‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 153 sur 189 · Tkédriètie ta mémoire, chap. u. Montpellier, 18GG · texte numérisé non relu

Tkédriètie ta mémoire, chap. u. Montpellier, 18GG

2. Anthropologie, trad. de M. Tissot, chapitre des représentations inconscientes.

as.

vivement la conscience et n'imprime en nous une trace plus profonde que les efforts et les mouvements volontaires. Cependant, au bout d'un temps plus ou moins long, par le seul effet de la répétition et de l'habitude, ils perdent eux aussi leur relief, et ils finissent par s'accomplir, pour ainsi dire, d'eux-mêmes et à notre insu. Une série de dégradations successives de la volonté et de la conscience les ramène à une sorte d'instinct qui vient de nous. Cela est manifeste dans chaque art, dans chaque profession, ou mieux encore, dans l'exercice général et ordinaire de notre activité. C'est par l'habitude que nous exécutons, sans y penser, tous les mouvements nécessaires pour la locomotion. Quelle n'est pas l'inconscience de nos gestes familiers ! Si tel est le pouvoir de l'habitude, même sur un acte de notre volonté, combien ne serat'4l pas plus grand encore sur tout ce qui n'est pas en nous l'œuvre d'une volonté expresse, sur les modes spontanés et involontaires de la sensibilité, de l'intelligence et de la force motrice?

À toutes ces causes s'en ajoute une autre, qui ne dépend ni du degré, ni du nombre, ni de la répétition, mais de la nature même, c'est-à-dire de la simplicité et de l'instantanéité des phénomènes de la vie. Cette cause a été parfaitement signalée par Stahl, qui n'a eu que le tort de l'exagérer, comme Perrault avait exagéré l'influence de l'habitude. S'il n'est pas vrai de dire que les phénomènes, simples, instantanés, plus ou moins en dehors des conditions de l'espace et du temps, soient absolument en dehors des conditions de la conscience et de la mémoire/il est vrai de dire

qu'ils donnent plus difficilement, prise au .souvenir et à une claire compréhension. Ainsi les odeurs, les saveurs, les sons eux-mêmes, quoique nous les discernions très-bien les uns des autres, quoiqu'ils nous affectent avec force, sont en général moins facilement reproduits par la mémoire que les images données par la vue et le toucher, parce qu'ils ne sont pas susceptibles d'être figurés et décomposés.

Dans un ordre de faits supérieurs, il en est de môme des vues instantanées, des élans, des intuitions, des pensées rapides, rapidœ coyitationes, comme dit saint Augustin, des élévations de l'âme, fugitives lueurs dont il n'est pas facile de retrouver la trace. C'est dans les mystiques et dans les quiétistes qu'on trouve les plus complètes et les plus délicates analyses de ces phénomènes. Ainsi Fénelon, dans les Maxip%<e$ des saiîits, oppose sans cesse aux actes discursifs et réfléchis de la méditation les actes de la contemplation, actes simples, directs, si uniformes qu'ils n'ont rien, dit-iL, de marqué par où l'âme puisse les distinguer, si rapides, si momentanés, si dénués de toute réflexion, que l'âme, qui sait bien qu'elle les produit, au moment où elle les produit n'en trouve plus la trace en elle-même. C'est, dit-il encore, l'oraison de saint Antoine, dont celui-là même qui la fait ne s'aperçoit plus.

Par toutes ces causes dont, à chaque instant, nous pouvons vérifier eu nous-mêmes l'exactitude, il est hors de doute que l'âme ne s'aperçoit pas distincte* ment, et se souvient encore moins, de toutes les choses qui se passent en elle-même et de tous ses actes,

]1 y a dans F âme comme une trame, un écoulement, une circulation continuelle de perceptions, d'impressions et même de raisonnements insensibles, au milieu desquels ne se détachent qu'en petit nombre les plus vives et les plus saillantes. Il en est de la vie comme de cette grâce habituelle des théologiens dont on ne s'aperçoit pas.

