‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 146 sur 189 · De tctme et du principe vital · texte numérisé non relu

De tctme et du principe vital

Dans un écrit plus récent il s'exprime ainsi : « A quel titre la cause vitale existc-t-elle ? Expérimentalement , je dois la regarder comme étant un principe d'action, un 'agent, et, sans hésiter, je lui donne ce nom. Le mérite-t-elle , en effet, dans sa réalité ontologique? Je répète que toute notion directe et toute révélation d'en haut manquant, c'est vouloir aller au delà du possible, etc. [Montpellier médical, juit let 1860.)

Réponse à des objections, pic.

I/AMK N'EST PAS LE MOI. o8',

subsiste put soi, mais seitlemeïrâ la tendance d'un ètreàse développer eù tel ou tel sens, à agir dé telle - ou telle façon. (Iliaque puissance réclârite tin sujet; én qui elle réside et dont elle est la manifestation. Nous avons dit en ce sens, et nous dirons encore, sannulle équivoque, que la vie et la pensée sont des puissances distinctes, Tune inférieure, l'autre supérieure, d'une seule et même âme. Est-ce ainsi que l'entendent M. Jaunies et M. Lordat? Reconnaissent-ils enfin que- la vie et la pensée pourraient bien n'avoir qu'une seule racine? Reviendraient-ils à Stahl, ce véritable père de l'école de Montpellier? Abandonneraient-ils, enfin, la doctrine de l'alliance pour celle" de l'unité? Nous n'osons pas nous en flatter; mais il ne nous semble pas douteux que ces mots équivoques ont pour but d'atténuer et de voiler ce qu'il y a d'étrange dans cette bifurcation de l'homme qui est le dernier mot de leur doctrine.

Telles sont les difficultés insolubles, les perplexités, les contradictions de toute sorte où se précipitent tous ceux, philosophes ou médecins, qui méconnaissent l'unité de la nature humaine.

Nous venons de voir que, même en supposant provisoirement l'inconscience absolue des phénomènes de la vie, l'induction la plus sévère nous obligeait de les rapporter à une seule et même âme exerçant simultanément deux sortes d'activité 1 l'une consciente, l'autre inconsciente. Mais est-il vrai qu'en effet les phénomènes de la vie soient absolument en dehors de In sphère de la conscience, voilà ce que maintenant nous voulons examiner. On nous objectera, peut-

m CHAPITRE XXL

être, qu'il eût mieux valu commencer par où nous finissons, tout raisonnement étant inutile, si l'observation directe de la conscience se "prononce en notre ■ faveur. Mais comme la lumière qui les éclaire est une lumière assez faible, assez douteuse, pour échapper à des yeux peu accoutumés à la démêler dans le. sein des ténèbres, nous n'avons pas voulu nous contenter de cette preuve, ni même la placer avant toutes les autres. Ainsi donc nous nous appuierons, ce qui ne peut nuire, sur une double démonstration. Alors même que nous ne devrions pas réussir à faire voir aux autres dans la conscience ce que nous croyons y découvrir, sans nous tenir pour battus, nous pourrions encore nous retrancher, avec quelque confiance, derrière cette forte induction que nous avons fondée sur l'essence de l'âme, sur l'unité de la nature humaine, sur les difficultés où l'on s'engage avec l'hypothèse contraire et sur la grande règle : qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité.

Perceptions insensibles.

Vrai et faux animisme. — Action de la puissance vitale d'abord a veugle et instinctive,, puis moins aveugle sans cesser d'être instinctive. — Deux excès opposés au sujet de la vie et de la conscience. — Gradations insensibles de l'inconscience à la conscience. — Diverses preuves de l'existence dans l'âme d'une multitude de phénomènes dont elle ne s'aperçoit pas. — Rappel fortuit et volontaire des idées. — Confusion du défaut de mémoire avec le défaut de la conscience. — Infinité de perceptions insensibles que suppose la mémoire. — Effets notables résultant d'une multitude d'impressions insensibles dont chacune en particulier ne laisse point de trace. — Diverses causes qui empêchent l'âme de s'apercevoir de ses impressions ou pensées. — Faiblesse et multiplicité. — Répétition et habitude. — Simplicité et instantanéité. — Concours de toutes ces causes pour effacer dans l'âme le sentiment de l'énergie vitale.

