‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 154 sur 189 · Animadversiones erga quasdam Staktii assertiones · texte numérisé non relu

Animadversiones erga quasdam Staktii assertiones

3. Le théologien philosophe le plus distingué de notre temps, le P. Gratry, pense, comme Leibniz, que c'est une erreur capitale de croire « que l'âme a conscience «de tout ce qu'elle fait, qu'elle connaît qu'elle le fait et le rapporte à elle-même. » Comme Leibniz aussi, il entend dans la conscience le retentissement des phénomènes de la vie : « je sens battre mon cœur physique ; je sens le sourd mouvement de la vie, la course de mon sang et les soulèvements de ma poitrine; je sens tout un immense chaos de circulations, etc. » (Contim'ssaiïâê de V <\»i(\ vol. I, p. 35.)

vie, est tout aussi étrangère h la conscience que la vie d'un chien ou d'un poisson.

Entre ces deux assertions contraires où est la \érite? Les partisans de la séparation absolue de lacon* |bience et de la vie, encourent, à ce qu'il nous semble, un double reproche. D'abord ils ont eu le tort de ne considérer que les perceptions qui ont lieu par les organes, sans prendre garde à ces autres percep* lions, plus intimes, plus immédiates, et en non dire infini, que nous avons à chaque instant, des organes eux-mêmes, de leurs états divers, des changements qui s'y produisent. Ils n'ont pas vu que les perceptions que nous avons par le moyen des organes sont toujours précédées et accompagnées de la perception des organes eux-mêmes. Ceux-là même qui n'ont pas méconnu l'activité essentielle de l'âme, n'ont pas su discerner la part de l'énergie vitale elle-même dans le sentiment intérieur de l'exercice continuel de cette activité sur nos organes. Sur ces deux points essentiels de la science de F ânic humaine, nous osons en appeler à une observation plus complète et plus approfondie, qui prouvera que les phénomènes de la vie ne s'accomplissent pas à notre insu, et que la cause qui les produit n'échappe pas entièrement à la conscience.

Disons encore qu'en rapprochant ces deux faits, conscience et perception de la vie, nous ne les confondons nullement l'un avec l'autre. Nous savons que la connaissance des phénomènes de la vie est du domaine de la perception, que son objet n'est pas l'Ame elle-même, mais ce qui est en dehors de l'âme, ce qui se passe dans les organes, tandis que la conscience

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de la cause de la vie est du domaine propre de la conscience et a pour objet ce qui se passe dans l'âme elle-même. Quelle que soit la différence qui les sépare, ils sont cependant, à l'égard l'un de l'autre, dans une certaine relation, ils se prêtent un mutuel appui, de telle sorte que l'un des deux étant donné, l'autre semble devoir suivre presque 'nécessairement. Si la vie avait un autre principe que l'urne pensante, il. semble que tous les phénomènes de la vie, que tout ce qui se passe dans les organes, en vertu de ce principe étranger, devrait n'arriver à la connaissance de l'âme que par la même voie, et de la même manière, que tous les autres êtres et tous les autres phénomènes du monde extérieur.

Que si, au contraire, ce n'est pas un autre principe, mais l'âme elle-même, qui possède l'énergie vitale, qui préside à tout ce qui s'accomplit dans les organes, comment n'en serait-elle pas directement informée, et ne le percevrait-elle pas immédiatement, sans l'intermédiaire même de ces organes ? On voit donc que ces deux questions se tiennent, et que la solution de la première doit nous préparer à une interprétation plus complète et plus exacte des phénomènes de conscience, I par où nous résoudrons la seconde.

Cherchons d'abord comment nous connaissons not re propre corps. Sans doute, nous le connaissons aussi, comme les autres corps de la nature, avec les sens extérieurs, nous le voyons avec nos yeux, nous le touchons avec nos mains. Mais, en outre de cette connaissance par les yeux et par les mains, n'en avons-nous pas une autre, plus spéciale, plus intime, jamais interrompue,

par laquelle, bien mieux encore que par la double sensation de la main qui touche et de toutes les parties touchées, nous distinguons notre corps de tous les autres corps tic l'univers? La réponse ne semble pas devoir être douteuse pour quiconque veut bien réfléchir sur ce qu'il sait du corps et de ses organes, et sur la manière dont il le sait.

Indépendamment de cette connaissance du corps, par le dehors et par les sens extérieurs, il en est certainement une autre, par le dedans, par une sorte de sens intérieur, qui nous en apprend plus sur le corps et sur nos organes, qui est plus utile à leur conservation, que tous les autres sens extérieurs. réunis. Pour connaître le corps, et môme pour en discerner les principaux organes, nous pouvons nous passer des sens extérieurs, de la vue de nos semblables, d'un miroir où nous contemplions notre image. Ce ne sont, d'ailleurs, ni nos yeux, ni nos mains, ni un miroir, qui pourraient nous instruire de l'existence de ces organes internes, tels que le cœur et l'estomac, que chacun connaît, au moins, grossièrement, sans aucune leçon d'anatomie.

La psychologie mode me a t rop o ublié la théor ie de ces sens internes que l'ancienne philosophie ne séparait pas des sens externes. Cependant, comme il y à des sens qui nous mettent en rapport avec le inonde extérieur et avec la surface de notre corps, il semble nécessaire d'admettre un ou plusieurs sens qui nous mettent en rapport avec nos organes et avec ce qui se passe dans l'intérieur même de notre corps. Pour n'a- \nir poinl d'organes visibles au dehors, ni même né

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siège fixe et déterminé au dedans, ils n'en sont pas moins réels que la vue ou l'ouïe. Quant à leur objet, c'est le corps intérieur, pour ainsi dire, toujours actuellement présent.

D'Aristote les sens internes ont passé dans la ào&i trine de saint Thomas et dans toute la philosophie du moyen âge1. Descartes lui-même les avait conservés de l'ancienne philosophie et leur avait fait une place dans sa théorie de l'homme. En outre des sens externes, il admet deux sens intérieurs : « le premier, dit-il, comprend la faim, la soif et tous les autres appétits naturels, et il est excité dans l'âme par les mouvements des nerfs de l'estomac, du gosier et de toutes les autres parties qui servent aux fonctions naturelles par lesquelles on a de tels appétits. Le second comprend la joie, la tristesse, l'amour, la colère et toutes les autres passions, etc.2. » Bossuet aussi, d'après l'Ecole et d'après Descartes, admet des sens intérieurs qu'il définit de la façon suivante : a on appelle sens intérieur celui dont les organes ne paraissent pas et qui ne demande pas un objet externe actuellement présent3. »

Kant divise les sens corporels en deux classes : les sens organiques et le sens vital, qu'il appelle sensus vagus parce qu'il n'a pas de siège fixe et déterminé, en opposition aux sens organiques, sensus flrus \ Cette

\> Voir, dans le De anima de Suarez^ lib. III, cap» m, les discussions et les diverses théories de la philosophie du moyen âge sur les sens internes. — Voir d'intéressantes indications sur l'histoire de cette question dans Hamilton, Metaphysics, lecture 27.

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