Préface
telligence. Dans la moelle allongée, il détermine h une ligne près, le point qu'il appelle nœud vital, où réside le premier moteur du mécanisme respiratoire, c'est-à-dire la vie. Si l'on coupe transversalement la moelle allongée sur le nœud vital, la vie, selon M. Flourens, cesse à l'instant. Enlève-t-on à la fois les deux hémisphères du cerveau à un animal, il perd tous les sens, il ne voit plus, il n'entend plus; il ne sait plus ni se défendre, ni s'abriter, ni manger, ni fuir, en un mot, il perd l'intelligence, tandis qu'il conserve la vie.
L'intelligence réside donc dans un organe et la vie dans un autre; on peut ôter l'organe de l'intelligence, et l'intelligence avec lui, sans que la Vie en soit altérée, affectée, compromise. M. Flourens en conclut qu'entre la vie et l'intelligence il y a une séparation complète, rendue visible par l'expérience.
Sans mettre en doute l'exactitude de ces expériences, nous nous permettrons de contester les conclusions qu'il veut en tirer. La distinction des organes est sans doute une preuve excellente, sensible, de la distinction des modes divers d'action d'un même principe, mais non de la diversité des principes euxmêmes. Si la diversité des organes supposait la diversité des principes, ce ne serait pas assez de deux âmes ou de deux principes dans l'homme, il en faudrait autant qu'il y a d'organes susceptibles d'agir séparément les uns des autres.
Je perds la vue avec l'œil, tandis que l'ouïe subsiste dans son intégrité, ou bien je perds l'ouïe avec l'oreille, tandis que la vue demeure intacte, est-ce à dire
OBJECTIONS CONTRE L'ANIMISME
qu'il y ait là deux principes (Faction absolumenl séparés, une âme pour la vue et une autre âme pour l'oreille ?
Une seule et même cause ne peut-elle donc diversement agir par des organes divers? D'ailleurs, si la vie subsiste sans l'intelligence, nous ne voyons pas que l'intelligence subsiste sans la vie. Donc l'indépendance n'est nullement réciproque, et la séparation n'est pas aussi complète que le prétend M. Flourens.
En définitive, si l'on nous demandait quelle est l'opinion de M. Flourens sur la nature de la vie et sur ses rapports avec l'âme, nous serions dans un grand embarras. Il est impossible de le ranger avec les organiciens, car il se prononce hautement en faveur de l'unité du principe de la vie : « quel qu'il puisse être, dit-il, il est essentiellement un, il y a une force générale dont toutes les forces particulières ne sont que des expressions diverses, des modes. » Il loue Barthez de l'avoir parfaitement vu \ Ajoutez ce qu'il dit de la séparation expérimentalement démontrée de l'intelligence et de la vie, et il pourra paraître hors de doute que M. Flourens est d'accord avec PKcole de Montpellier. Il n'en est rien cependant ; car voici qu'à une autre page Barthez est fort maltraité : « Barthez est tombé, par rapport à son principe vital, dans la même faute que les anciens par rapport à leurs prétendues forces, je veux dire dans la personnification d'un mot \ »
M Flourens est-il donc animiste? Il semble qu'il