Une seule et même âme est le principe de la vie et de la pensée, mais elle n'accomplit pas les fonctions vitales de la même manière que des opérations de mécanique ou d'algèbre, avec connaissance des moyens et du but, avec intelligence et liberté. Nous ne voudrions pas qu'on nous attribuât cet animisme exagéré qui fait agir, dès la conception, la puissance vitale de l'âme avec prévoyance et réflexion.

Cette âme qui pense et qui, selon nous, préside à l'organisation tout entière, depuis le commencement

jusqu'à la fin, a d'abord été, pendant un certain temps, que nous n'avons pas la prétention de déterminer, purement végétative et sensitivc. Cependant, dès l'origine, elle enfermait en elle ce qu'elle devait être un jour; elle possédait l'intelligence et la volonté, mais à l'état de simple virtualité. Quoique tous ses actes soient admirablement coordonnés, quoiqu'elle agisse avec un art merveilleux, d'après un plan et en vue d'une fin, il n'est nullement nécessaire de lui faire honneur desavants calculs et d'une sagesse profonde. Ce n'est pas la raison mais l'instinct qui la conduit . Dans le monde des êtres vivants, que d'œuvres merveilleuses ne voit-on pas accomplies sans raison, que de combinaisons savantes, sans aucune science, exécutées par le seul instinct ! Telles sont les industries des insectes qui nous présentent la plus parfaite finalité et Fart le plus infaillible, avec l'instinct seul, sans aucune trace, dans ces artistes inconscients, de liberté et d'intelligence. Voilà ce qui a échappé à Scaliger, à Stahl, à Perrault, voilà ce que Cudxvorth a bien mis en lumière, dans les caractères qu'il assigne à ses natures plastiques, en opposition à l'art humain.

Ainsi l'âme, en tant que puissance vitale, forme les organes, préside aux mouvements admirables de la digestion, de la circulation, des sécrétions, etc., sans que jamais cette formation et ces mouvements soient au risque d être suspendus ou troublés par quelque défaut de vigilance ou de calcul, sans ces rares et difficiles connaissances, que possède fort incomplètement l'homme lui-même qui a passé sa vie à étudier Je mécanisme de l'organisme humain. L'âme construit,

PEHÛEPTIOWS INSENSIBLES.

oottsewû te corps, connue l^bëlUé'fait sa celtuHrëtson miel Y] Où en serions-nous, si la lorniiil ibn él le jeu de l'organisme, si là vie âèpënâaiètit de notre scîëtice et de notre vigilance? (Jnedc monstres, que d'e^iëtènces subitement anéanties, que de fatales et irréparables distractions ! Depuis combien de temps la race entière des hommes n'aurait-elle pas disparu?

Mais si l'action vitale de l'âme est. le fait de l'instinct, ce n'est, pas à dire que cette action soit entièrement en dehors delà conscience. L'instinct exclut le raisonnement, mais non la conscience plus ou moins conlïise de ses impulsions et de ses œuvres, car il n'agit dans un être, il ne le dirige que par la sensation confuse du bienêtre ou du mal-être. Or cette sensation suppose déjà

