‹ Le principe vital et l'âme pensanteChapitre 17 sur 189 · Traité de l'existence de Dieu, Fc partie · texte numérisé non relu

Traité de l'existence de Dieu, Fc partie

démonstrations se confirment et se fortifient l'une par l'autre.

A cette doctrine de l'identité de l'âme et de la vie dont nous entreprenons la défense, ou, si l'on aime mieux, la réhabilitation, nous donnerons le nom d'animisme, nom déjà ancien et consacré, plutôt que celui de monopsychisme adopté par quelques-uns, et qui nous semble plus sujet à équivoque \ Nous devons déclarer à l'avance que l'animisme signifiera simplement pour nous la doctrine qui attribue à l'âme la puissance vivifiante, abstraction faite des différentes hypothèses, sur le mode dont elle opère les fonctions vitales, hypothèses qui ont pu la compromettre, la discréditer, ou même la tourner en ridicule. Il nous , arrivera aussi d'employer l'expression d'unité de la cause humaine, en opposition à celle de duodynamisme, ou de dualité du dynamisme humain , dont se servent l'école de Montpellier et quelques psychologues contemporains, pour désigner la doctrine qui sépare l'âme de la vie et dédouble, pour ainsi dire en deux parts, l'homme intérieur 2 .

Défendons-nous d'abord contre le reproche d'empiéter sur le domaine propre des physiologistes. D'honorables adversaires nous ont objecté que le problème de la vie ou de la constitution de l'homme appartenait exclusivement à la physiologie et à la

\. Monopsychisme, en effet, est un mot créé par Leibniz pour désigner la doctrine averrhoïste d'une intelligence ou d'une àmc unique pour tous les hommes et non d'une âme, principe unique, dans chaque homme, de la vie et de la pensée.

2. Le terme de monodynamisme est aussi employé en opposition au duodynamisme.

médecine, sans regarder en aucune sorte les psychologues ou les métaphysiciens.

Il s'agit en effet d'une question qui, placée sur les confins des deux sciences, semble relever plus spécialement de l'une ou de l'autre, selon la face par où on la considère. Peut-être, en nous plaçant à un point de vue opposé au leur, aurions-nous aussi le droit de dire que la question n'est pas de leur domaine, puisqu'ils ne sont ni métaphysiciens ni psychologues.

Faisons donc d'abord les parts respectives de chacun pour empêcher la confusion et pour prévenir, s'il est possible, ces récriminations et ces malentendus qui, d'ordinaire, tiennent une si grande place dans les discussions entre physiologistes et psychologues. Nous n'avons nullement l'intention de chercher à faire nous-même l'analyse des phénomènes physiologiques et de déterminer les conditions de la vie à l'aide de la physique, de la chimie, de Fanatomie et des vivisections. C'est aux physiologistes qu'il appartient de faire ces expériences, d'étudier les propriétés des corps vivants, les fonctions des organes, les lois de l'organisme, de rechercher si ces lois se ramènent, ou ne peuvent pas se ramener, à celles qui régissent les corps inanimés, h la mécanique, à la physique et à la chimie. Mais il nous sera permis, sans avoir manié le scalpel et fouillé les organes, de prétendre nous faire quelque idée de la vie, d'après son cours général, d'après ses principales évolutions, d'après ce qui se montre h quiconque réfléchit, seraitil absolument étranger h la médecine et à la psycho-

logîe, Sans doute encore il nom sera permis d'examiner les résultats que tels ou tels physiologistes prétendent établir sur leurs expériences, de contrôler les raisonnements qu'ils en déduisent, et d'essayer, à notre tour, de tirer certaines conclusions de leurs analyses des phénomènes de la vie, pour remonter par l'induction jusqu'au principe qui préside à cette organisation tout entière dont ils mettent chaque jour en lumière les détails infinis et la merveilleuse unité1.

