‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 145 sur 189 · Traité de physiologie, t. I, fascicule ni, p · texte numérisé non relu

Traité de physiologie, t. I, fascicule ni, p

3 j Voir Sprengel, Histoire de la médecine, t. Y, p. 238, le Dictionnaire des sciences médicales, art. Stahl ; Roussel, Essai sur la sensibilité.

4. M. Tissot a très-bien développé cet argument dans un article intitulé : «Deux grandes fondions de l'âme, suivant qu'elle agit sans

(M CHAPITRE XXÎ.

Concluons donc l'impossibilité d'identifier l'âme avec le moi. L'âme peut exister, elle peut agir sans la conscience de soi et sans la volonté. Si le moi suppose nécessairement l'âme, comme l'attribut suppose la substance, l'âme ne suppose pas nécessairement le moi. Nous avons vu que l'âme est déjà, quand le moi n'est pas encore, elle est encore quand il n'est plus ; il y a des absences du moi, il n'y a pas d'absences de l'âme, tant que dure la vie.

Si le principe vital est un être à part , il faut dire quelle est sa nature. Est-il matériel ou bien immatériel j ou de quelque nature intermédiaire? C'est un point sur lequel l'accord n'existe pas parmi les partisans de cette seconde âme. Bacon, Gassendi, Buffon, comme nous l'avons vu, n'hésitent pas à faire matérielle l'âme vitale, réservant à l'âme pensante le privilège de l'immatérialité *. Mais la matérialité qu'ils attribuent à cette seconde âme a rendu plus ou moins suspecte la spiritualité qu'ils conservent à la première. Tout au moins, nous donnent-ils à penser qu'ils avaient des notions très-confuses sur l'immatérialité en ellemême et sur la nature des causes et des principes. Plus récemment, on a fait du principe vital un fluide

conscience ni préméditation ou avec conscience, intelligence et volonté. (Cahiers du 15 et du 30 décembre 1855, du 15 février et du 15 avril 1856 dans la Revue médicale française et étrangère, et dans son ouvrage sur La vie dans V homme, p. 7.5.)

1 . M. Bouchut a aussi matérialisé le principe vital : «La matérialisation de l'agent physique de la vie distinct de l'organisation est, dit-il, le seul moyen d'expliquer scientifiquement la segmentation des êtres, leur reproduction et la régénération des par ies coupées. » [Etude suite vitalisme), comptes rendus de l'Académie des sciences morales et politiques, juillet et août 1864.

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impondérable, nerveux, niagnétique, électroHmagnétique. Enfin, quelques-uns ont imaginé de lui donner je ne sais quelle nature mixte, à la fois spirituelle et corporelle.

11 y a peu de duodynamistes qui aient nettement attribué l'immatérialité au principe vital. Nous ne pouvons citer que Joseph deMaistre1, Ahrens, l'abbé Ubaghs, professeur à l'université de Louvain2.

Maine de Biran et Jouffroy s'abstiennent, ou affectent de s'abstenir, de toute considération sur la nature du principe vital, comme aussi sur l'ordre d'apparié tion et de développement des deux principes. Toutefois, on ne peut supposer que Jouffroy ne Tait pas conçu comme immatériel, puisqu'il démontre que l'immatérialité est le propre de toutes les forces et de toutes les causes. Quant à- Barthez, on se rappelle le scepticisme, plus ou moins sincère, où il se renferme sur la substantialité du principe vital et, à plus forte raison, sur sa nature matérielle ou immatérielle. A l'exemple du maître, plusieurs des disciples ont cherché à s'envelopper dans les mêmes réticences au sujet de l'essence de cet être mystérieux.

D'abord M. Lordat3 s'était montré plus explicite ; non-seulement il convertissait ce prétendu signe algébrique de Barthez en un être réellement existant, mais il n'hésitait pas il lui attribuer l'immatérialité, à

! . « L'intelligence n'est pas la même chose que le principe sensible. Ce principe, qu'on appelle aussi le principe vitaJ^ et qui est la vie, ne peut être quelque chose de matériel absolument dénué de ÇQHjiaissanec et de conscience. » (ËclQirçjssementssiir 1rs sacrifices.)

2f Leçons d'anthropologie, No! ions préliminaires.

