L'A MIS N'EST PAS LE MOI
prétend que le moi est un être à part, et non l'attribut d'un principe unique qui, avant d'arriver à la personnalité, ne s'est manifesté d'abord que comme force vitale et plastique ; qu'on nous dise donc d'où ce nouvel hôte est venu, et par quelle porte il est entré, suivant une expression qu'Aristote emploie pour 1(3 voD;1 ; qu'on nous dise encore, à quel instant, à quelle occasion solennelle, il est venu prendre la place où il était attendu? Lui-même où était-il, que faisait-il, avant que cette place lut prête? Où donc se tiennent les âmes pensantes, pendant qu'elles épient ainsi le moment favorable pour se glisser dans l'enfant à côté du principe vital2? Entrent-elles en nous comme un démon dans le corps d'un possédé?
Il y a eu au moyen âge, où cette question a été fort agitée, quelques théologiens assez téméraires pour oser fixer, les uns plus tôt, les autres plus tard, cette date mémorable de l'apparition de l'âme raisonnable dans l'enfant3. La formation de tel ou tel organe ", les premières lueurs de l'intelligence, l'éveil d'une faculté
maL XL :i.
2. Voici la réfutation ironique que fait Lucrèce d'une hypothèse analogue.
Dcnique, connub'a ad Venc is partusque fera ru m Esse animas pra-sto, deridirulum esse videtur, Et spec are immortales mortalia meinbra Innumero numéro, certareqne piiepropeianter Intcr se, qiue p iina potissimaque insinuctur.
Lib. III, Y. 777.
3 " Voir le 11e et mc chapitre de mon ouvrage sur la Conscience 4. Suivant M. Flourcns, d'après les observations de Tiedemann, le cerveau n'est assez formé pour agir que six ou huit semaines après la naissance. (Voir V Éloge de Tiedonanv, dans le Moniteur du 24 déc. 1861.)
nouvelle, leur semblaient l'indice de l'infusion dans le corps d'une âme nouvelle. Mais, qu'on avance ou qu'on recule le moment de cette grande révolution intérieure, on ne saurait, à notre avis, éviter un grave inconvénient. Avant cette apparition de l'âme raisonnable, pendant la période, plus ou moins longue, de la domination exclusive du principe vital, comment ne pas s'inquiéter de savoir à quel titre le fœtus, l'enfant luimême fera partie de l'humanité? En quoi aura-t-il plus de prix et de dignité qu'un chien ou qu'un chat? Comment justifier les lois sur l'avortement et l'infanticide? On dira peut-être que si l'entant ne possède pas encore une âme raisonnable, il doit la posséder un jour, ce qui, par anticipation, en fait un être humain et sacré. Mais, en attendant, il est certain qu'il n'a cette âme, ni en acte, ni même en puissance ; donc à quel titre le mettre au-dessus de l'animal?
Avec une âme unique, au contraire, nous n'éprouvons aucun embarras à maintenir à l'homme, même en l'absence de la pensée, le caractère de l'humanité et, en conséquence, sa dignité, depuis la première jusqu'à la dernière période de son existence. En effet, cette âme unique qui préside à la formation du corps est, dès l'origine, consciente et raisonnable virtuellement ou en puissance, avant de l'être en acte, ce qui îiiffit pour élever l'enfant, le fœtus lui-même, infiniment au-dessus de l'animal.
Ces difficultés ont été entrevues par quelques partisans de la dualité ; ils ont essayé d'y échapper, mais nous allons voir à quai prix. 4irisi M? I^ord^t? pour ne 3j$g laisser plus qi\ mojng longtemps le principe yHfl!