1. Baylc se I rompe quand il objecte à Scimcrt qui fait présider Fâme à l' organisation : « il faut ici une cause qui ait lldée de son ouvrage et qui connaisse les moyens de le construire: tout cela est nécessaire à ceux qui font une montre et un vaisseau ; à plus forte raison se doit-il trouver dans ce qui fait l'organisation des êtres vivants. « (Dfeii&nnairèhisièr^Uè et critique, art. Senheht.) Dayle, de môme que Gculincs et d'autres cartésiens , se sert de ce prétendu principe pour nier que F âme soit cause non-seulement des mouvements du corps, mais de ses idées et de ses volitions. Leibniz attaque ce principe de Bayle : « voilà qui e t raisonner d'une étrange manière. Qelle nécessité y a-t-il qu'on sache toujours comment se fait ce qu'on fait ? Les sels, les métaux, les plantes, les animaux , savenl-il > comment se fait ce qu'ils font et ont-ils besoin de le savoir? etc. » (Èssàts de ihibdicée, IIIe part., p. 403.) Il semble que M. Flourens lui aussi, ait oublié le caractère de l'instinct, qu'ailleurs, cependant il a si bien décrit, lorsqu'il déclare «absolument absurde de dire que des fondions compliquées dont l'âme n'a aucune idée sont cependant exercées par elle. » {De l'intelligence et de la vie », p. 98 , IIe partie. Nous ferons la même remarque sur celle objection de M. Martin , notre savant collègue à la Faculté de Rennes : « cette hypothèse ee réfute d'elle-même. L'aine aurait donc bien oublié et bien perdu en intelligence depuis l'état fqçtaj jusqu'à l'état adulte, car elle ignore la structure iniiaie du corps, etc. » [Philosophie spirituahste de la nnf/nv, t. I[, p. 1«)8.

une certaine conscience, mfimus- perception® gràdux, comme dit Leibniz, quelque faible et vague qu'on puisse l'imaginer. Sans doute l'âme n'aura pas une conscience de la vie semblable à celle qu'elle a de sa pensée, tant que le jour spirituel ne sera pas levé, tant qu'elle n'aura pas pris conscience et possession d'elle-même. Mais, du moment où elle a commencé à se connaître elle-même, elle ne peut pas, au sein de l'activité, qui est son essence, ne pas saisir son énergie vitale. Ainsi, selon nous, il n'y a pas d'autre principe de vie que l'âme elle-même qui opère instinctivement, avec une conscience plus ou moins sourde, les fonctions vitales.

Sur cette question de la conscience ou de l'inconscience des phénomènes cle la vie, nous rencontrons deux excès déjà signalés, l'un de Stahl et de Perrault, qui tous deux font de la vie l'œuvre de l'intelligence et de la volonté ; l'autre, des cartésiens, de Maine de Biran et de Jouffroy qui tous deux, au contraire, font de la vie une chose absolument étrangère à l'âme. Àrnauld écrit à Leibniz qu'il n'admet pas : u que l'âme a plus de pensée et de connaissance des mouvements de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques que des satellites de Saturne S » Veut-on attribuer à l'âme les phénomènes de la vie, à tout aussi bon droit, selon Maine de Biran, on peut lui attribuer et le mouvement de la terre et tout ce qu'on voudra. Selon Jouffroy : ç( le moi se sent absolument étranger à la production

i. Correspondance de Leibniz ef fVÀrnank] publiée par Faucher de

des pMéhwènes de la vie, ils arrivent ndn-seuiement sans qu'il ait conscience de les engendrer, mais sans qu'il en ait la moindre connaissance et soit même averti qu'ils se produisent... Nous n'avons sur leur production aucune influence; nous ne parvenons à les connaître qu'à l'aide de la loupe ou du scalpel, comme ceux qui se produisent dans le corps des chiens et des poissons... Pour saisir les phénomènes de la vie, il faut que nous sortions de nous, et que, par des expériences détournées et difficiles sur le corps humain ou sur celui des animaux, nous rendions visible à nos sens cette vie qui n'est pas la nôtre et dont notre conscience ne nous dit rien \ » M. Barthélémy Saint- Ililaire- dit, d'après Jouffroy, que nous n'intervenons pas plus dans notre nutrition que dans celle de la plante 2. Ainsi, suivant ces philosophes, le cours de la vie serait tout aussi étranger à l'âme et à la conscience que ce qui se passe dans la planète ou dans les satellites de Saturne, que le cours du Rhône ou de la Seine. Pourquoi donc ne pas déclarer la vie totalement étrangère à 1a nature humaine?

Nous croyons pouvoir affirmer avec assurance que la vie et l'âme ne sont pas à ce point étrangères l'une à l'autre ; même sans la loupe et le scalpel, nous en savons un peu plus sur notre vie propre que sur celle des chiens et des poissons.

Pour le prouver, nous nous servirons de deux sortes de preuves, d'abord de preuves indirectes, tirées des

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