L'AME N'EST PAS LE MOL
privé de la compagnie de l'âme, vent les faire venir l'un et l'autre à la fois : « il n'y a pas de raison, ditil, pour penser que la formation du dynamisme entier se soit faite en deux temps. La force vitale plastique et le sens intime ont dû avoir été émancipés dès le moment de la conception. » Nous sommes de l'avis de M. Lordat; non, l'homme n'a pas été fait en deux temps. Mais il faut trouver un emploi convenable à ces deux âmes qui viennent à la fois dès l'origine. Or, que faisait le sens intime, c'est-à-dire l'âme qui a pour caractère exclusif la conscience et la pensée, à l'origine et aux premiers moments de l'existence?
Selon M. Lordat, tandis que la force vitale s'est mise immédiatement à l'ouvrage, le sens intime serait resté d'abord dans l'inaction, à l'état latent, jusqu'à l'époque où il est entré en rapport avec le monde extérieur. Ainsi, ajoute-t-il, l'action de la vie intellectuelle n'est pas contemporaine de l'action de la force vitale, elle a commencé plus tard, mais sa cause propre était restée en puissance jusqu'à une certaine époque1.
Toutefois, pressé par les objections au sujet de cette inaction, de cette torpeur plus ou moins prolongée du sens intime, de cette âme pensante qui, pendant plus ou moins longtemps, ne pense pas, il a fait de louables efforts pour l'arracher à cette oisiveté absolue, et lui assigner un rôle quelconque à côté de l'admirable activité de la force vitale. Ainsi il conjecture que, même pendant la période intra-utérine, l'âme raisonnable, quoique encore h l'état latent,
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quoique plongée dans une ignorance absolue et incapable de toute volonté, peut exercer une certaine influence morale par le seul fait de sa présence. Dans les monstres acéphales, où il suppose que le principe vital seul agit, il a cru remarquer que les difformités les plus choquantes coïncident fréquemment avec l'absence de l'âme \ Il attribue donc à la présence de cette âme inerte, de ce sens intime sans conscience, de ce moi sans moi, la vertu de maintenir la force vitale dans l'exercice régulier de sa puissance, de prévenir des écarts fâcheux, de la tenir, pour ainsi dire, en respect. Voilà la singulière imagination à laquelle est réduit le célèbre médecin de Montpellier pour éviter l'infusion après coup de l'âme raisonnable et pour faire venir, dès l'origine, les deux principes à la fois. D'une part, il est obligé d'enlever la pensée à l'âme pensante, et de l'autre, d'enlever au principe vital cet instinct plus sûr, plus infaillible que la raison, que partout ailleurs il lui attribue.
M. Jaumes, un de ses meilleurs disciples, s'efforce aussi d'éviter cette alternative, également fâcheuse, de l'absence du principe pensant ou de son inactivité absolue, pendant une période plus ou moins longue. Il le suppose don'*, dès l'origine, présent et actif, tout en le réduisant à un minimum d'action, pendant la période intra-utérine : « a cette époque, rien de psychique n'apparaît, ce qui n'est pas à dire que l'âme soit inerte. Elle agit en puissance ét se prépare à passer à l'acte quand les circonstances favorables seront réu-
1 . Il nous semble que la première et la plus gTande des difformités est d'être acéphale.