‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 138 sur 189 · Epistola cxui, An virtutes sint animalia · texte numérisé non relu

Epistola cxui, An virtutes sint animalia

JL/àmo ix'cst pas le moi.

Erreurs au sujet de l'âme et du moi. — Différence, de l'âme et du moi. — Analyse de la conscience. — Conscience spontanée et conscience de soi. — Diverses définitions de la conscience. — La conscience de soi fait ultérieur et non primitif. — Difficultés qui suivent de la prétendue identité de l'âme et du moi. — L'âme pensante est-elle déjà dans l'embryon? — Combien de temps le principe vital agit-il seul dans l'être humain? — A quel titre le fœtus, l'enfant qui vient de naître, sont-ils des êtres humains? — Singulières contradictions des duodynamistes. — Sens intime à l'état latent. — Effets psychiques inaperçus, âme sans moi. — Que devient l'âme pendant les défaillances de la conscience? — Nécessité d'admettre que l'âme agit sans penser. — Phénomènes tantôt conscients, tantôt inconscients;, tantôt en deçà, tantôt au delà de la ligne de démarcation de Jouffroy. — Incertitudes des duodynamistes au sujet de la nature du principe vital.

C'est à la fausse notion de Pâme accréditée par Descartes qu'il faut faire remonter l'origine de la défaveur où l'animisme était tombé, au sein de la philosophie française, depuis le milieu du dix-septième siècle jus« qu'à nos jours. Descartes avait retranché de l'âme tout ce qui n'est pas la pure pensée pour en faire une chose qui pense, et rien qu'une chose qui pense, sans relation aucune avec le reste des êtres animés, et sans relation directe avec le corps lui-même. Soue Tin-

3Gi CHAPITRE XXL

fluencc du cartésianisme, la plupart des philosophes français n'ont conservé dans le domaine de l'âme que ce qui était marqué du caractère de la pensée et par conséquent de la conscience personnelle. Si Maine de Biran, Jouffroy et leurs disciples sont duodynamistes, c'est parce qu'ils sont persuadés, d'après Descartes, que rien ne peut appartenir à l'aine que ce qui est pensée et conscience. De là la confusion de l'âme et du moi, de là, contre l'animisme, la grande objection de l'inconscience des phénomènes de la vie. Si en effet lame n'est pas autre chose que le moi, tout ce qui est inconscient doit être hors d'elle, mais si elle est autre chose que le moi, si elle a une circonscription plus étendue, il se peut que des phénomènes inconscients, comme des phénomènes conscients, soient le produit de son activité et rentrent dans son domaine1.

Voyons donc si l'àme et le moi sont une même çno^e. Déjà sans doute nous avons résolu indirecment la question, déjà nous avons prévenu cette confusion, selon nous, dangereuse, de l'àme et du moi, en montrant, par le témoignage même de la conscience, que l'essence de l'àme est dans l'activité essentielle, et non dans la pensée ; mais il est utile d'y revenir et de mettre directement en tout son jour l'impossibilité de renfermer l'àme tout entière dans le cadre du moi. Ou'est-ce que l'àme et qu'est-ce que le moi? Par où diffèrent-ils l'un de l'autre et par où sont-ils iden-

{ . « Rien ne peut survenir dans l ame dont l'àme n'ait conscience,» nti Spinoza, d'après Desbartés IV livre de Y Ethique . comme disent au--l Maine de Biran, JjMijl'rpy el tons «'eux qui combattent l'ani-

Dii^me.

L'AME N'KST PAS Lt MOI.

tiques? Disons par anticipation, puisque nous n'avons pas encore prouvé que la force vitale et rame sont une seule et môme chose, que lame n'est pas seulement le principe par lequel nous pensons, mais celui par lequel nous sentons, nous nous mouvons et nous vivons! | disons que tous les actes humains, c'est-àdire tous les actes qui s'accomplissent dans l'homme, organiques ou raisonnables, instinctifs ou volontaires, inconscients ou conscients, relèvent d'elle également, sans excepter l'organisation elle-même qui est son œuvre et en laquelle, disons-le de nouveau, elle s'incorpore et s'incarne, pour ainsi dire, dès l'origine.

Quant au moi, c'est 1 âme aussi sans doute, mais l'âme parvenue à un certain degré de développement et de perfection ; c'est l'âme déjà plus ou moins consciente et maîtresse d'elle-même ; c'est l'âme en tant qu'elle se distingue de ce qui n'est pas elle, qu'elle se connaît, qu'elle s'affirme et dit : je ou moi.

Si cette conscience de la conscience, si ce moi qui s'affirme, cette pensée qui se pense, et sans laquelle l'âme serait presque pour elle comme si elle n'existait pas, sont en nous ce qu'il y a de plus élevé, ce n'est pas à dire que, suivant la doctrine cartésienne, ils soient la substance même de l'âme. L'analyse de cette conscience de soi suffit à montrer qu'il y S quelque chose en nous qui la précède, un état antérieur d'où elle sort et s'élève,- comme la lumière du sein de l'ombre. La conscience dont il s'agit ici, la conscience de soi qu'opposent nos adversaires h l'inconscience prétendue des phénomènes de la vie, celle qui, pour eux comme pour

nous, est synonyme du moi lui-même, c'est la conscience avec une clarté relative, avec un certain commencement, quelque faible qu'il soit, de retour sur nous-mêmes. Cette conscience, plus ou moins réfléchie, marque en quelque sorte notre avènement à la personnalité, mais non à l'existence. Elle nous révèle, on l'opposant au non moi, notre existence individuelle, mais il ne suit nullement qu'elle en soit le commencement, la fin, la mesure, et encore moins qu'elle soit cette existence même.

Le retour sur soi-même, ou la réflexion, n'importe à quel degré, suppose en effet nécessairement quelque chose de primitif et d'antérieur sur quoi a lieu ce retour de la pensée ; la réflexion éclaire ce qui auparavant était obscur, mais ne lui donne pas l'existence. Dans les définitions diverses dont la conscience du moi a été l'objet, toujours, et nécessairement, elle est donnée comme un fait qui suppose une réalité antérieure, dans laquelle elle a sa racine.

Lame, disent les psychologues, prend possession d'elle-même par la conscience, elle s'affirme, elle se pose, suivant une expression célèbre de Fichte. Dans tout phénomène de conscience, disent-ils encore, il y a une dualité nécessaire ; l'âme se dédouble, pour ainsi dire, en deux parts, l'une qui contemple, F autre qui est contemplée ; elle* devient son objet à elle-même; elle est à la fois sujet et objet. Mais axant de s'affirmer et de se poser, avant de devenir le moi, il fallait bien que l'âme existât, quoique sans se distinguer encore elle-même ; avant la dualité, qui est la condition de l'existence du moi, il y a eu nécessairement une unité

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