Que pourraient nous apprendre les physiologiste s eux-mêmes, sur la nature de ce principe, sur ses rapports avec l'âme, sur le retentissement dans la conscience de ses diverses opérations, ou même sur les rapports du physique et du moral, sans sortir de la physiologie, sans laisser provisoirement de coté la loupe et le scalpel, et sans se placer comme ils nous accusent de le faire, « sur le sable mouvant des vues de l'esprit2? » En revendiquant cette part pour la psychologie, à Dieu ne plaise que

1. Cela nous est concédé par une autorité compétente, par M. Chauffard, professeur de pathologie à la Faculté de Paris : « On peur, ditil, discerner les caractères de la vie, malgré l'ignorance des facultés particulières de l'organisme. .. La vue et l'intelligence générales de l'homme vivant, sain ou malade, sont directement permises à l'observateur qui étudie l'évolution synthétique de la nie. Cela est si vrai qu'il est possible de transmettre cette intelligence de la vie au lettré et au philosophe en faisant appel à leur seules habitudes de perception et d'étude. Il n'est pas nécessaire de fouiller la structure anatomique des organes et de déterminer leur fonctionnement spécial, pour percevoir et comprendre le spectacle élevé du mouvement général de la vie, pour le rapporter à sa causalité propre et en induire une connaissance première et réelle de l'être. » Des véiHtés traditionnelles en médecine, leçon d'ouverture du cours de pathologie, 1871.

2. Ce sont les expressions du docteur Fournié dans sa Physiologie du système çérébro+spïml, p. 628, in-8°, 187.'].

nous voulions, par une sorte de représaîHe, confiner les physiologistes dans les limites strictes de leur science et leur interdire absolument les recherches psychologiques et morales, alors que tout les convie à remonter jusqu'à la cause même de la vie, à aller du physique au moral et à considérer l'homme tout entier, par le dedans comme par le dehors. Qu'ils unissent donc, s'ils le peuvent, les deux sciences pour le plus grand avancement de l'anthropologie, mais qu'ils ne les confondent pas, à leur grand détriment, et surtout qu'ils n'aient pas la prétention de décider, sans sortir de la physiologie, ce qu'est l'âme ou la conscience 1 .

Nous devons avant tout chercher à nous faire une idée vraie de la nature de l'âme, d'après le témoignage de la conscience. En effet, si on adopte certaines définitions de l'âme qui ont été en honneur dans la philosophie moderne, et qui ne sont pas encore abandonnées aujourd'hui, la cause de l'animisme est d'avance fort compromise, sinon tout à fait perdue, par un spiritualisme faux et abstrait, ou purement hypothétique, auquel nous avons l'intention d'opposer un spiritualisme vrai et vivant qui embrasse l'âme entière, dans toute sa réalité, dans toutes ses attributions, depuis les plus élevées jusqu'aux plus humbles.

Ce spiritualisme faux et hypothétique, contre lequel nous voulons réagir, est un résultat de la méthode qui, laissant de côté le témoignage de la conscience, a recours aux procédés des naturalistes et des physi-

1 . « Plût au ciel, dit Leibniz, qu'on pût faire que les médecins philosophassent ou que les philosophes médicinassent. » Lettre à l'Hôpital, Gterardht, 1" vol., p. 312.

ciens, à l'induction et à l'hypothèse, pour déterminer la nature de l'âme, comme s'il s'agissait de l'électricité ou de la chaleur.

Cette méthode a dominé dans la philosophie du dixhuitième siècle. Qu'est-ce que l'âme? Suivant presque tous les philosophes de cette époque, elle est, comme dit Voltaire, l'agent inconnu de phénomènes connus1. Le sentiment de Voltaire n'est pas seulement celui de philosophes plus ou moins suspects de matérialisme, mais aussi de la plupart des philosophes spiritualistes de cette époque. Nous ne connaissons que les manières d'être de l'âme, et non sa substance individuelle, d'après Reid et Dugald Stewart , comme d'après Locke et Hume, d'après Kant, comme d'après Condillac ou Helvétius 2. Nous ne pouvons connaître l'âme que par ses facultés, et . ses facultés que par leurs effets ; voilà par où débutent à peu près invariablement les traités sur l'entendement humain du dix-huitième siècle. Ainsi la voie était ouverte à ceux qui devaient mettre en doute l'existence d'une âme spirituelle ou bien, comme certains psychologues anglais contemporains, ne laisser subsister dans la conscience que des phénomènes et des associations de phénomènes 2. En effet, comment pénétrer jusqu'à la nature de cet agent inconnu ? Au défaut de la conscience, dont tout d'abord on rejette le témoignage, il ne reste plus qu'à en nier l'existence, ou à prendre la voie des pliysi-

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