• Rappel des jiri/iUfies (l>clrinau.i\ p. 514 .

en faire une seconde âme qui serait, dit-il, comme une sorte de majordome de la première, à laquelle est réservé le rôle plus noble de la maîtresse du logis. Plus tard, soit qu'il ait appréhendé certaines objections, soit que lui-même il ait mieux vu les difficultés inhérentes à cette hypothèse des deux ârties. placées en regard l'une de l'autre au sein d'un être unique, il a fait un pas en arrière. Pressé par la dialectique et par les objections théologiques du P. Ventura au sujet de « cette paire d'esprits » dont il lui plaît d'enrichir la nature humaine, il déclare ne plus oser se servir de ce mot d'immatérialité, d'où semblent suivre l'indivisibilité et l'immortalité qui, selon lui, ne sauraient convenir au principe vital1. Il n'approuve pas la doctrine des deux âmes, toutes deux également pensantes et spirituelles, qu'il attribue au docteur anglais Wigan, l'auteur d'un ouvrage sur la dualité de l'esprit2. On pourrait croire qu'après avoir dépouillé

1 . « Je crois avoir employé le mot immatériel pour désigner une différence entre la nature de la force vitale humaine et celle de l'agrégat matériel, mais à présent je n'ose plus m'en servir, parce qu'on peut croire que l'immatérialité , l'indivisibilité et l'immortalité sont inséparables. » {Reprises à des objections, etc , in-8°, 1854, p. 28.)

2. The duality of the mùid, etc. Le docteur Wigan soutient que les deux hémisphères du cerveau ne sont pas des parties d'un même organe, mais deux cerveaux indépendants, constituant chacun à part un organe entier et complet pour la pensée, comme chacun des deux yeux pour la vue. Du rapport de ces deux cervaux, de l'état sain de l'un et maladif de l'autre, du contrôle que le bon cerveau peut exercer sur le mauvais, il déduit des conséquences ingénieuses, sinon solides , sur les diverses espèces de folie et sur le traitement qu'il convient de leur appliquer. 11 distingue l'esprit, mind , de l'âme, soul; mais le mind n'est pour lui que l'agrégation de fonctions intellectuelles dépendantes du cerveau ou des cerveaux, comme le mouvement de la montre tandis que l'âme, soul, dont l'existence et l'essence divinement mystérieuse, nous est donnée par la révélation, est seule simple, spiri-

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le principe vitctl de llmmàtériâlité, il va 1(3 feiW rriatériel à là façon de Gassendi ou de Buflbn ; mais il évite de se prononcer, s'efforçaiit de louvoyer, pour ainsi dire, entre Ja matérialité et l'irumatérialifc. C'éét, dit-il, une puissance qui n'est, ni un espril pareil à celui de l'homme, ni un mécanisme pareil à celui que font connaître les physiciens, ni un système d'affinités chimiques, ni quelque impondérable mais une cause qui n'est rien de tout .cela. Si elle n'est rien de tout cela, qu'est-elle donc? (l'est ce que M. Lordat ne juge pas à propos de nous dire. M. Malgaigne ne veut pas s'expliquer davantage sur la nature du principe vital : <x l'adjoindrons-nous, dit-il, aux autres formes impondérables de la matière? Je ne veux pas aller si loin ; quelques probabilités même que présente la théorie d'une entité réelle, je ne veux pas l'affirmer, je n'ai nul besoin de l'affirmer; mais ce que j'affirme, c'est que les choses se passent dans l'économie vivante, comme si elle existait en réalité1. » M. Jaunies, à son tour, s'enferme prudemment dans la même réserve. Après avoir si chaudement soutenu que vie et âme sont deux forces irréductibles, que la cause vitale est douée d'attributs et de facultés propres, il prétend qu'il ignore si c'est un être en soi, et affectant, à son tour, le scepticisme de Barthez, il se défend très-fort de faire de la métaphysique. On ne croirait pas qu'un disciple de M. Lordat

liiclle , immortelle. Jl n'y a donc aucun rapport entre les deux âmes du docteur Wigan, ou même ses deux cerveaux, et les deux âmes du duodynamisme de Montpellier, i. Bulletin rie ÇAçqdêmie de mèdëéiiia] t, XXV, p. 9f0. Paris, 1800.

ait pu écrire les lignes suivantes : « sont-ce deux êtres en soi, ou bien y a-t-il un seul être inconcevable doué de deux vies différentes? problème insoluble et sans intérêt \ » Quoi donc, faire de la vie et de 1 ame deux forces irréductibles, n'est-ce pas en faire deux êtres en soi ? n'est-ce pas précisément là le problème que M. Jaumes, et toute son école, ont la prétention de résoudre, par la dualité du dynamisme humain? L'école de Montpellier commenceraitelle à s'apercevoir qu'elle fait fausse route, et n'oset-elle plus soutenir jusqu'au bout une doctrine dont elle était jadis si fière ?

M. Lorclat lui-même, en dernier lieu, a rejeté la dénomination d'âme pour celle de puissance. Admettez-vous donc, lui demande le P. Ventura, deux âmes en nous? Là-dessus il se récrie, il proteste qu'il n'admet pas deux âmes, mais seulement deux puissances de natures extrêmement diverses, associées pour .coopérer ensemble et pour former une personne 2. » M. Jaunies, à la suite de M. Lordat, s'empresse d'adopter ce mot de puissance, et il déclare vouloir s'y tenir. En vérité, c'est à plaisir multiplier les équivoques. Puissance, en effet, dans le langage philosophique ordinaire, ne signifie pas quelque chose qui

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