‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 139 sur 189 · L'AME N'EST PAS LE MOT · texte numérisé non relu

L'AME N'EST PAS LE MOT

prirnitiye antérieure, une conscience d'ordre inférieur, sans nulle intervention de la volonté, sans nulle distinction d'avec le non moi. Cette conscience primitive et spontanée, qui n'est sans doute qu'un vague et sourd sentiment de l'être, est celle-là même qui est devenue, par un commencement de réflexion la conscience de soi, la conscience, pour. ainsi dire, de la conscience qui s'affirme et se pose1.

Ainsi l'Ame existe avant le moi, comme la conscience spontanée avant la conscience réfléchie. Le moi est un état ultérieur, un degré de développement, une évolution ascendante de l'âme et non pas l'âme elle-même. On se trompe en les confondant pour faire, ensuite de cette confusion un argument contre l'attribution à l'âme de la puissance vitale et des phénomènes de la vie. Mais supposons un moment que l'âme soit en effet identique au moi afin de faire voir dans quelles inextricables difficultés on se jette avec cette prétendue identité. Il n'y aura pas d'âme, là où le moi n'est pas encore, il n'y en aura plus, alors que le moi disparaîtra, même momentanément, pour reparaître après une défaillance plus ou moins longue2. Point d'âme donc dans l'enfant avant qu'il commence à devenir une personne par la prise de possession de lui-même, c'est-à-dire avant qu'il ait un moi. Jusqu'à cette époque, que je n'entreprends pas de déterminer, mais qui n'arrive qu'un certain temps

1. Voir la distinction que je fais entre l'une et l'autre conscience dans le chapitre ier de mon ouvrage : De la conscience en psychologie et en morale, \ vol. in-18, chez Germer Baillière, 1872.

2. « L'âme, dit Damiron, est autre chose que le moi, ou plutôt elle est davantage, elle existe avant d'être moi, elle le devient en se développant. » Psychologie, 2e édit., Ier vol., p. 5.

plus ou moins long après la naissance, quel principe agit en lui, l'anime, le maintient dans l'existence, le guide dans ses premiers développements 1 ? En laissant de côté provisoirement la formation des organes et les opérations vitales, à quoi rapporter les actes instinctifs, la conscience, les sensations et les perceptions confuses par où il débute dans la vie ?

Nous savons que les partisans de la dualité des principes de notre nature ne s'embarrassent pas pour si peu ; ils sont gens féconds en expédients et en ressources. N'ont-ils pas deux âmes à leur service, deux âmes qu'ils font tour à tour, ensemble ou successivement, paraître ou disparaître, aller et venir, entrer et sortir, agir ou ne pas agir, comme il leur plaît? À l'origine, c'est le principe vital, agissant sans conscience, qu'ils font intervenir tout seul, en attendant le moment où le principe pensant viendra prendre place à côté de lui. Mais que de difficultés ils s'attirent, à combien de questions embarrassantes ne se condamnent-ils pas il répondre? Si d'abord le principe pensant ou le moi était absent, où donc était-il ? Quand est-il apparu pour la première fois, et de combien le principe vital est-il son aîné au dedans de nous? On

1. Hermann Fichte combat vivement cette erreur* de là confusion de l'âme et du moi ; le moi, dit-il, qui n'est pas autre chose qu'une représentation (Vorstellung) dans laquelle un être réel, l'âme, se retourne sur lui-môme, a été substantialisé à ce point qu'on s'est persuadé d'en, faire le principe réel de toute la philosophie. Herbart, ajoutc-t-il, a coupé l'erreur dans sa racine en montrant, que ne pas considérer le moi comme la propriété d'un être réel, de la substance de l'âme, était une contradiction absolue et la plus grande des sottises. Où se manifeste la représentation d'un moi, là est la marque d'une essence réelle et individuelle de l'âme. Anthropologie, 2° édit., p. 20. Leipsjck 1800.

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