Essai su/' l'orujine des connaissances $ chap. t
2, Nouveaux Essuis, liv. il, chap. ï>part> XIX.
miï attention. Après que ses yeux ont rapidement parcouru le cercle, il salue l'un, sourit à l'autre, adresse une courte question à un troisième, un quatrième est honoré d'une conversation particulière, le plus grand nombre sort sans avoir obtenu de marque distinguée d'attention et s'en va comme il était venu. De même dans le grand nombre de pensées qui s'offrent d'elles-mêmes à notre imagination, celles qui n'attirent point les regards de l'esprit et avec lesquelles il ne converse point, pour ainsi dire, s'écoulent avec la foule et sont bientôt oubliées ; c'est comme si elles n'étaient point entrées dans notre esprit l, »
La maxime des cartésiens, que l'âme pense toujours, n'est vraie, suivant Leibniz, qu'autant qu'on ajoute que l'Ame ne s'aperçoit pas toujours de ses pensées; sinon il faut donner raison à Locke, sinon, c'en est fait de la continuité de la pensée et des idées innées, sinon on ignore, dit-il, ce qu'il y a de plus beau dans les âmes 2.
Mais comment prouver qu'il y a des choses dans l'âme dont l'âme ne s'aperçoit pas. Comment démontrer l'existence de ce qui est pour nous comme s'il n'existait pas, ou s'il n'avait pas existé? N y a-t-il pas là un cercle où nous sommes nécessairement enfermés? Nous croyons, qu'il y a plusieurs voies pour en sortir, c'est-à-dire qu'il y a plusieurs ^manières de démontrer la réalité de ces pensées inaperçues ou perceptions insensibles, soit par la mémoire et le rappel
1. Essai sur les facultés de Pesfmt humain, chapitre sur la suite de nos pensées, trad- Jourfroy, vp\, iV. p. 10&,