Donc, en outre de l'inconscience absolue, c'esl-àdire de la seule vraie inconscience, qui suivant nous, n'existe pas dans les êtres vivants1, il y a une autre sorte d'inconscience, apparente plutôt que réel le, qui ne provient pas du défaut absolu, mais de la falhlessrê de la conscience, jointe au défaut momentané ou définitif de la mémoire. D'ailleurs la faiblesse de la conscience et la faiblesse delà mémoire sont deux choses qui se tiennent. Comme nous n'admettons pas un défaut absolu de conscience dans les perceptions insensibles, c'est par le défaut de la mémoire que nous les expliquons avec Dugald Stewart et Condillac \

Ce qui prouve encore une fois la réalité de ce monde plongé clans les ténèbres, c'est la lumière, ce sont les éclairs qui , de temps à autre, pénètrent dans cette nuit, grâce à des retours subits, grâce à

\. Nous avons essayé de prouver, dans notre ouvrage sur la Conscience en psychologie et en morale, que toute vie , dès l'origine, est accompagnée d'une sorte de conscience.

2. «Je pense, dit, Condillac , que nous avons toujours conscience des impressions qui se produisent dans F Ame, mais quelquefois d'une manière si légère que nous ne nous en sou venons plus un moment après.» (Essai sur l'origine (les connaissances, Ier cbap.) Nous n'admettons pas la théorie d'Hamilton d'après laquelle les idées latentes interpolées entre deux idées d'une association dont elles forment les anneaux intermédiaires, sont des idées qui iront jamais pris place dans la eonscmnce.

PE R C ! EPT I ONS INSENSIBLES. Il >' »

ries évocations do la mémoire, soit tout â fait inattendues et fortuites, soit provoquées par la réflexion.

Il n'est pas besoin d'insister longuement sur le parti que nous prétendons tirer des perceptions insensibles. S'il y a tant de choses dans lame, dont l'âme ne s'aperçoit pas, comment affirmer que les phénomènes de la vie ne soient pas de ce nombre, môme alors qu'il serait vrai qu'on n'en découvrirait aucune trace dans la conscience? Toutes les can es d'effacement , que nous venons de signaler, ne se réunissent-elles pas, avec une énergie toute particulière, pour leur ôter la distinction, pour les faire passer plus ou moins inaperçus dans le cours ordinaire et uniforme de la vie?

Ainsi les phénomènes de la vie ont d'abord la multiplicité qui engendre la confusion et rindistinction. Non-seulement ils sont aussi nombreux que les organes, mais aussi nombreux que les parties, que les molécules innombrables qui composent chaque organe. Le phénomène de la sécrétion n'est-il pas la résultante de la sécrétion particulière opérée par chaque molécule? Considérez encore que, dans le cours régulier et normal de la vie, ces phénomènes n'offrent rien qui ne soit harmonieux, doux, équilibré, qu'aucun d'eux ne se détache des autres, que toutes leurs impressions sont faibles et confuses et donnent peu de prise a une perception claire et distincte. Comment donc l'âme pourrait-elle les démêler les uns des autres, partager entre eux son attention et en garder le souvenir ?

Mais les phénomènes de h vie eussent-ils pritniti-

vement, et par leur nature, une vivacité plus grande, bientôt cette vivacité et cette distinction seraient affaiblies parla répétition, par la continuité, par l'habitude. En effet, si c'est une loi de notre nature, que tout sentiment, toute pensée, tout effort, s'effacent h la longue par l'habitude, où cet effet devra-t-il être plus sensible et plus manifeste qu'à l'égard des phénomènes de la vie? Ils commencent avec notre existence même, ils ne finissent qu'avec elle; d'un bout h l'autre de sa durée, ils ne souffrent aucune interruption. Comment donc ne pas accorder que l'habitude, la continuité, la monotonie, ont dû plus ou moins effacer dans l'âme le sentiment de l'énergie vitale? C'est bien ici le cas d'appliquer le vieux dicton anglais : faimliarity breeds neglect; familiarité engendre négligence.

