout à l'heure, il eût fallu autant de causes que de classes distinctes de phénomènes.

Telles sont les équivoques à l'aide desquelles le double dynamisme prétend associer le genre humain tout entier à sa cause. Oui, sans doute, le genre humain croit à la distinction de l'âme et du corps, où de la cause et de l'instrument, de ce qui meut et de ce qui est mû ; oui encore, il croit, par une triste expérience de tous les jours, à des conflits au sein de

l'âme, entre le oui et le non, le pour et le contre, le bien et le mal, mais jamais il n'a cru, jamais il ne croira à l'existence de deux êtres se faisant la guerre au dedans de lui, à une dualité substantielle, en opposition manifeste avec le sentiment profond de notre individualité. Chacun, comme nous l'avons déjà remarqué, ne dit-il pas, sans aucun abus de langage, sans aucune métaphore, je grandis, je digère, tout comme il dit, je marche, je pense, je veux, etc., signifiant sans doute par là que nous rapportons instinctivement toutes ces actions à un seul et même principe? Voilà la vraie profession de foi du genre humain. S'il était consulté au sujet du duodynamisme, sans nul doute il serait de l'avis de Sosie et répondrait comme lui :

Je me suis d'être deux senti l'esprit blessé*.

Nul n'a jamais cru à cette seconde âme, hors quelques philosophes et quelques médecins qui l'ont, pour ainsi dire, eux-mêmes mise au monde en réalisant une abstraction, au risque de compromettre la croyance à l'âme véritable par cette dangereuse association avec un être chimérique. Rendons cette justice à M. Lordat, que du moins il n'est pas tombé, comme Jouffroy, dans cette illusion étrange de croire que le double dynamisme soit la croyance du genre humain : « la dualité, dit-il, du dynamisme, n'est un dogme incontestable que dans les écoles hippocratiques, le peuple est monothélite 2. »

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