‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 16 sur 189 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

adversaires, si elle n'avait le tort d'invoquer san^ cesse en sa faveur des textes, plus ou moins mal interprétés, des Écritures et des Pères de l'église, textes qu il est juste de rétablir en leur véritable sens et de retourner contre elle, puisqu'elle a la prétention d'en faire une arme et un argument en sa faveur. De la une polémique assez passionnée, qui a retenti dans les leçons des professeurs de Montpellier, dans les journaux religieux et même dans les chaires sacrées; de là enfin le spiritualisme de Montpellier traité de spiritualisme rationaliste, ce qui, comme on le sait, dans la bouche de quelques théologiens, est la suprême injure.

Comment la philosophie demeurerait-elle pins longtemps étrangère à ce grand débat sur la nature de la vie et sur ses rapports avec l'âme ? Si, par un côté, la question est du domaine de la physiologie et de la médecine, par l'autre n'appartient-elle pas à la métaphysique et a la psychologie? Rien n'intéresse plus la psychologie, à ce qu'il semble, que de savoir si l'âme est simplement une chose qui pense, ou si elle nous fait mouvoir, si elle nous fait vivre, en même temps que penser; rien ne l'intéresse plus que de savoir

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Erreurs sur l'âme.

Objet de ee livre. — De l'àme et de la vie. — La vie rehtre-t-»elle dans les attributions de l'âme pensante? — Nature mixte de la question. — Part de la physiologie et de la psychologie. — De la nature de l'âme. — Diverses erreurs des philosophes spiritualistes sur l'âme. — Erreur de méthode . — La nature de l'âme ne nous estelle connue que par induction ? — Fausse assimilation entre les procédés des sciences physiques et ceux de la science de l'âme. — Liaison indissoluble de la cause et du pliénomèue au sein de la conscience. — Conséquences de la méthode qui les sépare. — Erreurs sur l'essence de l'âme. — La pensée essence de l'âme, selon

. Descartes. — Conséquences de cette définition. — L'activité de l'âme supprimée ou méconnue. — La sensation essence de l'âme, selon Condillac. — La volonté essence de l'âme, selon Maine de Biran. — La volonté forme particulière de l'activité n'est pas toute l'âme. — Réalité de l'âme mise en péril par les abstractions. %

Dans la plupart des ouvrages sur lame ou l'entendement humain publiés en France, depuis Descartes jLisqu'à nos jours, il n'est question que de la pensée et nullement de la vie, ou, s'il en est quelquefois mention, c'est pour la mettre aussitôt h part, comme une chose,

quelle qu'en soit la nature , tout à fait étrangère à l'âme pensante et où la psychologie n'a absolument rien à voir.

De nos jours même il y a eu des psychologues qui ont été jusqu'à dire que la vie, notre propre vie, était tout aussi étrangère à la conscience que la vie d'un chien ou d'un poisson1. Nous voulons chercher à combattre cette erreur et à combler cette lacune. Ce n'est pas seulement l'anthropologie, ou la science de l'homme, mais la psychologie, la science de l'âme qui, sans la vie, est une science incomplète. L'âme sans la vie, l'âme, avec la pensée toute seule, est une âme profondément et dangereusement mutilée; ce n'est plus une réalité, ce n'est qu'une abstraction.

Voici donc la question que nous nous proposons d'examiner.

L'âme qui pense, qui sent, qui veut, est-elle la cause Unique de tous les phénomènes qui s'accomplissent dans l'enceinte, pour ainsi dire, de l'être humain, ou de ceux-là seulement dont elle a une conscience plus ou moins claire et sur lesquels elle peut agir volontairement? Embrasse-t-elle dans son action l'homme tout entier, ou seulement une certaine partie de l'homme? Est-elle le principe unique de tout ce qui se produit dans notre nature, ou bien faut-il lui adjoindre quelque autre âme, quelque principe inférieur*, qui ait dans ses attributions plus humbles, mais non moins essentielles, le gouvernement des fonctions de la vie ?

i. Jouiïvoy, Mét/ioù'e sur la légitimité dé ladisiinétion de la psifeko* Logie et de la physiologie, dans la 2me édition des Nommux mélanges philosophiques, Paris, 1861.

Faut-il, en d'autres termes, dans la définition de Famé, faire entrer la puissance de vivifier le corps, ou bien faut-il la retrancher, pour n'y laisser subsister que la pensée? Est-ce le corps qui se vivifie lui-même, et la vie n'est-elle que la résultante des organes ?

En considérant à ce point de vue les phénomènephysiologiques, en remontant de ces phénomènes a leur principe, nous avons l'espérance, non-seulement de contribuer à combler une grave lacune en psychologie, mais d'aboutir à une nouvelle confirmation de la vérité de l'existence d'une âme spirituelle. Il est vrai que c'est prendre une voie indirecte et détournée, au lieu de la voie droite et de la preuve immédiate du témoignage de la conscience ; c'est aller pour ainsi dire du dehors 'au dedans, tandis que le dedans nous est directement donné par la conscience.

Il semblera donc peut-être que nous nous donnions, au regard delà spiritualité de l'âme, une peine inutile en faisant ce long détour. Cependant, cette démonstration^ fondée sur le dehors, pourra, nous l'espérons, faire plus d'impression que des analyses purement psychologiques sur certains esprits absorbés par l'étude des faits extérieurs. Ce que dit Fénelon de la preuve de l'existence de Dieu par l'idée d'infini qui, elle aussi, est la voie droite, peut s'appliquer, à ce qu'il semble, à la démonsration de la spiritualité par la conscience : « c'est une démonstration si simple, qu'elle échappe par sa simplicité aux esprits incapables des opérations purement intellectuelles1. » Quoi qu'il en soit, ces deux

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