Ajoutons que les phénomènes de la vie n'étant pas susceptibles d'être figurés donnent moins de prise, sinon à la conscience, au moins à la mémoire, ce qui contribue encore à les faire passer inaperçus.

Enfin , ils s'accomplissent instinctivement, ils tendent infailliblement vers leur but, sans réclamer de notre part aucune intervention volontaire et réfléchie, tandis que les choses du monde extérieur se 'renouvellent sans cesse et toujours, attrayantes ou menaçantes, tiennent continuellement l'âme sur le qui-vive et absorbent toute son attention.

Tel est l'ensemble puissant des causes qui tendent à effacer plus ou moins la conscience de l'énergie vitale et des divers phénomènes qui en dépendent. Donc, quand même il serait vrai qu'on ne peut en

saisir la trace au dedans de nous, on ne serait pas eh droit de conclure qu'ils sont absolument étrangers à la conscience.

Cependant, quelque grand que soit cet effacement, nous croyons qu'il n'est ni complet ni absolu; nous espérons montrer que la vie n'est pas plus absente de la conscience que le sentiment et la pensée, quoiqu'elle n'y apparaisse pas avec la même distinction et la même clarté.

CIIA'PITRE XXIII

Conscience rte la vie.

Preuve directe tirée de la conscience en faveur delà puissance vivifiante de l'âme. — La vie est-elle ou iv est-elle pas étrangère à la conscience? — Leibniz et Joufîroy. — Distinction de la perception des phénomènes de la vie et de la conscience de leur cause. — Relation entre l'une et l'autre. — Comment nous connaissons notre corps. — Deux modes de connaissance du corps, par le dédans et par le dehors. — Les sens internes.— Sens vital, son importance el son objet*. — Continuelle information de la présence et de l étal du COrps. — Distinction , vivacité des perceptions du sens vital dans certains états pathologiques. — Localisation des sensations. — Influence de la volonté sur les phénomènes de la vie. — Hygiène morale. — Conscience de la cause de la vie. — Sentiment de Tact ion continuelle de l'âme sur les organes. — Identité de ce sentiment et, du sentiment de la vie. — Sensation que fait éprouver la paralysie..— La psychologie est la science première de la vie. — La vie est la puissance primitive et fondamentale de l'Ame.

Voyons maintenant si aux preuves métaphysiques , tirées de la nature de l'âme et de l'unité de l'être humain, si aux preuves psychologiques indirectes, tirées des perceptions insensibles, nous ne pouvons pas ajouter une preuve directe donnée par î 'observation, c'est-àdire, par la conscience elle-même. Est-il vrai que de tout ce continuel effort, de tout .ce grand travail de la vie, rien ne retentit dans la conscience, rien n'arrive

m CHAPITRE XXI II.

jusqu'à nous? Tel n'est pas le sentiment de Leibniz: ce quelque chose, dit-il, dans un passage déjà cité, se place dans l'âme, qui répond à la circulation du sang et à tous les mouvements internes des viscères , dont on ne s'aperçoit pourtant point, tout comme ceux qui. habitent près d un moulin à eau, ne s'aperçoivent pas du bruit qu'il fait1. » Ce retentissement dans l'âme de la vie organique lui paraît même une conséquence nécessaire de l'union de l'âme et du corps : « car, ajoute-t-il, s'il y avait des impressions dans le corps, pendant le sommeil, ou pendant qu'on veille, dont l'âme ne fût point affectée du tout, il faudrait donner des limites à l'union de l'âme et du corps. » Il dit même qu'il n'y a rien dans le corps qui ne soit perçu par l'âme : statuo ah anima percipi qaidquid in corpore fit \ D'où vient que nous ne nous en apercevions pas? 11 en donne pour raison l'habitude et l'uniformité : oh asswetttdinem ttrtorvmque sequa- Mhmh Leibniz est donc en une opposition absolue avec Jouffroy, et avec tous les modernes psychologues qui ont soutenu cette doctrine étrange, contraire aux faits, contraire au sens commun, que la vie, notre propre

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